La morale
Ce thème traverse plusieurs grandes questions. Voici celles où il se joue.
Les questions qui l'éclairent
Envers qui avons-nous des devoirs moraux ?
Là où l'on trace le cercle, on décide qui l'on peut utiliser sans scrupule et qui l'on doit épargner : trop étroit, il autorise la cruauté ; trop large, il rend la vie ordinaire impossible. Se positionner, c'est dire qui compte vraiment, et jusqu'où s'étend ce que nous devons aux autres êtres.
Jusqu'où la morale exige-t-elle de nous ?
Suffit-il de ne nuire à personne, ou faut-il donner sans relâche tant qu'un malheur reste à soulager ? Une morale modeste laisse en paix mais peut couvrir l'indifférence ; une morale exigeante élève, mais peut nous rendre coupables de tout ce qu'on n'a pas fait. Se positionner, c'est dire où finit le devoir et où commence l'héroïsme qu'on ne peut exiger.
Qu'est-ce qui rend une action moralement bonne ?
Une même action peut être approuvée ou condamnée selon qu'on regarde ses résultats, la règle qu'elle suit, le caractère qu'elle révèle ou l'attention qu'elle porte à autrui. Se positionner, c'est choisir laquelle de ces boussoles suivre quand elles n'indiquent pas la même direction.
D'où la morale tire-t-elle son autorité ?
Chacun sent que certaines choses ne se font pas, mais d'où cette exigence tire-t-elle sa force ? Si le bien est fondé en Dieu, une société qui perd la foi risque de perdre aussi la morale, et la formule prêtée à Dostoïevski menace : si Dieu n'existe pas, tout est permis. Si la morale tient à la raison, au sentiment ou à un accord hérité, elle survit à la sécularisation, mais il reste à expliquer pourquoi elle oblige encore celui qui ne veut plus jouer le jeu. Se positionner, c'est dire ce qui soutient réellement nos devoirs, et ce qui en resterait le jour où ce soutien vacille.
Les normes morales valent-elles pour tous, partout et toujours ?
Si la morale vaut partout, on peut condamner l'esclavage ou la torture où qu'ils se pratiquent, au risque d'imposer nos normes comme mesure de toutes ; si elle dépend des cultures, on respecte les différences, mais on perd tout droit de dénoncer la cruauté ailleurs. Se positionner, c'est dire si « c'est leur culture » clôt toute discussion morale.
Faut-il attribuer des torts ou des mérites ?
Féliciter un enfant, en vouloir à un ami, être fier d'une réussite, s'en vouloir d'une faute : nous passons nos journées à attribuer des torts et des mérites. Mais ce que chacun est, talents comme penchants, s'est largement fait sans lui, et l'on peut admirer une compétence en sachant que son acquisition n'a rien dû à la volonté. Savoir si nos actes sont déterminés est une question voisine, qui a son propre axe ; ici se décide une attitude : prendre le mérite et la faute au sérieux, les garder comme des outils, ou s'en déprendre. Se positionner, c'est dire ce que nous nous devons les uns aux autres en fait d'éloge, de reproche et de pardon, et ce que deviendraient nos liens si l'on cessait de tenir des comptes.