Rapport à soi· Adversitédifficulté
Espoir
L'espoir est-il une force qui fait vivre et agir, ou une illusion dont il faut se déprendre ?
L'espoir donne la force de tenir et d'agir quand tout semble perdu, mais peut nous aveugler sur ce qui est et nous faire remettre la vie à plus tard ; y renoncer peut libérer le courage de regarder le réel en face, ou tarir l'élan d'avancer. Se positionner, c'est dire si l'on peut être lucide sans cesser d'espérer.
Principe espérance
2Espérer n'est pas se bercer d'illusions : c'est une condition de l'action et du progrès. L'espérance oriente nos efforts vers ce qui n'est pas encore, soutient l'engagement moral et ouvre l'avenir comme champ du possible.
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Thomas d'Aquinexplicite
L'espérance est chez Thomas l'une des trois vertus théologales : tendue vers le bien futur ardu mais possible qu'est la béatitude, elle s'appuie sur le secours de la grâce divine. Loin d'une lucidité sans espoir, l'existence chrétienne est orientée par l'attente confiante d'une fin qui dépasse les forces de la nature, ce qui place Thomas à l'extrême du pôle de l'espérance.
Somme théologique, IIa-IIae, q. 17-22
Kantexplicite
« Que m'est-il permis d'espérer ? » est l'une des trois questions cardinales de la philosophie. Les postulats de la raison pratique, liberté, immortalité de l'âme et Dieu, fondent une espérance rationnelle que le souverain bien, l'accord de la vertu et du bonheur, est possible : c'est un principe espérance assumé.
Critique de la raison pure, Canon de la raison pure · Critique de la raison pratique, Dialectique
Lucidité sans espoir
12L'espoir détourne du présent et prépare la déception : il nous fait vivre dans un avenir qui n'existe pas. La sagesse consiste à regarder le réel en face, sans consolation, et à trouver dans cette lucidité même une forme de liberté.
Explorer cette position →Camusexplicite
Si naît du face-à-face entre l'homme et le monde, le faire vivre exige de tenir les deux termes en présence : tout ce qui en supprime un est une fuite. Le suicide abolit la conscience qui réclame, et l'espérance, religieuse ou idéologique, abolit le silence en lui prêtant un sens caché. Camus range donc la foi de ou de du côté du suicide philosophique : sauter vers un qui consolerait, c'est trahir la lucidité par où l'absurde fut reconnu. La seule attitude conséquente est de vivre sans appel, sans rien attendre d'un ailleurs, ce qui n'est pas le désespoir mais le refus de l'espoir trompeur.
Le Mythe de Sisyphe (1942)
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Schopenhauerexplicite
L'espérance est la falsification du jugement par le désir : le vouloir corrompt l'intellect et nous fait tenir pour probable ce que nous souhaitons, prendre nos vœux pour des prévisions. La sagesse consiste à regarder le pire en face et à ne rien attendre, non par amertume, mais pour cesser d'être le jouet de l'illusion.
Parerga et Paralipomena, « Aphorismes sur la sagesse dans la vie »
Épictèteinférable
Espérance et crainte portent toutes deux sur l'avenir, qui ne dépend pas de nous : Épictète enseigne à ne désirer que ce qui est en notre pouvoir et à accueillir le reste, sans suspendre son bonheur à l'attente anxieuse d'un futur incertain. C'est une lucidité sereine plutôt qu'une espérance.
Manuel, §2 · Entretiens, II, 16
Marc Aurèleinférable
Espérance et crainte se tiennent par la main, tournées vers un avenir qui ne dépend pas de nous : Marc Aurèle se prescrit de n'en rien attendre et de s'en tenir au présent consenti. Que rien de l'avenir ne te trouble, écrit-il, car tu l'affronteras, s'il le faut, avec la même raison qu'aujourd'hui : c'est une lucidité sereine plutôt qu'un principe espérance.
Pensées pour moi-même, VII, 8 · Pensées pour moi-même, XII, 1
Sartreinférable
L'existentialisme assume le désespoir au sens technique : on ne compte que sur ce qui dépend de notre volonté, sans se reposer sur l'espérance d'un secours extérieur, d'une Providence ou d'un sens garanti de l'histoire. Agir sans espoir, ce n'est pas résignation mais lucidité : l'action vaut par elle-même, non par l'attente d'un résultat assuré. La pente va donc vers une lucidité sans espérance, plus que vers le principe espérance.
L'existentialisme est un humanisme (l'angoisse, le délaissement, le désespoir)
Sénèqueexplicite
Sénèque, citant Hécaton, lie l'espoir à la crainte comme deux affects corrélés tournés vers l'avenir. vit dans le présent et la nécessité acceptée plutôt que dans l'attente anxieuse d'un sort meilleur, ce qui le porte vers la lucidité sans espérance, sans nihilisme.
Lettres à Lucilius, V (cesse d'espérer et tu cesseras de craindre) · Lettres à Lucilius, XIII (nous souffrons plus par l'imagination que par la réalité)
Spinozaextrapolée
L'espoir et la crainte sont des affects corrélés, des joies et des tristesses inconstantes nées d' sur un avenir incertain : qui espère redoute. On peut en inférer que l'homme conduit par la raison vivrait moins d'espérance que de lucidité, agissant par la connaissance de la nécessité plutôt qu'en attendant un sort meilleur, sans que Spinoza fasse de cette lucidité un idéal thématisé.
Éthique, III, déf. des affects 12-13 (l'espoir et la crainte) · Éthique, IV, prop. 47 (les affects d'espoir et de crainte ne peuvent être bons par eux-mêmes)
Lucrèceinférable
L'espérance, pour Lucrèce, est surtout celle d'une survie de l'âme, et c'est elle qu'il faut détruire : tant qu'on attend un au-delà ou qu'on craint les châtiments des enfers, on ne vit pas le présent. Sa thérapie est une lucidité sans illusion, qui retire son objet à l'espérance comme à la crainte et rend l'homme à la finitude paisible de cette vie. La pente est nettement du côté de la lucidité, le bonheur se gagnant dans le présent et non dans l'attente.
De la nature des choses, III, 978-1023 (les châtiments des enfers, allégories des angoisses présentes)
Pyrrhoninférable
Espérer comme craindre, c'est juger qu'un avenir non manifeste sera bon ou mauvais : or c'est précisément ce jugement sur l'indéterminé que Pyrrhon suspend. Sans opinion sur ce que demain doit apporter, il ne suspend pas sa paix à une attente et accueille ce qui se présente. La tonalité est celle d'une tranquillité lucide plutôt que d'un principe d'espérance, mais sans le désespoir tragique, étranger à qui a renoncé à juger le futur.
Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 107-108
Sextus Empiricusinférable
L'espoir comme la crainte porte sur un avenir tenu pour bon ou mauvais par anticipation : or c'est précisément ce jugement sur l'à-venir non manifeste que le sceptique suspend. Sans dogme sur ce que demain doit apporter, il ne suspend pas son repos à une attente, et accueille ce qui se présente. La tonalité est donc celle d'une lucidité tranquille plutôt que d'un principe d'espérance, sans pour autant le désespoir tragique, étranger à qui a renoncé à juger le futur.
Esquisses pyrrhoniennes, I, 25-30
Stoïcismeinférable
Espérer et craindre, pour les stoïciens, c'est se projeter dans un avenir qui ne dépend pas de nous et se livrer au trouble : ces mouvements de l'âme sont à corriger. La sagesse consiste à voir lucidement ce qui est, à consentir au destin et à ne rien attendre de l'extérieur. La position n'est pas le désespoir, mais une lucidité sans espérance.
Sénèque, Lettres à Lucilius, 5 · Épictète, Manuel, §8
Épicureinférable
Le bonheur épicurien se gagne dans le présent : il faut savoir jouir du bien présent et se garder de tout suspendre à l'attente d'un avenir incertain, car le futur n'est ni tout à fait nôtre, ni tout à fait non nôtre. Cette défiance envers l'espérance, qui détourne du plaisir actuel, incline du côté de la lucidité, sans virer au désespoir.
Sentences vaticanes, 14 et 47 (jouir du présent, ne pas vivre dans l'attente) · Lettre à Ménécée, 127 (le futur n'est ni tout à fait nôtre ni tout à fait non nôtre)
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Problèmes liés élargir vers d'autres axes
- PrescriptifExistentielleEspérer, est-ce sage ?
L'espérance, qui nous lie à des choses hors de notre pouvoir, est-elle une faiblesse qui trouble l'âme, ou le ressort même qui pousse à transformer ce qui peut l'être ?
l'espérancePérimètre d'action - PrescriptifExistentielleEspérer par-delà la souffrance
Traverser la douleur en espérant un après, une guérison, un salut : est-ce la réponse la plus juste au malheur, ou une évasion qui nous détourne de le regarder en face ?
celui qui souffreSens de la souffrance - PrescriptifExistentielleL'espoir, une illusion ?
Espérer n'est pas croire faux : l'avenir n'étant pas joué, l'espoir échappe peut-être au partage de la lucidité et de l'illusion, à moins qu'il n'en soit la forme la plus discrète.
l'avenir espéréValeur de la vérité
Cesse d'espérer et tu cesseras de craindre... ces deux affects marchent du même pas : l'inquiétude suit l'espérance.Sénèque · Lettres à Lucilius, V
Deux choses remplissent le cœur d'une admiration toujours nouvelle, le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi.Kant · Critique de la raison pratique, Conclusion
Quoi qu'il en soit des choses que je veux, il y aura toujours cette possibilité que les choses se produisent autrement que je ne veux : il faut agir sans espoir.Sartre · L'existentialisme est un humanisme