Rapport au monde· Nature et vivant
Mécanisme
Axe: Explication de la nature — Comment faut-il expliquer les phénomènes naturels : par des mécanismes, des finalités ou un élan vital ?
La nature s'explique entièrement par des causes matérielles et des lois du mouvement, comme une immense machine. Les vivants eux-mêmes sont des mécanismes complexes, sans qu'il faille invoquer des fins ou des forces mystérieuses.
Courants 4
Épicurismeexplicite
La physique épicurienne explique tout phénomène par le mouvement, le choc et l'agrégation des atomes dans le vide, sans aucune cause finale : la nature n'agit pour aucune fin et nos organes ne furent pas créés en vue d'un usage, c'est leur existence qui en a permis l'emploi. Ce refus explicite de la téléologie range l'école du côté du mécanisme.
Lucrèce, De la nature des choses, livre IV, v. 823-857 · Épicure, Lettre à Hérodote, 38-44
Les Lumièresexplicite
L'univers newtonien se prête à une lecture mécaniste : un système de corps en mouvement réglé par des lois, sans fins ni âmes. en tire la conséquence extrême avec « l'homme-machine », et le matérialisme de ramène tout à la matière et au mouvement. Le siècle n'est pas mécaniste sans reste : et les naturalistes prêtent à la matière une sensibilité et une activité propres, esquisse d'un vitalisme, tandis qu'un finalisme déiste persiste, qui lit dans l'ordre du monde la marque d'un grand horloger.
La Mettrie, L'Homme-machine (1747) · d'Holbach, Système de la nature · Diderot, Le Rêve de d'Alembert
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Empirismeinférable
L'empirisme accompagne la science mécaniste naissante et se défie des causes finales aristotéliciennes, que Bacon range parmi les idoles stérilisant l'enquête. Hume va plus loin en analysant la connexion causale elle-même comme une habitude de l'esprit projetée sur la conjonction régulière des phénomènes, ce qui exclut tout finalisme intrinsèque.
Bacon, Novum Organum, I, aphorismes 38-51 (les idoles, contre les causes finales) · Hume, Enquête sur l'entendement humain, section VII
Rationalismeinférable
Si la raison peut connaître le réel a priori, c'est que le réel est de part en part rationnel : rien n'existe ni n'arrive sans une raison qui le rende intelligible, faute de quoi il resterait des faits bruts opaques à la pensée. Ce postulat, que érige en , commande tout le rationalisme et le sépare de l' de , pour qui la causalité n'est qu'une habitude d'associer des impressions, non une connexion nécessaire. La nature physique est lue de façon mécaniste, par figures et mouvements chez comme par lois nécessaires chez , mais la finalité réintervient au plan métaphysique, subordonnant le mécanisme des corps à des fins voulues par Dieu.
Leibniz, Monadologie, §§ 31-32 · Descartes, Principes de la philosophie, partie II
Philosophes 7
Épicureexplicite
Le monde résulte de la seule rencontre mécanique des atomes dans le vide, sans aucune cause finale ni dessein : la nature ne fut pas faite pour les hommes, et c'est une erreur de chercher un but aux organes ou aux astres. raille explicitement l'illusion finaliste. C'est un intégral, tempéré seulement par le hasard du .
Lucrèce, De la nature des choses, IV, 823-857 (contre la finalité des organes) · Lettre à Hérodote, 76-77 (les phénomènes célestes sans intervention divine)
Humeexplicite
Toute idée doit dériver d'une impression : Hume cherche donc quelle impression nous donne la connexion nécessaire entre une cause et son effet, et n'en trouve aucune. Dans les objets, l'expérience ne livre que succession et conjonction constante ; jamais le lien qui obligerait l'un à suivre l'autre. La nécessité n'est donc pas dans les choses : elle est une habitude (custom) de l'esprit, une attente projetée par la répétition. De là le problème de l' : si rien ne nous fait percevoir le lien causal, aucune inférence du passé au futur n'est rationnellement fondée. C'est l'analyse qui, en sapant la causalité comme nécessité objective, tirera de son sommeil dogmatique. La et la force vitale, faute de toute impression, tombent du même coup.
Enquête sur l'entendement humain, sect. VII (de l'idée de connexion nécessaire) · Traité de la nature humaine, I, partie III, sect. 6 et 14
Lucrèceexplicite
La nature ne poursuit aucune fin et ne fut réglée par aucun dessein : les choses se font par la seule rencontre mécanique des atomes au long d'un temps infini, où se sont formées toutes les combinaisons possibles et où n'ont subsisté que celles capables de durer. De là un renversement célèbre du finalisme : aucun membre du corps ne fut produit pour notre usage, c'est l'inverse, l'organe existe d'abord et l'usage vient après. Chercher un but à l'œil, à la main ou aux astres est donc une illusion, et raille ceux qui croient le monde fait pour les hommes. C'est un intégral, où seule la déclinaison du introduit du jeu sans réintroduire de fin.
De la nature des choses, IV, 823-857 (rien dans le corps ne fut fait pour servir) · De la nature des choses, V, 156-234 (le monde n'a pas été fait pour les hommes)
Spinozaexplicite
Spinoza rejette explicitement les comme une illusion humaine : la Nature n'agit en vue d'aucune fin, tout en découle par la seule nécessité de causes efficientes. C'est un mécanisme intégral, où l'idée d'un dessein providentiel n'est qu'un préjugé.
Éthique, I, appendice (la critique des causes finales) · Éthique, I, prop. 16 et 29 (tout suit nécessairement de la nature divine)
Descartesexplicite
La nature matérielle s'explique entièrement par les lois du mouvement et la figure des parties : le corps des vivants, et les animaux eux-mêmes, sont des machines, dépourvues d'âme. Descartes exclut de la physique la recherche des causes finales, qu'il réserve à Dieu, d'où une part résiduelle de finalisme théologique.
Discours de la méthode, V · Principes de la philosophie, I, art. 28 et II
Kantexplicite
La causalité est une catégorie a priori de l'entendement qui structure tout phénomène selon la loi mécanique : la nature connue est un enchaînement d'effets et de causes. La troisième Critique ajoute une finalité, mais Kant la déclare seulement régulatrice, un principe pour juger le vivant, non un mécanisme du monde, d'où un poids finaliste minoritaire.
Critique de la raison pure, Deuxième Analogie de l'expérience · Critique de la faculté de juger, §§61-68
Nāgārjunaexplicite
Comment une chose est-elle produite ? L'ouvrage s'ouvre sur ce problème et l'attaque par les quatre branches possibles : une chose ne peut naître ni d'elle-même (elle serait déjà là), ni d'une autre dotée de (deux essences séparées ne sauraient se conditionner), ni des deux, ni sans cause. Si la causalité réelle suppose des termes à nature propre, elle est incohérente. Le pas original n'est pas d'abolir la causalité mais de l'identifier à la vacuité : précisément parce que les choses naissent en dépendance, elles n'ont pas de nature propre. et sont alors deux noms d'un même fait, sans agent ni dessein, ce qui exclut le finalisme.
Mūlamadhyamakakārikā (Stances du milieu par excellence), ch. I (l'examen des conditions)