← Revenir à l'axe

Rapport aux autres· Liens

Rigorisme véridique

Axe: SincéritéEst-il parfois permis de mentir pour le bien d'autrui ?

Le devoir de dire la vérité est inconditionnel : mentir, même par bonté, ruine la confiance qui rend possible toute parole et traite autrui comme un être à manipuler. Aucune bonne intention ne peut transformer un mensonge en acte juste.

Qui défend cette position

Courants 1

Cynismeexplicite

Si la honte sociale n'est que nomos, alors la taire ou la ménager, c'est se rendre complice du mensonge collectif sur lequel reposent les conventions. De là deux exigences solidaires. La (franc-parler) commande de dire le vrai sans détour ni flatterie, fût-ce au visage des puissants, pour qui la complaisance est devenue un dû : c'est, répondait Diogène, ce que les hommes ont de plus beau. L'anaideia (impudeur assumée) en est la preuve par l'acte : accomplir en public, sans rougir, ce que la pudeur convenue interdit, c'est démontrer expérimentalement que cette pudeur n'avait aucun fondement naturel. La franchise cynique n'est donc pas grossièreté gratuite mais une méthode de réfutation, qui prend le corps et le scandale pour arguments.

Diogène Laërce, Vies, VI, 69

Philosophes 9

Diogène de Sinopeexplicite

Si la honte sociale n'est que , la taire revient à se faire complice du mensonge collectif sur lequel reposent les conventions. De là deux exigences solidaires. La (franc-parler) commande de dire le vrai sans détour ni flatterie, fût-ce au visage des puissants : interrogé sur ce que les hommes ont de plus beau, Diogène répondit, le franc-parler. L' (impudeur assumée) en est la preuve par l'acte : accomplir en public, sans rougir, ce que la pudeur convenue interdit, c'est démontrer expérimentalement que cette pudeur n'avait aucun fondement naturel. La franchise cynique n'est donc pas grossièreté gratuite, mais une méthode de réfutation qui prend le corps et le scandale pour arguments.

Diogène Laërce, Vies, VI, 69

Kantexplicite

Contre , Kant soutient que la véracité est un devoir inconditionnel, même envers le meurtrier qui demande où se cache son ami : mentir détruirait le fondement de tout droit. C'est le cas d'école du rigorisme véridique.

D'un prétendu droit de mentir par humanité

Beauvoirexplicite

Beauvoir reprend la critique existentialiste de la : se mentir à soi-même pour fuir sa liberté et sa responsabilité. L' consiste à assumer lucidement l'ambiguïté de la condition humaine, sans se réfugier dans un rôle figé, dans le sérieux des valeurs toutes faites ou dans l'image que l'on donne aux autres. La véracité envers soi est une exigence morale forte.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), figures de la fuite (le sérieux, le sub-homme)

Sartreexplicite

La pose une énigme : mentir suppose de connaître la vérité qu'on cache, alors qu'ici le trompeur et le trompé ne font qu'un. Sartre la résout par la non-coïncidence du pour-soi : n'étant pas une chose, je puis me fuir en jouant à en être une, tel le garçon de café qui se fait pleinement « garçon de café ». Manquer ainsi à l', c'est refuser sa propre liberté.

L'Être et le Néant, 1re partie, ch. 2 (la mauvaise foi, le garçon de café)

Confuciusexplicite

L'argument part d'une fonction du langage : un nom (« père », « prince », « ami ») n'étiquette pas seulement, il prescrit un devoir attaché au rôle. Dès lors un mot employé de travers, ou démenti par les actes, dérègle l'ordre qu'il était censé tenir, et la zhengming (rectification des noms) devient la condition même d'une société qui fonctionne. La véracité cesse d'être une affaire privée de conscience : la fidélité de la parole (xin) et la sincérité (cheng) sont requises parce que le mensonge et l'écart entre le dire et le faire désagrègent le tissu social. De là un rigorisme de la véracité, où le junzi 君子 (l'homme de bien) rougit que ses paroles dépassent ses actes.

Entretiens, XIII, 3 (la rectification des noms) · Entretiens, XIV, 27 (le junzi a honte que ses paroles dépassent ses actes)

Michel de Montaigneexplicite

Le mensonge est pour Montaigne le vice qu'il déteste le plus : « nous ne sommes hommes et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole », et qui ment trahit le lien social en son cœur. Toute l'entreprise des est d'ailleurs un pari de franchise, se montrer « tout entier et tout nu », sans fard. Cette exigence de véracité reste pourtant celle d'un sage tolérant, non d'un rigorisme inflexible : elle vise la bonne foi plus que l'aveu de toute vérité en toute circonstance.

Essais, I, 9, « Des menteurs » et II, 18, « Du démentir »

Afficher les positions inférées (3)
Épictèteinférable

Le progressant doit être d'une intégrité sans faille, accordant ses actes à ses jugements et ne se parant pas de ce qu'il n'est pas. Cette exigence de cohérence intérieure penche nettement vers un rigorisme de la vérité.

Manuel, §46 · Manuel, §48

Lockeinférable

La tolérance de Locke repose sur l'idée que la sincère ne peut être contrainte : l'assentiment intérieur doit suivre la conviction, jamais la dissimulation ou la profession forcée. Cette exigence de véracité intérieure, jointe à sa règle d'évidentialisme, le porte vers un rigorisme de la sincérité, sans qu'il thématise pour autant une casuistique du mensonge.

Lettre sur la tolérance (la foi forcée n'est pas une foi)

Millinférable

La véracité figure parmi les règles dont l'utilité est la plus haute, car la confiance mutuelle est le fondement du bien-être social, et l'affaiblir nuit à tous. Mill tient donc le mensonge pour gravement néfaste ; mais, l'utilité restant le critère ultime, il admet de rares exceptions reconnues, ce qui le maintient nettement, sans absolutisme, du côté du rigorisme de la vérité.

L'Utilitarisme, ch. 2 (la véracité, règle d'utilité transcendante, et ses exceptions)

Personnages 2

Meursaultexplicite

Quand Marie lui demande s'il l'aime, Meursault répond simplement que non sans doute, plutôt que de dire ce qu'elle attend ; il ne joue aucune douleur à l'enterrement de sa mère et avoue qu'il aurait préféré ne pas la voir morte. Il ne sait pas plus tricher pour se sauver que pour plaire : dire ce qu'il éprouve, et rien d'autre, lui est une nécessité plus forte que son propre intérêt.

Partie I, chapitre 4 : à Marie qui demande s'il l'aime, il répond que cela ne veut rien dire, mais que non sans doute · Partie I, chapitres 1-2 : l'absence de tout chagrin feint aux obsèques de sa mère

Antigoneexplicite

Antigone refuse toute dissimulation : elle somme Ismène de proclamer son acte à toute la ville plutôt que de le taire, accomplit le second rite en plein jour et avoue sans détour devant Créon. Le mensonge prudent, même protecteur, lui fait horreur.

Prologue : elle exige qu'Ismène crie l'acte à tous au lieu de le cacher · Premier et deuxième épisodes : prise sur le fait en plein jour, elle avoue aussitôt

Arguments et objections
ArgumentL'argument de la confianceMentir exploite la confiance qui fonde toute parole ; une seule exception, et la présomption de sincérité s'effrite.
  1. Quand je parle, je demande tacitement à autrui de me croire ; toute communication repose sur cette présomption de sincérité.
  2. Mentir, c'est exploiter cette confiance pour conduire l'autre là où il n'irait pas s'il savait : je le traite alors en au service de mes fins.
  3. Qu'une seule exception soit admise, et chacun se met à redouter le mensonge dit « pour son bien » : la présomption de sincérité s'effrite, et avec elle le lien que la parole tisse.

Donc Le devoir de véracité est donc sans exception, car il protège non pas une règle abstraite, mais la confiance même dont vivent nos relations.

Voir la page
ObjectionL'honnêteté sans égardUne vérité qui ne ménage jamais personne n'est pas une vertu, mais une dureté.
  1. Dire toute la vérité en toute circonstance peut infliger une peine que rien ne justifie : à un mourant, à un enfant, à qui ne peut plus rien changer à son sort.
  2. Maintenir le principe quand la franchise ne fait que meurtrir, c'est préférer la pureté d'une règle à la personne même qu'elle devrait servir.
  3. Or la compassion compte parmi nos devoirs autant que la véracité ; les opposer sans reste, c'est sacrifier l'une à l'autre sans vouloir l'avouer.

Donc Une honnêteté qui ne s'autorise aucun ménagement finit donc par confondre la droiture avec l'indifférence.

Voir la page
ObjectionLa ligne arbitraireEntre mentir et laisser croire, la frontière que vous tracez est moins nette qu'il n'y paraît.
  1. Le rigorisme interdit le mensonge, mais permet de se taire, de rester évasif, de laisser une fausse impression s'installer.
  2. Or un silence calculé ou une demi-vérité peuvent tromper aussi sûrement qu'un mensonge, et avec la même intention d'égarer.
  3. Sauver ainsi le mot tout en absolvant la manœuvre, c'est préserver la lettre de la sincérité en sacrifiant son esprit.

Donc Si tromper par le silence est permis et tromper par les mots interdit, c'est donc l'intention de tromper, et non le mensonge seul, qui devrait être en cause.

Voir la page
Pratiques
La franchise cynique (parrhêsia)RègleAttestée · Diogène

Dis le vrai utile, non le flatteur agréable.

pratiquait la , le franc-parler : dire la vérité utile sans servilité, fût-ce devant les puissants. La règle consiste, dans ces moments où l'on serait tenté de complaire, à dire ce qui est vrai et utile plutôt que ce qui plaît, pour dégonfler une prétention ou une illusion. Aujourd'hui, c'est un antidote à la flatterie et au conformisme qui nous font taire l'essentiel.

Débloquer les pratiques

Le déroulé pas à pas fait partie de l'accès Premium : une contribution modeste qui soutient et encourage le développement de Philoscopia. Tout le contenu encyclopédique reste gratuit et open source, ceci ouvre seulement les pratiques à mettre en œuvre.

Découvrir l'accès Premium

Déjà débloqué sur un autre appareil ? Connectez-vous pour le restaurer.

Vrai sans blesserRègleProposée · Kant

Ne jamais dire le faux ; mais ne pas tout dire reste permis.

Pour , mentir, même par bonté, ruine la confiance sur laquelle repose toute parole. Mais dire vrai n'a jamais voulu dire tout dire, ni asséner brutalement. Cette règle tient la véracité au quotidien : devant la tentation du mensonge de confort, on cherche la parole vraie qui respecte l'autre, et l'on garde toujours nettes la frontière entre se taire et tromper. Elle aide à entretenir des relations où votre parole peut être crue, sans pour autant blesser sans raison.

Débloquer les pratiques

Le déroulé pas à pas fait partie de l'accès Premium : une contribution modeste qui soutient et encourage le développement de Philoscopia. Tout le contenu encyclopédique reste gratuit et open source, ceci ouvre seulement les pratiques à mettre en œuvre.

Découvrir l'accès Premium

Déjà débloqué sur un autre appareil ? Connectez-vous pour le restaurer.