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Rapport à soi· Adversité

Lucidité sans espoir

Axe: EspoirL'espoir est-il une force qui fait vivre et agir, ou une illusion dont il faut se déprendre ?

L'espoir détourne du présent et prépare la déception : il nous fait vivre dans un avenir qui n'existe pas. La sagesse consiste à regarder le réel en face, sans consolation, et à trouver dans cette lucidité même une forme de liberté.

Qui défend cette position

Courants 1

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Stoïcismeinférable

Espérer et craindre, pour les stoïciens, c'est se projeter dans un avenir qui ne dépend pas de nous et se livrer au trouble : ces mouvements de l'âme sont à corriger. La sagesse consiste à voir lucidement ce qui est, à consentir au destin et à ne rien attendre de l'extérieur. La position n'est pas le désespoir, mais une lucidité sans espérance.

Sénèque, Lettres à Lucilius, 5 · Épictète, Manuel, §8

Philosophes 11

Camusexplicite

Si naît du face-à-face entre l'homme et le monde, le faire vivre exige de tenir les deux termes en présence : tout ce qui en supprime un est une fuite. Le suicide abolit la conscience qui réclame, et l'espérance, religieuse ou idéologique, abolit le silence en lui prêtant un sens caché. Camus range donc la foi de ou de du côté du suicide philosophique : sauter vers un qui consolerait, c'est trahir la lucidité par où l'absurde fut reconnu. La seule attitude conséquente est de vivre sans appel, sans rien attendre d'un ailleurs, ce qui n'est pas le désespoir mais le refus de l'espoir trompeur.

Le Mythe de Sisyphe (1942)

Schopenhauerexplicite

L'espérance est la falsification du jugement par le désir : le vouloir corrompt l'intellect et nous fait tenir pour probable ce que nous souhaitons, prendre nos vœux pour des prévisions. La sagesse consiste à regarder le pire en face et à ne rien attendre, non par amertume, mais pour cesser d'être le jouet de l'illusion.

Parerga et Paralipomena, « Aphorismes sur la sagesse dans la vie »

Sénèqueexplicite

Sénèque, citant Hécaton, lie l'espoir à la crainte comme deux affects corrélés tournés vers l'avenir. vit dans le présent et la nécessité acceptée plutôt que dans l'attente anxieuse d'un sort meilleur, ce qui le porte vers la lucidité sans espérance, sans nihilisme.

Lettres à Lucilius, V (cesse d'espérer et tu cesseras de craindre) · Lettres à Lucilius, XIII (nous souffrons plus par l'imagination que par la réalité)

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Épictèteinférable

Espérance et crainte portent toutes deux sur l'avenir, qui ne dépend pas de nous : Épictète enseigne à ne désirer que ce qui est en notre pouvoir et à accueillir le reste, sans suspendre son bonheur à l'attente anxieuse d'un futur incertain. C'est une lucidité sereine plutôt qu'une espérance.

Manuel, §2 · Entretiens, II, 16

Marc Aurèleinférable

Espérance et crainte se tiennent par la main, tournées vers un avenir qui ne dépend pas de nous : Marc Aurèle se prescrit de n'en rien attendre et de s'en tenir au présent consenti. Que rien de l'avenir ne te trouble, écrit-il, car tu l'affronteras, s'il le faut, avec la même raison qu'aujourd'hui : c'est une lucidité sereine plutôt qu'un principe espérance.

Pensées pour moi-même, VII, 8 · Pensées pour moi-même, XII, 1

Sartreinférable

L'existentialisme assume le désespoir au sens technique : on ne compte que sur ce qui dépend de notre volonté, sans se reposer sur l'espérance d'un secours extérieur, d'une Providence ou d'un sens garanti de l'histoire. Agir sans espoir, ce n'est pas résignation mais lucidité : l'action vaut par elle-même, non par l'attente d'un résultat assuré. La pente va donc vers une lucidité sans espérance, plus que vers le principe espérance.

L'existentialisme est un humanisme (l'angoisse, le délaissement, le désespoir)

Spinozaextrapolée

L'espoir et la crainte sont des affects corrélés, des joies et des tristesses inconstantes nées d' sur un avenir incertain : qui espère redoute. On peut en inférer que l'homme conduit par la raison vivrait moins d'espérance que de lucidité, agissant par la connaissance de la nécessité plutôt qu'en attendant un sort meilleur, sans que Spinoza fasse de cette lucidité un idéal thématisé.

Éthique, III, déf. des affects 12-13 (l'espoir et la crainte) · Éthique, IV, prop. 47 (les affects d'espoir et de crainte ne peuvent être bons par eux-mêmes)

Lucrèceinférable

L'espérance, pour Lucrèce, est surtout celle d'une survie de l'âme, et c'est elle qu'il faut détruire : tant qu'on attend un au-delà ou qu'on craint les châtiments des enfers, on ne vit pas le présent. Sa thérapie est une lucidité sans illusion, qui retire son objet à l'espérance comme à la crainte et rend l'homme à la finitude paisible de cette vie. La pente est nettement du côté de la lucidité, le bonheur se gagnant dans le présent et non dans l'attente.

De la nature des choses, III, 978-1023 (les châtiments des enfers, allégories des angoisses présentes)

Pyrrhoninférable

Espérer comme craindre, c'est juger qu'un avenir non manifeste sera bon ou mauvais : or c'est précisément ce jugement sur l'indéterminé que Pyrrhon suspend. Sans opinion sur ce que demain doit apporter, il ne suspend pas sa paix à une attente et accueille ce qui se présente. La tonalité est celle d'une tranquillité lucide plutôt que d'un principe d'espérance, mais sans le désespoir tragique, étranger à qui a renoncé à juger le futur.

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 107-108

Sextus Empiricusinférable

L'espoir comme la crainte porte sur un avenir tenu pour bon ou mauvais par anticipation : or c'est précisément ce jugement sur l'à-venir non manifeste que le sceptique suspend. Sans dogme sur ce que demain doit apporter, il ne suspend pas son repos à une attente, et accueille ce qui se présente. La tonalité est donc celle d'une lucidité tranquille plutôt que d'un principe d'espérance, sans pour autant le désespoir tragique, étranger à qui a renoncé à juger le futur.

Esquisses pyrrhoniennes, I, 25-30

Épicureinférable

Le bonheur épicurien se gagne dans le présent : il faut savoir jouir du bien présent et se garder de tout suspendre à l'attente d'un avenir incertain, car le futur n'est ni tout à fait nôtre, ni tout à fait non nôtre. Cette défiance envers l'espérance, qui détourne du plaisir actuel, incline du côté de la lucidité, sans virer au désespoir.

Sentences vaticanes, 14 et 47 (jouir du présent, ne pas vivre dans l'attente) · Lettre à Ménécée, 127 (le futur n'est ni tout à fait nôtre ni tout à fait non nôtre)

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeLucidité sans espoir — Espoir!Lucidité sans espoirEspoir
Prescriptif
Pensée tragique — Tonalité du réel=Pensée tragiqueTonalité du réel
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Tonalité du réel

Si le monde n'est ni rationnel ni bienveillant et qu'aucune harmonie finale ne rachètera la souffrance, alors espérer, c'est se mentir. La pensée tragique fonde la lucidité sans espoir : Camus tient la révolte lucide, sans consolation, pour plus digne que l'espérance, et y trouve une forme de liberté.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.