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Rapport au monde· Nature et vivantmilieu nommé

Plasticité morale

Axe: Vision de l'hommeL'être humain est-il fondamentalement bon ou porté au mal ?

L'être humain n'est bon ni mauvais par nature : il est malléable. Ni ange ni bête, il devient ce que l'éducation, les habitudes et les institutions font de lui. Sa vraie caractéristique est cette plasticité, cette capacité à être façonné, pour le meilleur comme pour le pire.

Qui défend cette position

Philosophes 2

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Beauvoirinférable

Pour Beauvoir, l'humain n'est ni bon ni mauvais par nature, puisqu'il n'a pas de nature : il est ce qu'il se fait, capable du meilleur engagement comme de la pire complicité avec l'oppression. La valeur morale dépend de l'usage qu'on fait de sa liberté, ce qui interdit tout verdict d'ensemble, optimiste ou pessimiste, sur la nature humaine.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), la liberté entre engagement et fuite

Marc Aurèleinférable

Marc Aurèle oscille : la annonce des hommes indiscrets, ingrats et violents, regard sans illusion sur les conduites ; mais il tient leur faute pour une ignorance corrigible, non une méchanceté de nature. Cette tension le place au point médian, là où la nature humaine n'est ni bonne ni mauvaise mais éducable.

Pensées pour moi-même, II, 1 · Pensées pour moi-même, IX, 42 · Pensées pour moi-même, XI, 18

Arguments et objections
ArgumentNi ange ni bêteLes deux camps citent les mêmes faits retournés, saints et bourreaux, également réels. C'est qu'aucune nature fixe ne les explique : le propre de l'homme est de n'être pas fixé, d'être façonné par l'habitude. La question n'est pas « bon ou mauvais ? » mais « par quoi est-il formé ? ».
  1. Les deux camps s'appuient sur les mêmes faits, retournés : l'un montre des saints, l'autre des bourreaux ; l'un l'entraide, l'autre la guerre. Or ces faits contraires sont également réels.
  2. C'est qu'aucune nature fixe ne les explique : ce que l'homme a de propre, c'est de n'être pas fixé, d'apprendre, de contracter des habitudes, d'être façonné. La vertu ne lui vient ni par nature ni contre nature : il est par nature apte à la recevoir, et l'habitude l'achève.
  3. Dès lors le même être devient doux ou féroce selon ce qui, en lui, est cultivé ou réveillé : la question « bon ou mauvais ? » est mal posée ; la vraie question est « par quoi est-il formé ? ».

Donc Donc l'homme n'est ni ange ni bête, mais capable des deux : sa nature est cette plasticité même, qui rend l'éducation décisive et interdit de parier soit sur une bonté donnée, soit sur une méchanceté fatale.

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ObjectionAttaque la positionLe bois dont rien ne fait une planche droiteLa plasticité parie sur une malléabilité presque sans limite. Mais des traits constants se retrouvent partout et à toutes les époques ; et les entreprises pour fabriquer un « homme nouveau » ont souvent produit la terreur. La malléabilité a des bornes : l'éducation discipline ce fond, ne l'abolit pas.
  1. La plasticité parie que l'éducation et les institutions peuvent façonner l'homme presque sans limite, pour le meilleur.
  2. Mais certains traits se retrouvent partout, à toutes les époques et sous toutes les cultures : la peur de la mort, l'attachement aux siens contre l'étranger, l'envie, la soif de statut. Ce socle constant résiste à toutes les éducations.
  3. Et les entreprises pour fabriquer un « homme nouveau », en refaisant de fond en comble les mœurs, n'ont pas produit des anges mais, souvent, la terreur : le bois de l'humanité est trop tordu pour qu'on en tire jamais une planche droite.

Donc Donc la malléabilité a des bornes : l'éducation peut discipliner ce fond, non l'abolir. Compter sur une plasticité sans limite, c'est s'exposer à le voir resurgir, d'autant plus violent qu'on l'aura nié.

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Problèmes
  • Descriptif
    Y a-t-il une nature humaine ?

    Demander si l'homme est bon ou mauvais suppose qu'il a une nature. Mais peut-être n'y a-t-il pas d'essence donnée : l'homme se ferait alors lui-même, sans modèle reçu.

    une nature humaine
  • Descriptif
    L'altruisme existe-t-il vraiment ?

    Nos actions les plus généreuses cachent-elles toujours un intérêt, un besoin d'être aimé, une vanité ? S'il n'existe aucun acte vraiment désintéressé, parler de bonté perd son sens.

    nos meilleures actions
  • PrescriptifPolitique et droit
    Des institutions pour des anges, ou pour des démons ?

    Faut-il concevoir les lois en comptant sur la vertu des citoyens, ou les bâtir de sorte que « même un peuple de démons » soit contraint d'agir bien ? La vision qu'on a de l'homme commande le type d'institutions qu'on juge nécessaire.

    les institutions