Rapport au monde· Philosophie de la religion
Conflit
Axe: Foi et raison — Quel rapport la foi entretient-elle avec la raison : accord, conflit ou indifférence ?
Foi et raison sont en opposition : . L'examen critique des croyances religieuses conduit à les rejeter ou, au minimum, à les suspendre.
Courants 1
Les Lumièresexplicite
Sur la religion, le courant fait front commun là même où il diverge sur Dieu : la raison, non la révélation ni l'Église, est juge en dernière instance. Beaucoup tiennent la religion révélée pour incompatible avec elle, mêlée de superstition et de fanatisme : c'est l'« Infâme » que veut « écraser ». D'autres lui substituent une religion naturelle, ou , accordée à la raison : un Dieu horloger sans miracles ni clergé. De ce primat découle l'exigence majeure de , et la séparation du civil et du religieux : montre que nul ne peut être contraint de croire, et que le salut ne regarde pas l'État.
Voltaire, Traité sur la tolérance · Locke, Lettre sur la tolérance
Philosophes 4
Russellexplicite
Le conflit n'est pas pour Russell un malentendu qu'un partage des territoires pourrait dissiper : la religion fait des affirmations sur ce qui existe (un créateur, une âme, des miracles), et dès qu'elle en fait, elle entre en concurrence avec la science sur son propre terrain, où elle a, selon lui, perdu chaque bataille livrée. retrace ces défaites une à une, de la place de la Terre à l'âge du monde, pour montrer que le repli sur des vérités « d'un autre ordre » vient toujours après la défaite et jamais avant. Une seule concession subsiste : les questions de valeur échappent à la science, mais elles échappent aussi à la religion, qui n'y a aucune autorité particulière.
Science et religion (1935) · Pourquoi je ne suis pas chrétien (1927)
Camusexplicite
La raison qui a reconnu contracte une dette de lucidité : elle ne peut, sans se contredire, faire de son propre échec à trouver un sens la preuve d'un sens caché. C'est l'objection de Camus aux penseurs religieux de l'existence, et : ils décrivent admirablement l'absurde, puis le divinisent, érigeant le scandale de la raison en raison de croire. Ce saut hors de l'évidence est une démission, non une solution. Foi et raison sont donc ici en conflit ouvert : la première n'apaise l'angoisse qu'en escamotant ce que la seconde a vu, et seule une raison qui consent à ses propres limites, sans les combler par , reste honnête.
Le Mythe de Sisyphe (1942), « Le suicide philosophique »
Afficher les positions inférées (2)
Schopenhauerinférable
La religion est la « métaphysique du peuple » : vraie sous le voile de l'allégorie, fausse prise à la lettre, elle dit en images ce que la philosophie pense en concepts. Foi et savoir ne peuvent loger de bonne foi dans une même tête, mais le besoin métaphysique qui les nourrit l'un et l'autre est indéracinable.
Parerga et Paralipomena, t. II, « Sur la religion, un dialogue »
Humeinférable
Hume oppose la croyance religieuse à l' : aucune religion fondée sur la raison ne tient, la foi excède toujours l'évidence disponible (d'où une pointe ironique de fidéisme quand il conclut que seul un miracle continu, la foi, fait croire au christianisme). De fait, la croyance religieuse relève d'un autre registre que la connaissance, et là où elle prétend démontrer (théologie naturelle), elle entre en conflit avec une raison rigoureuse.
Enquête sur l'entendement humain, sect. X, conclusion (sur la foi) · Dialogues sur la religion naturelle, partie XII