Rapport aux autres· Société et histoire
Progressisme
Axe: Tradition et transformation — Faut-il préserver l'héritage des institutions ou transformer la société au nom du progrès ?
Les sociétés peuvent et doivent s'améliorer : la raison permet d'identifier les injustices héritées et de les corriger. La tradition n'a pas d'autorité en soi ; ce qui compte, c'est l'émancipation et le perfectionnement de l'humanité.
Courants 5
Marxismeexplicite
Si l'exploitation tient à la structure même des rapports de production, alors la réforme ne peut que l'aménager : seul leur renversement la supprime. De là le caractère révolutionnaire du progressisme marxiste, et son refus des autres voies : ni l'attente d'une évolution morale, ni les cités idéales du socialisme utopique, ni la simple critique philosophique ne suffisent, car interpréter le monde le laisse intact. La pensée elle-même n'a de valeur que comme , moment d'une transformation réelle portée par la classe qui n'a « rien à perdre que ses chaînes ». La philosophie cesse d'être contemplation pour devenir une arme, ce que résume la onzième thèse sur Feuerbach.
Marx, Thèses sur Feuerbach, XI (1845) · Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste (1848)
Transhumanismeexplicite
Le transhumanisme porte à sa limite la foi des dans le progrès : non seulement les savoirs et les institutions, mais l'être humain lui-même peut et doit être amélioré. Aucune tradition, aucun ordre hérité n'a d'autorité qui résisterait à une amélioration démontrable ; le passé n'est qu'un point de départ que la raison et la technique ont vocation à dépasser.
More, « The Extropian Principles » · Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain (filiation)
Les Lumièresexplicite
De l'accumulation des connaissances et de la diffusion des lumières, le courant tire une thèse neuve : l'humanité avance, et cette marche peut être consciente et voulue. Les institutions et les lois ne sont pas sacrées du seul fait d'être anciennes ; elles doivent prouver leur utilité présente, faute de quoi la réforme est légitime. pousse l'idée jusqu'à une loi de l'histoire, l'esprit humain progressant par étapes vers la vérité, la liberté et le bonheur. Contre ce credo, dressera la sagesse accumulée de la tradition : c'est l'acte de naissance du clivage entre progressisme et conservatisme.
Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain · Turgot, Discours sur les progrès successifs de l'esprit humain
Pragmatismeexplicite
Le méliorisme tient le monde pour ni fatalement bon ni fatalement mauvais, mais améliorable par l'effort intelligent : c'est le ressort du réformisme de Dewey, qui investit l'éducation et la démocratie comme leviers d'un progrès graduel et expérimental. La société n'est pas un ordre à conserver mais un chantier à réviser sans cesse, par essais, erreurs et corrections.
Dewey, Le Public et ses problèmes (1927) · James, Le Pragmatisme (1907), leçon VIII
Utilitarismeexplicite
L'utilitarisme naît comme un programme réformateur : soumet le droit, les prisons et les institutions à l'épreuve de l'utilité, et rejette le respect de la tradition pour elle-même. prolonge cet élan en faveur de l'émancipation, notamment celle des femmes. Les institutions ne valent que par le bien-être qu'elles produisent, ce qui invite à les réformer dès qu'elles y manquent.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation · Mill, L'Asservissement des femmes
Philosophes 7
Marxexplicite
Marx ne réclame pas une réforme graduelle mais un renversement révolutionnaire de l'ordre social : le prolétariat doit abattre l'État bourgeois et abolir les rapports de production existants : c'est un radical, hostile à toute conservation de l'ordre établi.
Manifeste du Parti communiste, conclusion · Thèses sur Feuerbach, XI (transformer le monde)
Beauvoirexplicite
Beauvoir est résolument émancipatrice : Le Deuxième Sexe est un appel à transformer les structures qui font de la femme l'Autre, et son engagement (féminisme, anticolonialisme, soutien aux luttes d'émancipation) vise l'abolition des oppressions héritées. Les traditions qui figent les rôles relèvent pour elle de l'aliénation, non d'un ordre à conserver.
Le Deuxième Sexe (1949), perspective de libération · La Force des choses (1963), engagements politiques
Benthamexplicite
Bentham juge les institutions à leur seule utilité présente, jamais à leur ancienneté : il faut réformer méthodiquement le droit, codifier les lois, abolir les survivances irrationnelles. Réformateur radical du système pénal et carcéral (le projet du Panoptique), il dénonce la déraison de la common law et milite pour une refonte rationnelle des codes. C'est un progressisme réformateur affirmé.
A Fragment on Government (critique de Blackstone et de la common law) · Panopticon, ou la maison d'inspection
Millexplicite
Réformateur convaincu, Mill voit dans le progrès de l'humanité l'horizon de la morale et de la politique. Il milite pour l'extension du suffrage, l'éducation populaire, les réformes sociales et, dans L'Asservissement des femmes, pour l'émancipation des femmes, qu'il porte aussi au Parlement. La liberté de pensée vaut précisément parce qu'elle est le moteur de l'amélioration humaine.
L'Asservissement des femmes (1869), ch. 1 (l'égalité des sexes comme exigence du progrès) · De la liberté, ch. 2 (la liberté d'opinion, condition du progrès)
Kantexplicite
Les Lumières sont la sortie de l'homme hors de sa minorité dont il est lui-même responsable. Kant fait du libre usage public de la raison le moteur d'un progrès graduel de l'humanité, ce qui le situe nettement du côté progressiste.
Réponse à la question : Qu'est-ce que les Lumières ?
Afficher les positions inférées (2)
Baconinférable
Contre le préjugé qui révère l'Antiquité comme l'âge de la sagesse, Bacon renverse l'argument : les Anciens étaient la jeunesse du monde, et c'est nous, venus après tant de siècles accumulés, qui sommes les véritables anciens. L'autorité des maîtres reçus n'a donc aucune valeur en soi ; le savoir n'est pas un héritage à conserver mais un chantier ouvert, indéfiniment perfectible. Cette confiance dans le pouvoir réformateur de la raison vaut d'abord pour les sciences ; en politique, le grand commis de la Couronne reste prudent, ce qui retient d'un score extrême.
Novum Organum, I, §84 · Du progrès et de la promotion des savoirs, I
Lockeinférable
En justifiant le droit de résistance et la révocabilité du gouvernement, Locke offre à la Glorieuse Révolution sa théorie et rompt avec l'ordre du droit divin. Sa confiance dans le progrès du savoir par l'expérience et dans la réforme de l'éducation le situe du côté réformateur, sans radicalité révolutionnaire, d'où une valeur modérément progressiste.
Traités du gouvernement civil, II, ch. 19 (la dissolution du gouvernement)
- PrescriptifPolitique et droitCe qui dure est-il bon ?
La durée d'une institution prouve-t-elle sa valeur, ce qui a tenu ayant fait ses preuves, ou « ça a toujours été ainsi » couvre-t-il aussi des injustices qui ont duré tout autant ?
une tradition - Descriptif Expérience de penséeLa sagesse des siècles, ou la raison ?
L'ordre hérité condense-t-il un savoir qu'aucune raison individuelle ne peut égaler, imposant la prudence, ou la raison peut-elle examiner les institutions et corriger ce qui s'y est glissé d'injuste ?
l'ordre hérité - PrescriptifPolitique et droitRéformer ou refonder ?
Même quand le changement s'impose, faut-il réformer pas à pas, au risque de la lenteur qui laisse durer l'injustice, ou refonder d'un coup, au risque de défaire des équilibres qu'on ne comprenait pas ?
le changement social - PrescriptifPolitique et droitLes vivants, ou l'héritage ?
Les vivants ont-ils le droit de réécrire ce que les morts ont bâti, « la terre appartient aux vivants », ou sommes-nous les dépositaires d'un legs que nous devons transmettre aux générations à venir ?
les générations