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Rapport aux autres· Société et histoire

Réalisme politique

Axe: Idéal et réelLa politique doit-elle viser la cité idéale ou composer avec les hommes tels qu'ils sont ?

Il faut partir de la vérité effective des choses, non des républiques imaginaires. La politique est l'art de gouverner des hommes tels qu'ils sont, avec leurs passions et leurs intérêts : qui néglige ce qui se fait pour ce qui devrait se faire court à sa perte.

Qui défend cette position

Courants 1

Aristotélismeexplicite

À rebours de la cité idéale platonicienne, l'aristotélisme cherche la meilleure constitution accessible à un peuple donné, dans des conditions réelles. Le régime le plus stable est le régime mixte fondé sur une large classe moyenne, la politeia, qui tempère les excès de la démocratie et de l'oligarchie : un réalisme politique attentif aux circonstances.

Aristote, Politique, IV, 11

Philosophes 9

Machiavelexplicite

Contre tout le genre du miroir des princes, Machiavel refuse de peindre la cité comme elle devrait être : l'écart entre comme on vit et comme on devrait vivre est tel que celui qui poursuit l'idéal court à sa perte au milieu de tant d'hommes qui ne sont pas bons. D'où sa règle de méthode : aller à la et tirer la maxime des cas, l'histoire romaine et l'expérience, non d'une république imaginaire.

Le Prince, chap. XV · Le Prince, Épître dédicatoire · Discours sur la première décade de Tite-Live, préface du livre I

Spinozaexplicite

Le s'ouvre sur un refus de railler, déplorer ou maudire les actions humaines : il faut les comprendre comme on étudie des phénomènes naturels, et prendre les hommes tels qu'ils sont. Spinoza conçoit ainsi des institutions adaptées à la nature réelle des passions, non à un idéal chimérique, ce qui est un réalisme politique assumé.

Traité politique, ch. 1, §1 et §4 (comprendre les actions humaines, non les déplorer)

Aristoteexplicite

Aristote rejette la cité idéale de et part des constitutions réelles : le législateur doit viser non le régime absolument meilleur mais le meilleur possible pour des circonstances données. D'où l'éloge du régime mixte (politeia) appuyé sur une large classe moyenne, position réaliste et empirique.

Politique, IV, 1 et 11

Camusexplicite

La porte en elle sa propre mesure : elle s'arme d'une valeur (la dignité due à tout homme) qu'elle ne peut bafouer sans se renier. Camus en tire son verdict politique : la révolution qui, au nom d'un avenir radieux ou d'un sens nécessaire de l'Histoire, sacrifie les vivants présents, retourne la révolte contre son principe et débouche logiquement sur la terreur d'État. Contre cette démesure, il oppose la pensée de midi, une politique des limites et du possible qui maintient ensemble liberté et justice sans en sacrifier l'une à l'autre. Cette critique du communisme soviétique, écrite en pleine guerre froide, lui valut sa rupture retentissante avec .

L'Homme révolté (1951)

Afficher les positions inférées (5)
Michel de Montaigneinférable

Le même qui le détourne des réformes le détourne des utopies : prétendre redessiner la société selon un plan rationnel, c'est encore croire que la raison peut fonder l'ordre civil, ce que Montaigne tient pour une illusion dangereuse. Il préfère la stabilité d'un ordre imparfait mais éprouvé aux promesses d'un meilleur régime, et juge la politique au coût humain réel des bouleversements plutôt qu'à l'idéal qu'ils invoquent. Un réalisme désabusé, nourri par le spectacle des guerres civiles.

Essais, III, 9, « De la vanité » et I, 23

Lockeinférable

Locke conçoit des institutions praticables, ajustées aux hommes tels qu'ils sont : un état de nature vivable mais incommode, des gouvernements faillibles qu'il faut borner et pouvoir révoquer. Loin d'une cité idéale, il vise des garanties concrètes (séparation des pouvoirs, primauté du législatif, droit de résistance), ce qui relève d'un réalisme politique tempéré par des principes de droit.

Traités du gouvernement civil, II, ch. 9 (les inconvénients de l'état de nature) et ch. 11-13 (l'étendue et les bornes du pouvoir)

Thomas d'Aquininférable

Suivant plutôt que la cité idéale de , Thomas raisonne sur les régimes réels et tient la monarchie tempérée pour le meilleur gouvernement, à condition qu'elle serve le bien commun et soit retenue de devenir tyrannie. Ce réalisme prudent, attentif aux circonstances et aux moyens de prévenir l'abus du pouvoir, l'éloigne de l'utopisme sans le porter au cynisme machiavélien.

Du gouvernement royal (De regno), I, 1-6

Benthaminférable

Bentham construit ses réformes sur la nature réelle des hommes, mus par leur intérêt, et conçoit des institutions, sanctions et mécanismes constitutionnels destinés à canaliser cet intérêt vers l'utilité générale. Ce souci d'efficacité concrète et de prise sur les intérêts sinistres relève d'un réalisme politique, même si la visée réformatrice ultime, refondre rationnellement la société entière, garde une part d'ambition quasi utopique.

Constitutional Code (institutions conçues sur les intérêts réels)

Marxinférable

Marx se veut un socialiste scientifique et raille les socialismes utopiques qui dessinent des cités idéales sans analyser les forces réelles : le communisme n'est pas un idéal à instaurer mais le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Cet ancrage dans l'analyse des rapports de force matériels tire vers le réalisme politique, même si la fin visée, la société sans classes, garde une charge utopique.

L'Idéologie allemande, I (le communisme, mouvement réel) · Manifeste du Parti communiste, ch. 3 (critique des socialismes utopiques)

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeRéalisme politique — Idéal et réel!Réalisme politiqueIdéal et réel
Prescriptif
Pessimisme anthropologique — Vision de l'homme=PessimismeanthropologiqueVision de l'homme
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Vision de l'homme

Si la nature humaine est durablement imparfaite, espérer une cité parfaite expose à l'aveuglement et à la tyrannie des bonnes intentions. Le pessimisme anthropologique recommande donc un réalisme politique, attentif aux rapports de force réels plutôt qu'aux idéaux.

Ce qu'elle implique

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