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Rapport à soi· Exister

Mémoire-transmission

Axe: Orientation temporelleVers quelle dimension du temps faut-il orienter sa vie : le présent, l'avenir ou le passé ?

Nous sommes des héritiers : ce que nous avons reçu du passé nous constitue et appelle à être transmis. Cultiver la mémoire, honorer ses dettes et léguer quelque chose aux générations futures donnent à la vie sa profondeur.

Qui défend cette position

Courants 1

Confucianismeexplicite

Le confucianisme oriente l'existence vers la transmission : le passé des sages-rois est le modèle à étudier, à ressaisir et à léguer, et le culte des ancêtres ancre le présent dans la continuité des générations. Apprendre, c'est revisiter l'ancien pour en tirer le neuf : la mémoire est le ressort de la vie morale et politique.

Confucius, Entretiens (Lunyu), II, 11 · Confucius, Entretiens (Lunyu), I, 9

Philosophes 2

Confuciusexplicite

Le temps confucéen est orienté vers le passé comme modèle : ranimer l'ancien pour comprendre le nouveau, telle est la marche du maître. L'étude des Anciens, des rituels et des odes transmet une sagesse à incarner ; l'avenir compte moins comme projet à inventer que comme continuité à préserver. C'est une orientation de .

Entretiens, II, 11 (ranimer l'ancien pour connaître le nouveau) · Entretiens, VII, 19 (un homme épris d'antiquité, infatigable à s'instruire)

Afficher les positions inférées (1)
Machiavelinférable

Le remède au présent se cherche au passé : il faut imiter les Anciens et ramener sans cesse le corps politique vers ses commencements. Cette orientation vers la mémoire et l'exemple romain cohabite avec un sens aigu de l'occasion présente, qu'il faut saisir sans tarder.

Discours sur la première décade de Tite-Live, préface du livre I ; III, 1 · Le Prince, chap. XIV (lire les histoires)

Arguments et objections
ArgumentNous sommes des héritiersNous recevons une langue, un monde, des biens que nous n'avons pas créés ; les honorer et les transmettre inscrit notre vie brève dans un temps plus long que la nôtre.
  1. Avant de rien projeter ou de rien savourer, nous avons déjà tout reçu : une langue, un savoir, des outils, un monde habitable que d'autres ont bâti et nous ont légué sans que nous l'ayons mérité.
  2. Mesurer sa vie à ses seuls plaisirs ou à ses seules réussites, c'est se couper de cette profondeur. Pour comme pour , la communauté est un , un pacte entre les morts, les vivants et ceux qui ne sont pas encore nés. Honorer ses dettes envers le passé, par la ou la simple gratitude, c'est reconnaître ce que l'on doit.
  3. Et transmettre à son tour, un savoir, une mémoire, un monde tenable, c'est donner à sa vie brève une part dans un temps plus vaste. Ce qui passe par nous nous dépasse : voilà qui délivre de la hantise d'« optimiser » des heures qu'on croyait n'avoir qu'à soi.

Donc Donc bien vivre le temps, c'est se savoir un passage : recevoir avec gratitude, transmettre avec soin, et trouver là une profondeur que ni l'instant ni le projet ne donnent.

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ObjectionUne vie d'empruntTourné vers ce qu'on a reçu et ce qu'on doit léguer, on porte des dettes qu'on n'a pas contractées, et l'on remet à d'autres, ou à plus tard, de vivre pour soi.
  1. S'orienter vers le passé et la transmission, c'est faire de sa vie le maillon d'une chaîne : recevoir un héritage, honorer ce qu'on doit, transmettre à son tour.
  2. Mais ce maillon, à force d'être au service de la chaîne, finit par ne plus s'appartenir. On vit sous le regard des morts et dans le souci de ceux qui ne sont pas nés, entre une fidélité au passé et un devoir envers l'avenir, sans jamais habiter le présent qui, lui, est bien à soi.
  3. Sous le beau nom de profondeur peut se cacher un poids : des dettes qu'on n'a pas choisies, des rôles qu'on perpétue sans les vouloir. Se définir par ce qu'on a reçu, c'est parfois s'épargner la tâche de devenir soi : faute d', on vit par fidélité une vie qui n'est pas la sienne.

Donc Donc l'orientation vers la mémoire peut nous déposséder du seul temps qui nous revienne : à trop honorer ce qui précède et ce qui suit, on oublie de vivre l'entre-deux, qui est notre vie.

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ObjectionVous ne serez pas làL'héritage et la postérité adoucissent la peur de disparaître ; mais c'est à notre propre finitude qu'on échappe en se rêvant survivre dans les autres.
  1. Accordons que nous recevions tout du passé. Reste à savoir ce que vaut, pour la vie qu'on a à vivre, de se tourner d'abord vers ce qui nous précède et nous suit.
  2. Car de la transmission, je ne verrai pas le fruit : quand mon legs portera, je ne serai plus là. M'y dévouer, c'est vivre pour un temps dont je suis absent, et confier mon prix à ce qui se passera sans moi.
  3. On peut y voir une dernière ruse contre la mort : faute de durer, on se rêve survivre dans ses enfants, son œuvre, sa lignée. Mais regarder en face sa propre fin, l', c'est comprendre que nul ne meurt à ma place, et que ce temps qui m'est compté, c'est à moi de le vivre, non à mes héritiers.

Donc Donc se vouer à la transmission peut adoucir la pensée de disparaître, mais au prix d'un détour : on s'occupe de l'après pour n'avoir pas à habiter le maintenant, le seul qui soit encore à nous.

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Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeMémoire-transmission — Orientation temporelle!Mémoire-transmissionOrientation temporelle
Prescriptif
Communauté organique — Origine du lien social=Communauté organiqueOrigine du lien social
Descriptif
Holisme — Individu et société=HolismeIndividu et société
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Origine du lien social

Si la communauté est un héritage vivant qui me précède et me constitue, alors bien vivre, c'est recevoir ce legs et le transmettre à mon tour. La conception organique du lien social fonde l'orientation vers la mémoire et la transmission : de Burke à Confucius, honorer ses dettes envers le passé et léguer aux générations futures donne à la vie sa profondeur.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Pratiques
Honorer l'héritage, préparer le legsHabitudeAttestée · Confucius

Se savoir un maillon : recevoir de ceux qui précèdent, transmettre à ceux qui suivront.

Pour Confucius, la et le souvenir des ancêtres sont la racine des vertus : se savoir un maillon entre ceux qui nous précèdent et ceux qui nous suivront. Cette double attention, recevoir et transmettre, donne au temps une profondeur que ni l'instant ni le projet ne procurent. Aujourd'hui, c'est un contrepoids à une vie mesurée à sa seule productivité.

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Problèmes
  • PrescriptifExistentielle Expérience de pensée
    Voudriez-vous la revivre ?

    Un démon vous propose de revivre votre vie, identique, à l'infini : la voudriez-vous ? Le test révèle si vous habitez vraiment votre temps, plutôt que de le suspendre à demain ou de le pleurer d'hier.

    le temps d'une vie
  • PrescriptifExistentielle
    Le poids de l'héritage

    Nous sommes des héritiers : la fidélité aux racines, aux dettes, aux morts fait-elle la profondeur d'une vie, ou une chaîne qui enferme les vivants dans un passé révolu ? Car trop de mémoire, aussi, peut paralyser.

    ce que nous avons reçu
  • PrescriptifExistentielle
    Pour qui bâtir après soi ?

    Planter un arbre dont on ne verra pas l'ombre : devons-nous quelque chose à ceux qui viendront, qui n'ont rien fait pour nous ? La transmission tourne le présent vers un avenir qui nous dépasse.

    ceux qui viendront