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Rapport au monde· Philosophie de la religion

Harmonie

Axe: Foi et raisonQuel rapport la foi entretient-elle avec la raison : accord, conflit ou indifférence ?

Foi et raison ne peuvent se contredire, car elles procèdent de la même source de vérité. La raison peut établir certaines vérités sur Dieu, et la foi achève ce que la raison commence.

Qui défend cette position

Philosophes 8

Leibnizexplicite

Le sous-titre des Essais de théodicée annonce le programme : montrer la conformité de la foi avec la raison. Pour Leibniz, foi et raison ne peuvent jamais se contredire, puisqu'elles ont le même auteur ; la raison peut éclairer les mystères sans les épuiser, et défendre la religion contre ses détracteurs. C'est l' au sens propre, contre tout fidéisme comme contre tout conflit.

Essais de théodicée, Discours préliminaire de la conformité de la foi avec la raison

Thomas d'Aquinexplicite

La raison et la foi peuvent-elles se contredire ? Thomas répond non, et son argument tient à une thèse sur leur source commune : un même Dieu est l'auteur de la nature, qui donne à la raison ses lumières, et de la Révélation ; une vérité ne saurait donc en démentir une autre. Contre l'averroïsme de la double vérité, qui réservait à la philosophie un domaine indépendant, il distingue sans les opposer : la raison établit par elle-même les préambules de la foi (l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme), tandis que les mystères proprement révélés, comme la Trinité, la surpassent sans la contredire. Là où un argument paraît réfuter la foi, c'est qu'il est mal conduit, et la philosophie elle-même peut en montrer le défaut.

Somme contre les Gentils, I, 3-9 · Somme théologique, Ia, q. 1, a. 8

Hegelexplicite

Foi et raison ne s'opposent pas : religion et philosophie ont le même objet, le vrai, mais sous deux formes. La religion le saisit en représentations (Vorstellung), récits et images ; la philosophie le pense dans le concept (Begriff). La philosophie ne détruit donc pas la religion : elle en relève le contenu à sa forme la plus haute.

Encyclopédie des sciences philosophiques, §573 · Leçons sur la philosophie de la religion (Leçons)

Descartesexplicite

Dédiant ses Méditations à la Sorbonne, Descartes soutient que l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, vérités de foi, peuvent être démontrées par la raison naturelle. Foi et raison s'accordent donc : loin de se contredire, la philosophie vient confirmer et fonder rationnellement les enseignements de la religion.

Méditations métaphysiques, Épître dédicatoire à la Sorbonne · Discours de la méthode, IV

Lockeexplicite

Pour Locke la foi et la raison ne s'opposent pas : le christianisme est raisonnable, et la raison est le dernier juge de ce qui peut compter comme révélation divine. La foi ne contredit jamais les vérités claires de la raison, mais lui ajoute des vérités au-delà de sa portée, qu'elle authentifie : une harmonie avec une part de domaines distincts (le magistrat ne juge pas le salut, la révélation ne renverse pas l'évidence).

Le Christianisme raisonnable (1695) · Essai sur l'entendement humain, IV, ch. 18 (foi et raison, et leurs limites respectives)

Kantexplicite

La raison théorique ne peut ni prouver ni réfuter Dieu, mais la raison pratique postule une foi rationnelle accordée à la morale. Foi et savoir occupent ainsi des domaines distincts, tout en s'harmonisant sous le primat du pratique, avec une nuance fidéiste car la foi reste affaire de besoin de la raison, non de preuve.

Critique de la raison pure, Préface de la seconde édition (B XXX) · La religion dans les limites de la simple raison

Afficher les positions inférées (2)
Platoninférable

Le divin n'est pas l'objet d'une foi opposée à la raison mais se saisit par l'intellect : le Bien et les Idées tiennent lieu de principe divin, et les entendent démontrer rationnellement l'existence des dieux. Les mythes (caverne, Er, attelage) ne contredisent pas le logos mais le prolongent là où la démonstration s'arrête, dans une continuité du religieux et du rationnel.

Lois, X, 893b-899d · République, VII, 517b-c

George Berkeleyinférable

Évêque autant que philosophe, Berkeley ne voit aucune opposition entre la raison bien conduite et la foi : son immatérialisme se présente comme une démonstration rationnelle qui débouche sur l'existence de Dieu et défend la religion contre les libres penseurs. La raison, loin de menacer la foi, en serait l'alliée naturelle dès qu'on l'a délivrée de la matière, mère du scepticisme et de l'irréligion. Cette confiance dans l'accord de la raison et de la révélation le range du côté de l'harmonie, dans la lignée d'un , plutôt que du fidéisme du saut.

Trois dialogues entre Hylas et Philonous, Préface · Principes de la connaissance humaine, §§133-156

Pratiques
La question disputée : plaider d'abord contre soiExerciceAttestée · Thomas d'Aquin

Avant de répondre, plaide la cause adverse mieux que l'adversaire.

Dans la Somme théologique, n'avance jamais une thèse sans avoir d'abord rassemblé les objections les plus fortes contre elle, puis donné sa position raisonnée, puis répondu à chaque objection une à une. Cette méthode scolastique de la quaestio fait du désaccord un instrument : une vérité qui tient résiste aux meilleures raisons adverses. Aujourd'hui, avant de trancher une question controversée, elle vous évite de vous battre contre une caricature et donne à votre position un fondement éprouvé.

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