Rapport au monde· Nature et vivant
Culturalisme
Axe: Nature et culture — Les comportements humains s'expliquent-ils d'abord par la nature ou par la culture ?
Ce que nous prenons pour la nature humaine varie profondément d'une société à l'autre : les règles, les rôles et les manières de sentir sont des constructions culturelles. L'humain est l'être qui n'a pas de nature fixe, mais des cultures plurielles.
Courants 4
Marxismeexplicite
« Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, mais c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience » : il n'y a pas de nature humaine fixe, donnée hors de l'histoire. Les caractères, les valeurs et les besoins des hommes sont façonnés par les conditions sociales et le mode de production, ce qui ancre le marxisme du côté du culturalisme.
Marx, Contribution à la critique de l'économie politique, préface (1859) · Marx et Engels, L'Idéologie allemande (1845-1846)
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Existentialismeinférable
Le corollaire direct de la thèse de l'existence sans essence préalable est le refus d'une nature humaine fixe qui déterminerait à l'avance ce que nous sommes : l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait. Ce qui nous définit relève de l'autoconstruction et de la situation historique, non d'un donné biologique invariant.
L'existentialisme est un humanisme · Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe
Empirismeinférable
Si l'esprit est à la naissance une , alors le caractère, les idées et les mœurs se forment par l'expérience, l'éducation et l'habitude. Locke en tire toute une pédagogie où les hommes deviennent ce que l'éducation les fait, inclinant l'école du côté de la formation culturelle plutôt que d'une nature innée fixée.
Locke, Quelques pensées sur l'éducation, §1 · Locke, Essai sur l'entendement humain, II, 1
Le romantismeinférable
Ce qui fait l'homme n'est pas une nature universelle et fixe mais sa langue, ses traditions, l'esprit du peuple qui l'a formé : montre que penser, sentir et juger sont d'abord des manières héritées. L'humanité n'existe qu'au pluriel de ses cultures, et l'on ne comprend un homme qu'en remontant au génie de son temps et de son lieu.
Herder, Traité sur l'origine de la langue · Herder, Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité
Philosophes 8
Sartreexplicite
Sartre nie l'existence d'une nature humaine : faute de Dieu pour la concevoir, il n'y a pas d'essence commune fixant d'avance ce que sont les hommes. Il distingue toutefois une condition humaine, l'ensemble des limites a priori de l'existence (être dans le monde, y travailler, y mourir parmi d'autres), qui n'est pas une nature donnée mais le cadre commun où chacun se fait. La position est donc fortement culturaliste, l'homme étant ce qu'il se fait, non ce qu'il est par nature.
L'existentialisme est un humanisme (il n'y a pas de nature humaine, mais une condition humaine)
Beauvoirexplicite
Toute conscience, par un mouvement qu'aucun sexe ne fonde, pose en face d'elle un Autre qu'elle dévalue pour s'affirmer comme l'essentiel : le racisme, l'antisémitisme et l'oppression des femmes partagent cette structure. Le propre de la condition féminine, et l'énigme que Beauvoir veut résoudre, est que les femmes ont consenti à ce rôle d'Autre absolu sans le retourner, faute d'un passé, d'une solidarité et d'un travail communs. Les caractères dits féminins ne sont donc pas une nature mais le produit de cette situation instituée, d'où un qui reconnaît le donné corporel sans jamais lui laisser fixer le destin.
Le Deuxième Sexe (1949), Introduction (la femme comme "<c>l'Autre</c>") · Le Deuxième Sexe, t. II, "Formation"
Marxexplicite
Chercher l'essence de l'homme dans l'individu pris à part, comme une propriété qu'il porterait en lui, c'est déjà commettre l'erreur de : on prête à la nature ce qui est l'effet d'une histoire. Marx déplace donc le siège de l'humain hors de l'individu, dans le réseau des rapports sociaux où il est pris ; l'homme se distingue de l'animal dès qu'il produit ses moyens d'existence, et change avec les conditions qu'il produit. La conséquence est polémique : il n'y a pas de nature humaine éternelle à invoquer contre le changement social, d'où une position fortement , sans renier la dimension naturelle de l'être producteur.
Thèses sur Feuerbach, VI · L'Idéologie allemande, I (les hommes se distinguent dès qu'ils produisent leurs moyens d'existence)
Lockeexplicite
Conséquence directe de la : ce que devient un homme tient bien plus à l'éducation, à l'habitude et au milieu qu'à une nature donnée d'avance. Locke estime que la quasi-totalité des différences entre les hommes vient de la formation reçue, ce qui fait de lui un tenant fort du .
Quelques pensées sur l'éducation, §1 (« neuf hommes sur dix sont ce qu'ils sont par l'éducation »)
Confuciusexplicite
Par nature les hommes sont proches les uns des autres ; par la pratique ils s'éloignent : la nature commune ne suffit pas, c'est l'étude, l'habitude et les li 禮 (les rites) qui font la différence morale entre les hommes. Confucius mise sur la formation et la culture (wen) plus que sur un donné inné, d'où une pente culturaliste.
Entretiens, XVII, 2 (par nature proches, par la pratique éloignés) · Entretiens, XVI, 9 (les degrés du savoir : inné, acquis par l'étude, acquis dans la difficulté)
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Millinférable
Pour l'empiriste qu'est Mill, l'esprit est largement façonné par l'expérience, l'éducation et l'association des idées plutôt que par une nature fixe. Dans L'Asservissement des femmes, il soutient que la prétendue nature féminine est en réalité un produit de la coutume et de l'éducation : un qui fait du caractère une construction sociale modifiable.
L'Asservissement des femmes, ch. 1 (le caractère des femmes, produit de l'éducation) · Système de logique, livre VI, ch. 4-5 (l'éthologie, science de la formation du caractère)
Husserlinférable
Husserl s'oppose avec constance au qui voudrait traiter la conscience comme un fait psychique parmi les faits de la nature, justiciable des seules lois causales. Le qu'il combat est précisément cette naturalisation de l'esprit. La conscience a un mode d'être propre, celui du sens et de la visée, irréductible à la chose : elle relève d'une description eidétique, non d'une explication naturaliste. Sans nier que l'homme soit aussi un être de nature, il refuse que sa vie spirituelle s'y laisse résorber.
La philosophie comme science rigoureuse (1911)
Michel de Montaigneinférable
Montaigne tient deux fils sans les trancher. D'un côté il y a bien une nature, commune à tous les hommes et même partagée avec les bêtes, à laquelle il faut « se laisser aller » comme à une bonne conductrice. De l'autre, ce qui passe pour naturel est le plus souvent l'effet de l'habitude : la , « seconde nature » et « violente et traîtresse maîtresse d'école », façonne nos jugements jusqu'à se faire prendre pour la nature même. D'où une position centrale, qui penche légèrement vers le poids du culturel dans ce que nous croyons inné.
Essais, I, 23, « De la coutume » et III, 13