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Rapport au monde· Nature et vivant

Membre parmi d'autres

Axe: Place de l'homme dans la natureQuelle place l'être humain doit-il occuper dans la nature : maître, gardien ou simple membre ?

L'être humain n'occupe aucune position privilégiée dans la nature : il est un vivant parmi d'autres, inséré dans un réseau d'interdépendances. Toutes les formes de vie ont une valeur propre, indépendante de leur utilité pour nous.

Qui défend cette position

Courants 3

Taoïsmeexplicite

Toute chose, jusqu'au ciel et à la terre, prend modèle sur plus originaire qu'elle, et au terme de la série le ne prend modèle que sur la : l'homme n'occupe donc aucune place de surplomb, il est un être parmi les êtres, suspendu au même ordre. La place juste n'est pas de soumettre la nature mais de s'y conformer comme on suit une pente : prétendre la corriger, c'est se croire plus sage que ce qui nous a faits. Le taoïsme renverse ainsi l'anthropocentrisme implicite des écoles qui font de l'ordre humain, des rites et du gouvernement le sommet du réel.

Laozi, Dao De Jing, ch. 25 · Zhuangzi, ch. 17 (Les crues d'automne)

Le romantismeexplicite

L'homme n'est pas le maître et possesseur d'une nature-objet, mais une voix dans le grand tout vivant : il s'y enracine et y communie, et c'est dans le sentiment de cette appartenance, non dans la domination, qu'il se découvre. Contre le projet baconien et cartésien de soumettre la nature, le promeneur romantique y cherche un miroir de l'âme et la présence de l'infini ; y voit un même esprit qui dort dans la pierre et s'éveille en nous.

Wordsworth, Tintern Abbey · Schelling, Idées pour une philosophie de la nature

Éthique environnementaleexplicite

Contre le programme de et , l'homme « maître et possesseur de la nature », le courant refuse la comme rapport premier au monde naturel. Il se partage entre deux réponses : l'homme d'une communauté du vivant, sans position privilégiée, chez et ; ou responsable que sa puissance même oblige, chez .

Næss, Écologie, communauté et style de vie (1976) · Jonas, Le Principe responsabilité (1979)

Philosophes 5

Zhuangziexplicite

L'homme n'a ni à maîtriser la nature ni à la gérer en intendant : il lui faut « laisser les choses être ce qu'elles sont » et accorder son agir au leur. Le bonheur des poissons que Zhuangzi prétend connaître en les regardant nager, sa polémique avec à ce sujet, disent une continuité vécue entre l'homme et le vivant qui rend vaine toute position de surplomb. Suivre le naturel, ce n'est pas exploiter ni protéger, c'est se savoir membre du même flux, exactement à l'opposé du prométhéisme.

Zhuangzi, ch. 17 (le bonheur des poissons) · Zhuangzi, ch. 7 (le maître ne s'oppose à rien)

Laoziexplicite

« L'homme prend modèle sur la terre, la terre sur le ciel, le ciel sur le Dao, et le Dao sur ce qui est ainsi de soi-même » : loin de dominer la nature, l'homme s'insère dans un emboîtement où il prend rang après elle. Il n'est ni maître ni gardien chargé d'une mission, mais un être parmi d'autres appelé à suivre le du vivant. Cette inscription humble dans l'ordre naturel le rapproche de l'écologie profonde de Næss.

Dao De Jing, ch. 25 · Dao De Jing, ch. 51 et 64

Afficher les positions inférées (3)
Schopenhauerinférable

Le même vouloir s'objective par degrés dans la gravitation, le cristal, la plante, l'animal et l'homme : notre place dans la nature n'est pas celle d'un maître mais d'un degré parmi d'autres d'une seule et même énergie aveugle. Cette parenté métaphysique fonde des devoirs directs envers l'animal et récuse l'idée que l'homme serait le propriétaire souverain du vivant.

De la volonté dans la nature ; Le Fondement de la morale, §19

Marc Aurèleinférable

L'homme n'est pas un empire dans un empire mais une partie du tout cosmique, apparenté à tous les êtres qui en procèdent : étant une partie, dit-il, je ne me plaindrai d'aucune part qui m'est assignée par le tout. Plus que maître ou gardien du monde, Marc Aurèle se voit membre parmi d'autres d'un seul grand vivant.

Pensées pour moi-même, X, 6 · Pensées pour moi-même, IX, 9 · Pensées pour moi-même, IV, 40

Rousseauinférable

Contre le projet baconien de se rendre maître et possesseur de la nature, Rousseau oppose l'harmonie de l'homme avec un ordre naturel dont l'éloignement fait son malheur. La nature n'est pas un matériau à exploiter mais un modèle et un refuge ; l'homme y est d'abord un vivant parmi d'autres, non un souverain.

Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité · Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeMembre parmi d'autres — Place de l'homme dans la nature!Membre parmid'autresPlace de l'homme dans lanature
Prescriptif
Naturalisme — Nature et culture=NaturalismeNature et culture
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Nature et culture

Si l'homme est un être naturel parmi les vivants, sans position privilégiée, alors il n'est pas le maître de la nature mais un membre d'une communauté d'interdépendances. Le naturalisme fonde l'idée de l'homme comme membre parmi d'autres : de la continuité darwinienne à l'écologie profonde, toute forme de vie a une valeur propre, indépendante de son utilité pour nous.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Problèmes
  • PrescriptifMorale Expérience de pensée
    Le dernier homme

    Si le dernier être humain pouvait, en mourant, anéantir sans témoin toute vie restante, commettrait-il une faute ? La nature n'a-t-elle de valeur que pour nous, ou vaut-elle par elle-même, indépendamment de tout regard humain ?

    le monde vivant
  • Descriptif
    Une créature à part ?

    L'homme est-il un être à part, tenu par la raison et l'esprit au-dessus de la nature et porteur d'une dignité singulière, ou un vivant issu d'elle, continu avec l'animal et soumis comme lui à ses lois ? La posture qu'on adopte en dépend.

    l'être humain
  • PrescriptifEsthétique
    Sanctuaire ou jardin

    Faut-il laisser la nature sauvage et intacte, préserver la part que nous n'avons pas faite, ou l'idéal est-il une nature soignée et jardinée, que le soin humain achève au lieu de la violer ? Et reste-t-il seulement une nature « intacte » à sauver ?

    une nature sauvage
  • Descriptif
    Faut-il suivre la nature ?

    La nature est-elle un ordre sage qu'il faut imiter et respecter, ou une puissance aveugle qui broie et affame sans égard pour le bien ? Dire d'une chose qu'elle est naturelle nous apprend-il quoi que ce soit sur sa valeur ?

    l'ordre naturel