Rapport aux autres· Pouvoir et justice
Anarchisme
Axe: Rapport à l'autorité — Une autorité politique qui commande et contraint est-elle nécessaire, ou faut-il s'en émanciper ?
Toute autorité imposée d'en haut est une domination illégitime qui mutile la liberté. La société peut s'organiser elle-même par la libre association, l'entraide et le fédéralisme, sans État ni hiérarchie de commandement.
Courants 2
Taoïsmeexplicite
Le bon souverain taoïste est celui qui gouverne le moins : il pratique le en politique, allège les lois et les contraintes, et laisse le peuple suivre sa . Multiplier interdits et règlements ne fait qu'accroître le désordre, d'où une inclination libertaire proche de l'anarchisme.
Laozi, Dao De Jing, ch. 57, 60 · Zhuangzi, ch. 11 (Laisser être, ne pas contraindre)
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Cynismeinférable
Le cynique méprise les institutions, les magistratures et les conventions civiques, qu'il tient pour des constructions arbitraires sans valeur naturelle. Cette défiance envers tout ordre établi, sans projet politique de remplacement, tend vers une forme d'anarchisme de l'individu autosuffisant : Diogène cherchait en plein jour, lanterne en main, un homme véritable parmi les figures du pouvoir.
Diogène Laërce, Vies, VI, 41
Philosophes 8
Millexplicite
Toute conduite se partage en ce qui ne regarde que l'agent et ce qui touche autrui : de cette distinction Mill tire que la contrainte n'est jamais légitime dans la première sphère, où nul n'est meilleur juge de son bien que l'intéressé lui-même. Le principe de non-nuisance (harm principle) en découle : empêcher le tort fait à autrui est le seul titre du pouvoir social, jamais le bien supposé de la personne. Mill vise ainsi le paternalisme de l'État comme la tyrannie de la majorité, ce despotisme diffus de l'opinion qui, dans une démocratie, menace l'individu plus sûrement que le tyran d'autrefois.
De la liberté (1859), ch. 1 (énoncé du principe de non-nuisance) · De la liberté, ch. 1 (la tyrannie de la majorité)
Laoziexplicite
Le bon prince gouverne par : le meilleur souverain est celui dont le peuple sait à peine l'existence, et quand l'ouvrage est accompli, chacun dit « cela s'est fait de soi-même ». Moins l'État légifère, taxe et s'agite, mieux le peuple se porte. Ce n'est pas tout à fait l'anarchisme, puisqu'un sage-roi demeure et qu'un ordre subsiste, mais un gouvernement minimal qui se fait oublier, à l'opposé du légisme contemporain.
Dao De Jing, ch. 17 et 60 · Dao De Jing, ch. 57 et 75
Lockeexplicite
Si le pouvoir n'est qu'un dépôt reçu pour préserver les droits naturels, alors il est borné par sa fin même : il ne peut s'étendre au-delà du bien commun, ni gouverner par décrets arbitraires, ni prélever sans consentement. Locke en déduit l'agencement institutionnel (primauté du législatif, séparation des pouvoirs) et, surtout, la conséquence que refusait : le gouvernant qui trahit le dépôt se met lui-même en état de guerre avec le peuple, qui recouvre alors un droit de résistance. Loin d'ouvrir au désordre, ce droit est l'ultime garantie contre la tyrannie, le juge n'étant autre que le peuple lésé.
Traités du gouvernement civil, II, ch. 18-19 (de la tyrannie et de la dissolution du gouvernement)
Spinozaexplicite
Dans le , Spinoza soutient que la fin de l'État est la liberté et défend la liberté de penser et de s'exprimer comme condition de la paix civile et du progrès du savoir. Sans être anarchiste, il borne fortement l'autorité, surtout religieuse, au nom de cette liberté.
Traité théologico-politique, ch. 20 (la liberté de philosopher)
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Diogène de Sinopeinférable
Si les institutions, les magistratures et les honneurs civiques ne sont que , alors aucune autorité établie ne tient un titre naturel à commander : Diogène méprise les puissants, raille les assemblées et ne reconnaît d'ordre qu'à la nature. La défiance va sans projet politique de remplacement : on peut, par analogie, y lire un anarchisme de l'individu autosuffisant plutôt qu'une doctrine de la cité, et la position reste inférée d'anecdotes plus qu'affirmée en thèse. Sa lanterne en plein jour, cherchant un homme, vise d'abord les figures du pouvoir et de la réputation.
Diogène Laërce, Vies, VI, 41
Sartreinférable
Sartre, intellectuel engagé et contestataire, refuse les autorités constituées qui figent l'homme dans un rôle ou nient sa liberté : il décline le prix Nobel en 1964 pour ne pas se laisser institutionnaliser, soutient les luttes anticoloniales et la révolte de 1968. Sans théoriser un anarchisme systématique, sa méfiance constante envers l'État, les institutions et toute autorité aliénante penche nettement vers ce pôle.
Refus du prix Nobel de littérature (1964) ; engagements politiques (anticolonialisme, mai 1968)
Beauvoirinférable
Beauvoir se méfie des autorités qui figent les individus dans des rôles imposés (patriarcat, traditions, dogmes) et tient l'obéissance non interrogée pour une forme de mauvaise foi. Sans prôner l'abolition de toute institution, elle subordonne la légitimité d'un pouvoir à ce qu'il élargit ou non la liberté concrète de chacun, d'où une nette défiance à l'égard de l'autorité.
Le Deuxième Sexe (1949), critique de l'autorité patriarcale · Pour une morale de l'ambiguïté (1947), le "sérieux" et la soumission aux valeurs établies
Marxinférable
L'État est conçu comme un instrument de domination de classe, un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise ; après la dictature du prolétariat transitoire, l'État est appelé à dépérir dans la société sans classes. L'horizon est donc l'extinction du pouvoir coercitif, ce qui penche vers le pôle anarchiste, sans rejoindre l'anarchisme qui veut abolir l'État sans phase de transition.
Manifeste du Parti communiste, ch. 1 (l'État, comité de la bourgeoisie) · Critique du programme de Gotha (dépérissement de l'État)
Personnages 1
Antigoneexplicite
Mise en présence du roi, elle n'esquive ni ne nie : « Je l'ai fait, je ne le nie pas. » Cet aveu frontal est le cœur de sa défiance, elle ne désobéit pas en cachette mais conteste à le droit même de commander cela. Ce qui se joue n'est pas l'anarchie : elle oppose au pouvoir une autre autorité, celle des dieux et du dû envers les morts, plus ancienne que la cité. Là où l'édit prétend lier la conscience, elle pose qu'aucun décret ne fonde une obéissance qui violerait cet ordre supérieur.
Prologue, dialogue avec Ismène : elle annonce qu'elle passera outre l'édit · Deuxième épisode : « Je l'ai fait, je ne le nie pas »