Rapport au monde· Nature et vivant
Optimisme anthropologique
Axe: Vision de l'homme — L'être humain est-il fondamentalement bon ou porté au mal ?
L'être humain est naturellement bon, ou du moins porté à la pitié et à la bienveillance : c'est la société, avec ses inégalités et ses rivalités, qui le corrompt. La méchanceté est un produit de l'histoire, non de la nature.
Courants 2
Les Lumièresexplicite
Contre le dogme du péché originel, qui fait de l'homme une créature corrompue à racheter, les Lumières parient sur sa : ses vices tiennent moins à sa nature qu'à de mauvaises institutions et à l'ignorance. Si l'esprit est une , alors l'éducation peut presque tout, soutient : changez les lois, les lumières et les mœurs, et vous changez les hommes. radicalise le pari, l'homme étant naturellement bon et perverti par la société, tandis que , plus sombre, en garde la mesure. De là un optimisme tempéré, fondé non sur ce que l'homme est, mais sur ce qu'il peut devenir.
Helvétius, De l'esprit · Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité · Locke, Quelques pensées sur l'éducation
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Le romantismeinférable
Héritier de , le romantisme tient l'homme pour naturellement bon et la spontanéité du cœur pour plus sûre que les artifices de la civilisation : l'enfant, le peuple et le poète sont plus près de la vérité que l'homme policé. Cette confiance se double pourtant d'une fascination pour les abîmes de l'âme, le démoniaque et le mal, qui en tempère l'optimisme.
Rousseau, Émile, ou De l'éducation · Schiller, Poésie naïve et sentimentale
Philosophes 6
Rousseauexplicite
« L'homme est naturellement bon » : ses vices ne sont pas dans sa nature mais dans l'histoire qui l'en a écarté. À l'état de nature règnent l'amour de soi et la , non la méchanceté ; ce sont la propriété, les comparaisons et l' qui engendrent l'inégalité et la domination. Rousseau retourne ainsi le dogme du péché originel et déplace la faute de la nature vers la société : ce ne sont pas les hommes qu'il faut d'abord corriger, mais les institutions.
Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité · Rousseau, Émile, livre I
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Laoziinférable
Le mal ne vient pas d'une nature humaine corrompue mais de ce qui la corrompt : le savoir affecté, la convoitise, les institutions qui dressent l'homme contre son . « Abolis la sagesse, rejette le savoir, et le peuple y gagnera cent fois » : il suffit de retrancher l'artifice pour que reparaisse une bonté originelle, comme le bois brut avant qu'on le sculpte. Cette confiance dans le naturel, proche de , l'éloigne du pessimisme.
Dao De Jing, ch. 19 et 28 · Dao De Jing, ch. 3 et 65
Marxinférable
Les vices imputés à la nature humaine, égoisme, cupidité, agressivité, sont pour Marx des produits de conditions sociales aliénantes, non une fatalité de l'espèce : changez les rapports de production et vous changez les hommes. Cet espoir d'un être humain émancipé, capable de développer librement ses facultés dans une société sans classes, traduit un conditionnel, suspendu à la transformation des conditions.
Manuscrits de 1844 (l'homme générique et le dépassement de l'aliénation) · Thèses sur Feuerbach, III (les circonstances sont changées par les hommes)
Zhuangziinférable
Le mal ne tient pas à une nature humaine corrompue mais à ce qui la dénature : le savoir affecté, l'ambition, les hiérarchies et les codes moraux qui détournent chacun de sa tournure native. Laissé à son , l'homme n'est ni bon ni méchant au sens moral, mais spontanément accordé au cours des choses ; c'est la civilisation qui le déchire. Cette confiance dans le naturel d'avant la culture éloigne Zhuangzi du pessimisme anthropologique, sans en faire pour autant le théoricien d'une bonté originelle aussi nette que chez Rousseau.
Zhuangzi, ch. 9 (Sabots de cheval)
Confuciusinférable
Confucius croit l'homme perfectible : tout être humain peut, par l'étude et l'effort, s'élever vers le ren 仁 (l'humanité), et il enseigne sans distinction de classe. Cet optimisme reste mesuré : les sages sont rares, la plupart trahissent la Voie, et le maître se désole de n'avoir pas vu d'homme qui aime la vertu autant que les plaisirs. La confiance dans l'éducabilité l'emporte néanmoins.
Entretiens, XV, 38 (dans l'enseignement, il n'y a pas de distinction de classe) · Entretiens, IX, 17 (je n'ai pas vu d'homme qui aime la vertu comme les plaisirs)
Socrateinférable
L'intellectualisme moral entraîne une vision plutôt optimiste de l'homme : si l'on ne fait le mal que par ignorance, personne n'est méchant par nature, et tout homme peut être amélioré par le savoir. Le vice n'est pas une perversité indéracinable mais un défaut de connaissance, ce qui rend l'homme éducable et fait de l'examen une thérapeutique de l'âme.
Platon, Protagoras, 345d-e ; Ménon, 87b-89a (la vertu, savoir qui s'acquiert)
Argument
- À l'état de nature, avant la société, l'homme n'a que deux ressorts : l'amour de soi, le soin de sa conservation, et la pitié, la répugnance à voir souffrir son semblable. Ni l'un ni l'autre ne rend méchant : la pitié, au contraire, retient de nuire à autrui.
- La méchanceté, l'envie, la cruauté, la soif de dominer, suppose la comparaison : il faut se mesurer aux autres, vouloir être préféré, pour vouloir leur nuire. Or cette comparaison, l'amour-propre, naît avec la vie sociale, la propriété, l'inégalité.
- Là où l'on croit voir une nature mauvaise, on voit en réalité l'effet d'une histoire : des institutions injustes ont dressé les hommes les uns contre les autres.
Donc Donc le mal n'est pas au fond de l'homme mais dans la société qui l'a défiguré : rendre les hommes meilleurs, c'est qui les corrompent, non dompter une nature perverse.
Voir la pageObjectionAttaque le raisonnement
- L'argument suppose un état de nature paisible, où l'homme n'a que l'amour de soi et la pitié.
- Mais deux hommes qui désirent une même chose rare, sans juge au-dessus d'eux, deviennent ennemis : la défiance, la recherche de la gloire, la peur suffisent à la guerre, sans qu'aucune société corruptrice ait à intervenir.
- Et l'enfant, avant toute éducation, veut déjà tout pour lui, sans pitié pour le frère qu'il mord : l'avidité et la comparaison sont là dès le berceau, non déposées par les institutions.
Donc Donc l'homme n'a pas eu d'âge d'or à perdre : la société n'invente pas le conflit, elle le contient. Ôtez-la, et c'est la guerre de tous contre tous qui reparaît, non la bonté.
Voir la pageObjectionAttaque la position Expérience de pensée
- Des volontaires ordinaires, ni monstres ni misérables, infligent ce qu'ils croient être des décharges dangereuses sur le simple ordre d'un expérimentateur.
- Ils le font sans haine, sans grief, sans gain personnel, dans un cadre paisible où nulle inégalité ni misère ne les y pousse.
- Si l'homme était bon par nature et seulement corrompu par une société injuste, d'où viendrait qu'il obéisse si aisément à un ordre de nuire ? La disposition à faire le mal est plus proche de la surface que ne l'admet l'optimisme.
Donc Donc la bonté première n'est pas si assurée : il ne faut ni misère ni injustice pour que l'homme ordinaire fasse le pire, une simple autorité y suffit.
Voir la page- Descriptif Expérience scientifiqueDes gens ordinaires, un ordre à exécuter
Que des gens ordinaires infligent le pire sur un simple ordre : est-ce une méchanceté latente qui se réveille, ou la preuve que ce sont les circonstances, non la nature, qui décident de nos actes ?
l'homme ordinaire sous l'autorité - DescriptifD'où vient le mal en l'homme ?
Si l'homme fait le mal, ce penchant est-il en lui dès l'origine, comme une pulsion ou une nature déchue, ou naît-il du dehors, de la comparaison sociale et des inégalités ? Selon la réponse, la méchanceté est notre fond ou notre produit.
la source de nos actes mauvais - DescriptifJusqu'où peut-on changer l'homme ?
Le pari de l'éducation suppose qu'on peut refaire l'homme, l'adoucir, le rendre meilleur. Mais y a-t-il des travers immuables, un « bois tordu » qu'aucune éducation ne redresse jamais ?
la capacité humaine de changer - DescriptifMi-ange, mi-bête
L'homme est-il un être partagé, capable en même temps du plus haut et du plus bas, grand par cela même qui le rend misérable, ou cette image dramatique n'est-elle qu'une façon d'ennoblir un simple animal en le disant déchu ?
l'être humain partagé