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Mensonge bienveillant permis

Axe: SincéritéEst-il parfois permis de mentir pour le bien d'autrui ?

Dire la vérité est un devoir, mais seulement envers ceux qui y ont droit. Quand la franchise causerait un tort injuste, protéger un innocent ou épargner une souffrance inutile peut justifier de mentir : la vérité n'est pas due au bourreau.

Qui défend cette position

Philosophes 1

Machiavelexplicite

Puisque les hommes sont mauvais et ne te garderont pas leur foi, tu n'es pas tenu de garder la tienne quand elle te nuit et que les raisons qui te la firent promettre sont éteintes. Le prince doit combattre en homme par les lois et en bête par la force, et parmi les bêtes être renard pour flairer les pièges autant que lion pour effrayer les loups. Reste alors l'essentiel : non ce qu'il est, mais ce qu'il paraît, car peu de gens touchent au vrai quand la majorité s'arrête à l'apparence.

Le Prince, chap. XVIII (comment les princes doivent tenir leur parole)

Personnages 1

Ulysseexplicite

Ulysse est le grand menteur de l'épopée, et le poème ne l'en blâme pas : il forge des « récits crétois » où il se donne une fausse identité, se déguise en mendiant pour rentrer chez lui, trompe le Cyclope comme ses hôtes. Quand le démasque, elle ne le réprimande pas mais sourit et l'aime pour cette virtuosité du , la ruse : la déesse partage son goût du mensonge habile. Sa parole sert la fin poursuivie plus qu'elle ne dit le vrai ; encore cette ruse a-t-elle sa contrepartie, quand l'orgueil le trahit et que, nommé triomphant, il nargue le Cyclope au risque de tout perdre.

Odyssée, XIII, 256-286 ; XIV, 191-359 ; XIX (les récits crétois) · Odyssée, XIII, 287-302 (Athéna admire et loue sa ruse)

Arguments et objections
ArgumentLe droit à la véritéDire le vrai est un devoir envers autrui ; nul n'a droit à une vérité dont il userait pour nuire.
  1. Dire la vérité est un devoir, mais un devoir envers autrui : il suppose, chez celui qui la reçoit, un droit correspondant à la connaître.
  2. Or nul n'a droit à une vérité dont il se servirait pour nuire : celui qui vous demande où se cache sa proie n'a aucun titre à votre franchise.
  3. Quand la vérité ne servirait qu'à blesser un innocent ou à armer une injustice, mentir pour le protéger honore l'esprit de la sincérité mieux que sa lettre.

Donc Mentir peut donc être juste lorsque la vérité, due à personne en pareil cas, ne ferait qu'un tort sans contrepartie.

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ObjectionLe mensonge qui infantiliseMentir « pour le bien » d'autrui, c'est décider à sa place de ce qu'il peut supporter.
  1. Le mensonge bienveillant suppose que je sais, mieux que l'autre, ce qui est bon pour lui : je le juge trop fragile pour la vérité.
  2. C'est lui refuser le respect dû à un être capable de raison, et le traiter en enfant qu'on ménage plutôt qu'en adulte qu'on informe.
  3. Souvent, du reste, le mensonge épargne d'abord celui qui le dit : il s'évite une conversation difficile et nomme cela de la bonté.

Donc Sous couvert de le protéger, le mensonge bienveillant retire à autrui ce à quoi il a droit : la vérité, et la liberté d'en juger.

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ObjectionLe retour du mensongeLe mensonge bienveillant détruit, à terme, ce qu'il prétend protéger.
  1. Un mensonge reste rarement secret : un jour, l'autre apprend qu'on lui a menti « pour son bien ».
  2. Dès lors, chacune de vos paroles rassurantes devient suspecte : il ne sait plus quand vous le ménagez et quand vous êtes sincère.
  3. Une confiance entamée de la sorte ne se répare pas d'un mot ; le mensonge qui voulait épargner une douleur en sème une plus durable.

Donc En trompant pour protéger, on échange une peine présente contre une défiance qui, elle, ne guérit pas.

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Pratiques
La parole justeRègleAttestée · Bouddhisme

Ne dire que ce qui est vrai, utile et bienveillant, et au bon moment ; sinon, se taire.

La parole juste (sammā vācā) est l'un des huit membres du enseigné par : ne dire que ce qui est vrai, utile, bienveillant, et dit au bon moment. Une parole exacte mais inutile et blessante, le Bouddha s'abstenait de la prononcer. Cet exercice entraîne à peser non seulement la vérité d'un propos, mais son utilité et son moment, et à préférer le silence à une franchise qui ne ferait que nuire. Il aide aujourd'hui à parler avec soin dans les moments délicats, sans trahir le vrai.

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Le droit à la véritéRègleInspirée de Benjamin Constant

La vérité n'est due qu'à celui qui a un droit à la vérité.

Cette règle s'inspire de Benjamin Constant, qui opposait à une idée simple : la vérité n'est due qu'à celui qui a un droit à la vérité. Avant de blesser par une vérité, elle vous fait nommer à qui et à quoi elle sert, afin d'épargner un mal inutile sans pour autant mentir par confort. Elle aide aujourd'hui à annoncer une nouvelle difficile, à donner un avis sans détour, ou à faire face à qui réclame la vérité pour en mésuser.

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