Rapport au monde· Nature et vivant
Maîtrise
Axe: Place de l'homme dans la nature — Quelle place l'être humain doit-il occuper dans la nature : maître, gardien ou simple membre ?
Par la connaissance et la technique, l'être humain a vocation à se rendre comme , pour soulager sa condition et améliorer la vie. La nature est une ressource à comprendre et à transformer au service de l'humanité.
Courants 3
Les Lumièresexplicite
Dans le sillage de et de , le courant tient la nature pour un champ à connaître afin de la maîtriser et de la mettre au service de l'homme : savoir, c'est pouvoir, et le progrès des sciences vaut par les maux qu'il soulage. Cet anthropocentrisme conquérant n'est pourtant pas sans contrepoint : conteste déjà l'idée que les arts et la domestication du monde nous aient rendus meilleurs, amorçant une critique qui ne mûrira que plus tard.
Bacon, Novum Organum, livre I · Buffon, Histoire naturelle
Aristotélismeexplicite
L'ordre naturel est pour l'aristotélisme hiérarchique et finalisé : rien dans la nature n'est vain, et les plantes existent en vue des animaux, les animaux en vue de l'homme. Cet anthropocentrisme téléologique, où le reste de la nature est ordonné à l'usage humain, incline nettement vers la maîtrise, sans nier pour autant que l'homme demeure lui-même un vivant inscrit dans cet ordre.
Aristote, Politique, I, 8
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Transhumanismeinférable
Prolongeant le projet cartésien de se rendre « maître et possesseur de la nature », dont il abandonne jusqu'au prudent « comme », le transhumanisme étend cette maîtrise à la nature humaine elle-même. L'humain n'est ni un simple membre de l'ordre naturel auquel se conformer, ni seulement son gardien, mais l'agent appelé à le reconfigurer et à diriger consciemment sa propre évolution : la nature n'a pas de normativité, elle est matière à transformer.
Descartes, Discours de la méthode, VI · More, « A Letter to Mother Nature »
Philosophes 9
Lockeexplicite
Dieu a donné la terre aux hommes pour leur subsistance et leur commodité, « à l'usage des industrieux et des raisonnables », et Locke justifie son appropriation par le travail, qui en multiplie la valeur économique : une terre laissée inculte ne rapporte presque rien. Son argument privilégie donc l'amélioration productive de la nature, non sa conservation pour elle-même. Les restrictions initiales protègent les autres hommes, en interdisant de laisser se perdre ce qu'on s'approprie et en exigeant d'en laisser « assez, et d'aussi bonne qualité » ; l'introduction de la monnaie permet ensuite des possessions inégales qui dépassent les besoins immédiats.
Second traité du gouvernement civil, ch. V, §26-37 · Second traité du gouvernement civil, ch. V, §40-43 et §46-50
Baconexplicite
La chute, pour Bacon, a fait perdre à l'homme son empire sur la création, et la science a pour tâche de le restaurer : commander à la nature pour le soulagement de la condition humaine. Mais cette maîtrise repose sur un paradoxe qui la distingue de toute domination naïve : on ne commande à la nature qu'en lui obéissant, en se pliant à ses lois pour la fléchir. Connaître d'abord, contraindre ensuite, et seulement dans le sens de ses propres causes. La nature reste une ressource à transformer au service de l'humanité, mais une ressource qui n'obéit qu'à qui l'a d'abord comprise.
Novum Organum, I, §3 et §129
Descartesexplicite
Dès lors que la nature matérielle n'est plus qu'étendue régie par les lois du mouvement, connaître les forces des corps comme on connaît un mécanisme permet de les appliquer à tous les usages, médecine en tête. Descartes substitue à la philosophie spéculative de l'École, qui contemple les essences, une philosophie pratique qui transforme : la fin du savoir n'est plus de comprendre un ordre donné mais de l'asservir. La nature cesse d'être une communauté ou une mère pour devenir un domaine à posséder, un programme qui inaugure le rapport technicien moderne au monde.
Discours de la méthode, VI
Aristoteexplicite
La nature ne fait rien en vain et a tout disposé pour une fin : les plantes pour les animaux, les animaux pour l'homme. Cette téléologie hiérarchique ordonne le vivant à l'usage humain, d'où une orientation nette vers la maîtrise anthropocentrique de la nature.
Politique, I, 8 (1256b) ; Physique, II, 8
Marxexplicite
Chez Marx, le travail transforme la nature tout en développant les capacités humaines : la nature est le « corps inorganique » de l'homme, et cette activité reste un échange matériel dont il dépend. La maîtrise collective de cet échange ne donne pourtant aucun droit de propriété absolu sur la terre : même une société entière n'en est que l'usufruitière, et doit la léguer améliorée aux générations suivantes. La critique de l'agriculture capitaliste montre ainsi que le développement productif devient destructeur lorsqu'il épuise à la fois le travailleur et le sol.
Manuscrits de 1844, premier manuscrit, « Le travail aliéné » · Le Capital, I, « Machinisme et grande industrie », §10 · Le Capital, III, ch. 46
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Hegelinférable
Hegel comprend la nature comme l'Idée sous la forme de l'être-autre : non comme une réalité dépourvue de sens avant l'intervention humaine, mais comme une manifestation de la raison qui n'est pas encore libre. Dans le rapport pratique, il reconnaît à la personne le droit absolu de s'approprier les choses extérieures et d'y mettre sa volonté, la chose n'ayant pas de fin en elle-même. L'analyse du travail montre comment la conscience servile, en formant l'objet, acquiert un rapport nouveau à elle-même. Ces textes favorisent la maîtrise, et n'établissent aucune mission de conservation de la nature.
Encyclopédie des sciences philosophiques, §247-251 · Principes de la philosophie du droit, §44 · Phénoménologie de l'esprit, IV, A (« Domination et servitude »)
Kantinférable
Dans la téléologie kantienne, l'homme peut être regardé comme la « fin dernière » de la nature, parce qu'il se propose des fins et se sert des autres êtres comme de moyens ; la culture développe cette aptitude à poursuivre des fins en général, sans suffire à le moraliser. Seul l'homme comme sujet de la loi morale est un but final, qui ne dépend d'aucune autre fin. Kant condamne aussi la destruction gratuite des beautés de la nature, mais comme un manquement envers soi-même : elle affaiblit la disposition à aimer quelque chose sans intérêt, qui prépare la moralité, et ne viole aucun devoir envers la nature.
Critique de la faculté de juger, §83-84 · Métaphysique des mœurs, Doctrine de la vertu, §17 (AA VI, 443)
Thomas d'Aquininférable
De l'ordre des créatures à l'homme découle une vision où la nature est confiée à son usage, mais cet usage est encadré : l'homme n'est pas propriétaire absolu, il administre une création qui reste l'œuvre de Dieu et qui porte partout sa trace. La position incline vers la maîtrise, mais une maîtrise responsable, plus proche de la gérance que de l'exploitation prométhéenne que la modernité revendiquera.
Somme contre les Gentils, III, 112 ; Somme théologique, Ia, q. 96
Millinférable
Dans « La Nature », Mill récuse l'idée que l'ordre naturel fournisse une norme morale : l'action utile consiste précisément à en corriger le cours spontané, et la nature commet chaque jour ce que nous punirions chez les hommes. Il ne fait pourtant pas de la transformation productive une fin sans limites : cultiver toute terre susceptible de nourrir les hommes, labourer chaque friche fleurie ou pâture naturelle, exterminer les oiseaux et quadrupèdes non domestiqués comme concurrents pour la nourriture, ce serait sacrifier la beauté et la solitude nécessaires à l'épanouissement humain. Sa défense de l'« état stationnaire » associe ainsi amélioration de la nature et préservation d'espaces sauvages, sans poser d'égalité morale entre toutes les formes de vie.
Trois essais sur la religion, « La Nature » (posthume, 1874) · Principes d'économie politique, IV, ch. 6, §2
- PrescriptifMorale Expérience de penséeLe dernier homme
Si le dernier être humain pouvait, en mourant, anéantir sans témoin toute vie restante, commettrait-il une faute ? La nature n'a-t-elle de valeur que pour nous, ou vaut-elle par elle-même, indépendamment de tout regard humain ?
le monde vivant - DescriptifUne créature à part ?
L'homme est-il un être à part, tenu par la raison et l'esprit au-dessus de la nature et porteur d'une dignité singulière, ou un vivant issu d'elle, continu avec l'animal et soumis comme lui à ses lois ? La posture qu'on adopte en dépend.
l'être humain - PrescriptifVitaleLa domination de la nature
Commander à la nature en la comprenant a fait reculer la faim et la maladie ; mais la volonté de la dominer ne se retourne-t-elle pas en domination de l'homme, réduisant le monde à un simple stock disponible ? La maîtrise émancipe-t-elle, ou appauvrit-elle à la fois la nature et nous ?
la nature comme ressource - DescriptifFaut-il suivre la nature ?
La nature est-elle un ordre sage qu'il faut imiter et respecter, ou une puissance aveugle qui broie et affame sans égard pour le bien ? Dire d'une chose qu'elle est naturelle nous apprend-il quoi que ce soit sur sa valeur ?
l'ordre naturel