Vouloir aussi le pire
Sur l'axe: Rapport au passé · une vie
Consentir à sa vie telle qu'elle fut, est-ce vouloir aussi ses pires heures, la perte, l'humiliation, la faute commise, ou peut-on dire oui à une vie sans dire oui à chacun de ses moments ?
Ce problème est mis en évidence par l'expérience de pensée L'éternel retour :
Imaginez qu'un soir, dans votre plus grande solitude, un démon se glisse auprès de vous et vous dise : « Cette vie, telle que tu la vis et l'as vécue, il te faudra la revivre encore une fois et d'innombrables fois ; et il n'y aura rien de nouveau, mais chaque douleur, chaque plaisir, chaque pensée, et ce moment même, reviendront dans le même ordre. » Le sablier de l'existence serait retourné sans fin, et vous avec lui. ne demande pas si la chose est vraie : il en fait une épreuve. Car la question qu'elle pose vous atteint aujourd'hui : voudriez-vous revivre éternellement vos journées telles que vous les remplissez ? L' est moins une cosmologie qu'un test : aimez-vous assez votre vie pour la vouloir, identique, à jamais ?
Nietzsche, Le Gai Savoir (1882)
Cette pensée vous écraserait-elle, ou la salueriez-vous comme une bonne nouvelle ? Ce que vous répondez en dit long sur le temps que vous vivez.
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Justification
L' fonctionne comme une épreuve : si un démon t'annonçait que tu revivras cette vie à l'identique, infiniment, le maudirais-tu, ou serait-ce ta plus grande joie ? Dire oui à chaque instant, c'est l' : non la résignation de , mais l'affirmation la plus haute, aimer le nécessaire au point d'en vouloir le retour éternel.
Ma formule pour la grandeur de l'homme est amor fati : ne rien vouloir d'autre que ce qui est, ni en avant, ni en arrière, ni dans toute l'éternité.Ecce Homo, « Pourquoi je suis si avisé », §10
Ecce Homo, « Pourquoi je suis si avisé », §10 · Le Gai Savoir, §276 et §341
Justification
La physique commande l'éthique : tout événement est un maillon de la chaîne rationnelle du , ordonnée par la . Se révolter est donc à la fois vain et déraisonnable, puisqu'on combat la raison même dont on participe ; le accorde sa volonté au cours des choses, non par résignation passive mais parce qu'il y reconnaît l'œuvre du : les destins conduisent qui consent, ils traînent qui refuse.
Conduis-moi, Zeus, et toi aussi, Destinée, où que vous m'ayez assigné : je vous suivrai sans faillir. Et si je refuse, devenu mauvais, je n'en suivrai pas moins.Cléanthe, cité par Sénèque, Lettres à Lucilius, 107
Marc Aurèle, Pensées pour moi-même · Sénèque, Lettres à Lucilius, 107
Les philosophes positionnés sur l'axe « Rapport au passé », au fil du temps. Survolez un point pour lire son nom.
Repères de ce problème
Repères: Nietzsche · les stoïciens