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Rapport au vrai· Croire et savoir

Évidentialisme

Axe: Éthique de la croyancePeut-on légitimement croire sans preuves suffisantes ?

Il est toujours fautif, pour quiconque, de croire quoi que ce soit sur la base de preuves insuffisantes. Croire à la légère n'est pas seulement une erreur intellectuelle, c'est un manquement moral qui affaiblit la confiance commune.

Qui défend cette position

Courants 3

Empirismeexplicite

L'école fait de la régulation de l'assentiment un devoir épistémique : Locke soutient que l'on doit accorder son adhésion à proportion des preuves et des degrés de probabilité, et Hume résume cette éthique de la croyance par sa maxime fameuse sur le sage qui proportionne sa croyance aux preuves. Fonder le savoir sur l'expérience commande de ne croire qu'à la mesure de ce qu'elle atteste.

Locke, Essai sur l'entendement humain, IV, 15-16 (de la probabilité et des degrés d'assentiment) · Hume, Enquête sur l'entendement humain, section X (des miracles)

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Rationalismeinférable

La norme de l'assentiment est l'évidence : on ne doit affirmer que ce que l'entendement perçoit clairement et distinctement. Descartes fait de l'erreur une faute de la volonté qui juge au-delà de ce que l'entendement conçoit clairement, et prescrit de suspendre l'assentiment hors de l'évidence. Pour Spinoza, c'est l' qui emporte une affirmation nécessaire et vraie. L'assentiment est ainsi réglé sur la clarté de l'idée, non sur la volonté de croire.

Descartes, Méditations métaphysiques, IV · Spinoza, Éthique, II, proposition 49

Scepticismeinférable

Accorder son assentiment à une thèse sur la nature non évidente des choses, c'est tenir pour vrai ce qu'on ne peut prouver : le sceptique y voit une faute, et s'en abstient par principe. Mais une objection le guette : une vie sans aucune croyance serait-elle seulement vivable ? Il répond en distinguant deux assentiments. Aux qui s'imposent à lui (qu'il fait jour, qu'il a faim) il cède sans résister, car elles ne se discutent pas ; ce qu'il refuse, c'est l'assentiment supplémentaire qui ajouterait « et il en va ainsi en vérité, par nature ». Il agit donc, guidé par les phénomènes et les usages, sans jamais poser de dogme.

Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, I, 13-24

Philosophes 4

Humeexplicite

Puisque toute croyance de fait repose sur l'expérience, sa fermeté doit se mesurer à la preuve : croire au-delà de ce que l'évidence autorise est une faute épistémique. Hume en tire une arme contre les miracles : un miracle est par définition une violation des lois de la nature, et ces lois sont établies par une expérience uniforme, donc par la preuve la plus complète qui soit. Le poids de l'expérience contraire est ainsi maximal ; aucun témoignage ne peut le surmonter, sauf si sa fausseté serait plus miraculeuse encore que le fait rapporté, ce qui n'arrive jamais. L'argument ne nie pas a priori le surnaturel : il montre qu'un esprit réglé sur la preuve ne saurait y assentir.

Enquête sur l'entendement humain, sect. X (des miracles)

Lockeexplicite

Puisque notre savoir des faits reste borné au probable, l'usage correct de l'entendement n'est pas de croire fermement, mais de mesurer son assentiment aux preuves : la fermeté de la croyance doit suivre exactement le poids des raisons. D'où une norme proprement évidentialiste, où croire au-delà de ce que les preuves autorisent devient une faute, non contre la prudence, mais contre la raison elle-même. Locke en tire l'arme dirigée contre l'enthousiasme, cette prétention à une lumière intérieure qui dispense de preuve, et fonde sur elle son exigence de tolérance : une conviction non examinée n'autorise personne à l'imposer à autrui.

Essai sur l'entendement humain, IV, ch. 16 (les degrés d'assentiment) et ch. 19 (l'enthousiasme)

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Pyrrhoninférable

Le geste premier de Pyrrhon est de retirer son adhésion à toute opinion : tant que les choses restent indéterminées, donner sa créance à l'une plutôt qu'à l'autre serait se précipiter. Cette retenue rejoint l'esprit évidentialiste, ne croire qu'à proportion de ce qui se montre, mais sous une forme extrême, car rien ne se montre assez pour mériter qu'on y croie. La nuance pyrrhonienne est qu'il ne fait pas de cette retenue un devoir moral : elle est l'effet vécu de l'indétermination des choses, l'impossibilité d'adhérer là où rien n'emporte la balance, plutôt qu'une règle qu'on s'imposerait.

Aristoclès (d'après Timon), cité par Eusèbe, Préparation évangélique, XIV, 18 · Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 61-62

Sextus Empiricusinférable

Le geste premier du sceptique est de refuser à tout ce qui n'est pas évident par soi : tant que les raisons s'équilibrent, donner sa créance serait précipité. Cette retenue rejoint l'esprit évidentialiste, croire à proportion des raisons. La nuance pyrrhonienne est qu'il suspend même là où le dogmatique croit avoir des preuves, et qu'il ne fait pas de cette retenue une obligation morale mais l'effet vécu de l'équilibre des arguments : non un devoir de ne croire que le prouvé, mais l'impossibilité d'adhérer quand rien n'emporte la balance.

Esquisses pyrrhoniennes, I, 13 (l'assentiment) · Esquisses pyrrhoniennes, I, 19-20

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeÉvidentialisme — Éthique de la croyance!ÉvidentialismeÉthique de la croyance
Prescriptif
Conflit — Foi et raison=ConflitFoi et raison
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Foi et raison

Si croire sans preuve suffisante trahit l'exigence rationnelle, alors on a le devoir de proportionner ses croyances aux preuves. La thèse d'un conflit entre foi et raison fonde l'éthique évidentialiste de la croyance, dont Russell est un héraut : ne rien tenir pour vrai au-delà de ce que les raisons autorisent.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Pratiques
Chercher ce qui vous donnerait tortExerciceInspirée de Karl Popper

Pour , une idée ne vaut comme savoir que si l'on peut dire ce qui, observé, la réfuterait : une croyance que rien ne pourrait démentir n'est pas solide, elle est seulement à l'abri. Cet exercice retourne ce critère vers vos propres convictions : chercher activement ce qui leur donnerait tort, pour les tenir comme des conjectures révisables plutôt que comme des dogmes. Il aide aujourd'hui à se prémunir contre l'entêtement et contre les bulles d'information où l'on ne croise que ce qui nous conforte.

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