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Rapport au monde· Nature et vivant

Finalisme

Axe: Explication de la natureComment faut-il expliquer les phénomènes naturels : par des mécanismes, des finalités ou un élan vital ?

On ne comprend pleinement un phénomène naturel qu'en saisissant ce en vue de quoi il se produit : l'organe a une fonction, l'organisme tend vers sa forme accomplie. La nature est ordonnée par des fins, et pas seulement poussée par des causes.

Qui défend cette position

Courants 2

Aristotélismeexplicite

Le point de départ est l'observation du vivant : un gland devient chêne et non hêtre, l'organe se développe pour une fonction, signe qu'un terme oriente le processus. Tenir cette régularité pour un pur hasard de la matière, comme le mécanisme de Démocrite, n'explique rien ; il faut, outre la matière, la , ce en vue de quoi une chose existe. Le finalisme n'est donc pas projeté sur la nature mais lu en elle, et ce sont les natures internes des êtres, non un démiurge extérieur, qui les portent vers leur fin.

Aristote, Physique, II, 3 et 8 · Aristote, Métaphysique, A, 3

Stoïcismeexplicite

Le cosmos stoïcien est ordonné par une : le destin est l'enchaînement rationnel de toutes les causes, orienté vers le bien du tout. La causalité y est donc fondamentalement finaliste, téléologique, même si elle se déploie comme une chaîne implacable de causes que rien n'interrompt.

Cicéron, Du destin · Cicéron, De la nature des dieux, livre II

Philosophes 10

Thomas d'Aquinexplicite

Thomas hérite des quatre d' et de la primauté de la cause finale : tout agent agit en vue d'une fin, et c'est cette orientation qui rend la nature intelligible. Mais il radicalise le finalisme en le rapportant à Dieu : l'ordre des fins observable dans le monde, qui culmine dans la cinquième voie, suppose une intelligence qui dirige les êtres dépourvus de connaissance vers leur but, comme la flèche est dirigée par l'archer. La nature n'est donc pas une mécanique aveugle mais un ordre voulu, où chaque chose tend par sa forme vers la perfection qui lui revient.

Somme théologique, Ia, q. 2, a. 3 (la cinquième voie) ; q. 44, a. 4

Aristoteexplicite

Pourquoi une chose advient-elle ? Aristote juge incomplète toute réponse qui n'invoque que la matière ou le choc des corps, comme le faisaient les physiciens présocratiques : il faut quatre (matérielle, formelle, efficiente, finale), et c'est la cause finale qui les ordonne. Son argument décisif vient du vivant, où l'observation montre des organes faits en vue d'une fonction : le gland devient chêne, l'œil sert à voir. Il étend cette régularité orientée à toute la nature, qui ne fait rien en vain : la fin n'est pas un projet conscient, mais le terme immanent vers lequel un processus tend par sa forme même.

Physique, II, 3 et 8 · Métaphysique, A, 3

Leibnizexplicite

Puisque les monades sont sans fenêtres, aucune substance n'agit réellement sur une autre : la coordination de l'âme et du corps, comme de toutes les substances entre elles, ne peut venir ni d'une influence directe ni des secours répétés de Dieu (l'occasionnalisme), mais d'une harmonie préétablie réglée dès la création, telle deux horloges accordées d'avance. D'où la réhabilitation des écartées par la science mécaniste : le règne des causes efficientes (les corps) et celui des causes finales (les âmes, les fins) coïncident sans se mêler. Tout s'explique mécaniquement dans le détail des phénomènes, mais la raison dernière de leur agencement est finale, inscrite dans le choix divin du meilleur. Le finalisme prime donc métaphysiquement sans abolir le mécanisme.

Discours de métaphysique, §19-22 (l'utilité des causes finales en physique) · Monadologie, §79 (les âmes agissent selon les lois des causes finales, les corps selon celles des causes efficientes)

Afficher les positions inférées (7)
Plotininférable

L' n'est pas une production mécanique mais une dérivation orientée vers le bien : chaque engendre l'inférieure parce que le parfait, par surabondance, ne peut que rayonner, et tout ce qui en procède est aimanté par le retour vers son principe. La causalité est donc foncièrement finale, suspendue au Bien comme à sa fin, à l'opposé d'un univers de chocs aveugles. La nature elle-même produit en contemplant, comme un sommeil de l'âme qui imite l'intelligible.

Ennéades, III, 8 (De la nature, de la contemplation et de l'Un) · Ennéades, V, 4

George Berkeleyinférable

Pour Berkeley, les idées sensibles sont absolument inertes : une idée ne peut rien produire, donc aucun corps n'est jamais une véritable cause. La seule causalité réelle est celle d'une volonté, et nous n'en avons l'expérience que dans l'activité d'un esprit. La régularité de la nature n'est dès lors pas un enchaînement mécanique de chocs, mais l'ordre constant selon lequel Dieu, cause unique, produit en nous nos idées : ce que nous prenons pour des causes naturelles ne sont que les signes réguliers d'effets à venir. La nature reçoit ainsi une lecture finaliste, gouvernée par les fins d'un esprit ordonnateur, à l'opposé du mécanisme de pour qui la matière agit par son seul mouvement.

Principes de la connaissance humaine, §§25-33 et §§60-66

Hegelinférable

La nature et l'esprit ne s'expliquent pas par le seul mécanisme : une téléologie immanente y est à l'œuvre, non un dessein imposé du dehors, mais la fin que le concept se donne à lui-même en se réalisant. Le tout précède et oriente le développement de ses parties.

Encyclopédie des sciences philosophiques, §204-212 (la téléologie)

Sénèqueinférable

Tout l'univers est ordonné par une qui agit en vue d'une fin, le bien du tout : la nature ne fait rien au hasard et le destin est l'enchaînement raisonné des causes vers cette fin. C'est un providentiel, où la nécessité mécanique des causes sert un dessein rationnel.

De la providence, I et V (l'ordre finalisé du monde) · Questions naturelles, II, 45 (providence et destin)

Marc Aurèleinférable

Le destin est l'enchaînement rationnel des causes orienté vers le bien du tout : la causalité est foncièrement , providentielle. L'hypothèse récurrente des atomes y introduit toutefois une part de pur mécanisme, comme une alternative que Marc Aurèle tient pour pensable.

Pensées pour moi-même, IV, 4 · Pensées pour moi-même, IX, 1 · Pensées pour moi-même, IX, 28

Socrateinférable

Déçu par les physiciens qui expliquent tout par des causes matérielles, Socrate raconte avoir espéré d' que l'Intelligence ordonnât le monde selon le meilleur, puis l'avoir trouvé n'invoquant que des mécanismes. Ce qu'il réclame, c'est l'explication par le bien, la fin en vue de laquelle il vaut mieux que les choses soient ainsi : un finalisme qui détourne la philosophie de la nature vers la valeur.

Platon, Phédon, 97b-99d (la déception devant Anaxagore)

Charles Sanders Peirceinférable

Contre le mécanisme strict qui ne voit dans la nature que des lois rigides et nécessaires, Peirce soutient le : le hasard est une réalité objective, et les lois ne sont pas données d'avance mais sont des habitudes qui se sont formées et se renforcent au cours d'une évolution. Le cosmos a une histoire, il croît, et cette croissance est orientée par une tendance, l'amour évolutif ou agapasme, qui fait pencher Peirce du côté d'une explication finaliste, tout en gardant la spontanéité créatrice qui rappelle le vitalisme. Loin de la machine cartésienne, sa nature est un organisme en devenir.

La doctrine de la nécessité examinée (1892) · L'amour évolutionnaire (1893)

Fondements et implications
C'est une fondation racine, rien ne la fonde plus avant.Finalisme — Explication de la nature=FinalismeExplication de la nature
Descriptif
Bioconservatisme — Améliorer la nature humaine!BioconservatismeAméliorer la nature humaine
Prescriptif
Essentialisme — Essence et existence=EssentialismeEssence et existence
Descriptif
+
Gardiennage — Place de l'homme dans la nature!GardiennagePlace de l'homme dans lanature
Prescriptif
Techno-critique — Rapport à la technique!Techno-critiqueRapport à la technique
Prescriptif
↓ Ce qu'elle implique

Ce qui la fonde

C'est une fondation racine, rien ne la fonde plus avant.

Ce qu'elle implique

Améliorer la nature humaine

Si la nature est ordonnée par des fins et que chaque organisme tend vers sa forme accomplie, vouloir refaire techniquement l'humain revient à violer un ordre porteur de sens. Le finalisme soutient le bioconservatisme : chez Jonas, la finitude et la vulnérabilité ne sont pas des défauts à corriger, mais des conditions d'une vie proprement humaine.

Essence et existence

Si chaque être tend vers une fin qui lui est propre, c'est qu'une forme, une essence, le définit et oriente son développement. Le finalisme fonde l'essentialisme : chez Aristote, la cause finale et la forme se rejoignent, et la nature d'une chose est ce qu'elle est appelée à devenir.

Place de l'homme dans la nature

Si la nature et le vivant ont des fins propres et une valeur que notre puissance peut détruire, alors cette puissance même nous oblige à les préserver. Le finalisme fonde le gardiennage : Jonas tire de la vulnérabilité de la nature une responsabilité inédite, celle de garder le monde pour ceux qui viendront.

Rapport à la technique

Si la nature et le vivant sont porteurs de fins propres, alors la volonté technique de tout maîtriser et reconfigurer menace un ordre qui nous dépasse. Le finalisme fonde la techno-critique : Jonas oppose à la puissance démesurée de la technique un principe de responsabilité envers la vie et les générations futures.