Rapport au monde· Nature et vivant
Gardiennage
Axe: Place de l'homme dans la nature — Quelle place l'être humain doit-il occuper dans la nature : maître, gardien ou simple membre ?
La puissance technique de l'humanité lui confère une responsabilité inédite : préserver la nature et les conditions d'une vie authentiquement humaine. L'homme n'est ni propriétaire ni simple élément du monde, mais son gardien.
Philosophes 3
Ellulexplicite
Lisant la Genèse, refuse d'y trouver un mandat d'exploitation : l'homme est appelé à représenter Dieu dans la création, et donc à exercer sa « domination » comme Dieu l'exerce, non pour la puissance mais « en tant que représentant de l'amour de Dieu ». Adam ne soumet pas les animaux, il les nomme. Sa sociologie donne l'autre versant : en voulant maîtriser la nature, l'homme s'est enfermé dans un milieu technique plus contraignant que celui qu'il fuyait, le .
« Le rapport de l'homme à la création selon la Bible » · Le Système technicien (1977), Ire partie
Jonasexplicite
pose expressément la question que l'éthique ancienne ne pouvait se poser : la biosphère, devenue vulnérable à notre action, est-elle désormais confiée à notre garde ? Sa réponse fait de l'homme le gardien, non le propriétaire, de la nature : la puissance qui la menace est la seule qui puisse la préserver. Cette garde ne fait pas de lui un vivant parmi d'autres, puisqu'il est le seul être capable de responsabilité et que l'impératif premier reste qu'il y ait une humanité. Le pôle du gardiennage est, pour une large part, sa position même.
Le Principe responsabilité, ch. I
Afficher les positions inférées (1)
Heideggerinférable
Dans , les mortels habitent en « sauvant » la terre, ce que précise : la laisser à son être propre, la ménager, non s'en rendre maître ni se l'assujettir, ce qui n'est qu'un pas vers l'exploitation sans limite. La lui retire de même le rang de maître de l'étant pour lui assigner une garde, celle de l'être. Cette garde n'est pas la responsabilité morale d'une gestion écologique : c'est un rapport de laisser-être opposé à la technique, que les lectures écologiques de Heidegger ont reprise sous ce nom. Elle ne fait pas de l'homme un vivant parmi d'autres, puisqu'il maintient un abîme entre l'existence humaine et l'animal « pauvre en monde ».
Bâtir habiter penser (conférence 1951, publ. 1954) · Lettre sur l'humanisme (écrite 1946, publ. 1947) · Les Concepts fondamentaux de la métaphysique (cours 1929-1930), §42-63
- PrescriptifMorale Expérience de penséeLe dernier homme
Si le dernier être humain pouvait, en mourant, anéantir sans témoin toute vie restante, commettrait-il une faute ? La nature n'a-t-elle de valeur que pour nous, ou vaut-elle par elle-même, indépendamment de tout regard humain ?
le monde vivant - PrescriptifVitaleLa domination de la nature
Commander à la nature en la comprenant a fait reculer la faim et la maladie ; mais la volonté de la dominer ne se retourne-t-elle pas en domination de l'homme, réduisant le monde à un simple stock disponible ? La maîtrise émancipe-t-elle, ou appauvrit-elle à la fois la nature et nous ?
la nature comme ressource - PrescriptifEsthétiqueSanctuaire ou jardin
Faut-il laisser la nature sauvage et intacte, préserver la part que nous n'avons pas faite, ou l'idéal est-il une nature soignée et jardinée, que le soin humain achève au lieu de la violer ? Et reste-t-il seulement une nature « intacte » à sauver ?
une nature sauvage