Le malheur des autres
Sur l'axe: Rapport au passé · le malheur d'autrui
On peut consentir à ce qu'on a soi-même subi ; mais aimer son destin, c'est aussi aimer un monde où d'autres ont souffert. Le consentement vaut-il pour leur malheur, ou la révolte devient-elle là un devoir ?
Justification
L'esclave qui dit non à son maître ne refuse pas seulement un ordre : en traçant la limite qu'on ne franchira plus, il affirme qu'il y a en lui quelque chose qui vaut et qui vaut pour tous. Camus tire de ce geste un raisonnement décisif : le non du révolté révèle une valeur qui déborde l'individu, si bien que la fait passer du constat solitaire de l'absurde à une solidarité, comme le cogito faisait passer du doute à la certitude. Le refus de ce qui humilie, et non le consentement au donné, devient ainsi le principe d'une existence digne, et le fondement immanent d'une morale sans Dieu.
Je me révolte, donc nous sommes.L'Homme révolté (1951)
L'Homme révolté (1951)
Justification
Dans La Peste, devant l'agonie d'un enfant, Rieux refuse d'aimer une création où des enfants sont torturés. Aucune harmonie, aucun salut ne justifie cette souffrance : c'est le refus net de toute théodicée, la révolte contre un ordre qui l'exigerait.
La Peste, IV ; L'Homme révolté
Justification
L' fonctionne comme une épreuve : si un démon t'annonçait que tu revivras cette vie à l'identique, infiniment, le maudirais-tu, ou serait-ce ta plus grande joie ? Dire oui à chaque instant, c'est l' : non la résignation de , mais l'affirmation la plus haute, aimer le nécessaire au point d'en vouloir le retour éternel.
Ma formule pour la grandeur de l'homme est amor fati : ne rien vouloir d'autre que ce qui est, ni en avant, ni en arrière, ni dans toute l'éternité.Ecce Homo, « Pourquoi je suis si avisé », §10
Ecce Homo, « Pourquoi je suis si avisé », §10 · Le Gai Savoir, §276 et §341
Les philosophes positionnés sur l'axe « Rapport au passé », au fil du temps. Survolez un point pour lire son nom.
Repères de ce problème
Repères: Camus · Dostoïevski · Nietzsche
mène à: Le problème du mal (Justifier le mal ?)