Le corps et l'esprit
Ce thème traverse plusieurs grandes questions. Voici celles où il se joue.
Les questions qui l'éclairent
Suis-je mon corps, ou ai-je un corps ?
Tenir le corps pour un instrument, c'est pouvoir s'en distancier, le réparer, le quitter en pensée ; s'y identifier, c'est que rien de moi ne subsiste quand il souffre ou s'épuise. Notre rapport à la maladie, au plaisir, au vieillissement et à notre propre animalité se décide ici.
L'expérience vécue est-elle quelque chose de plus que la structure et le fonctionnement du cerveau ?
La douleur, le rouge que je vois, le goût du café : les sciences cognitives décrivent de mieux en mieux les mécanismes cérébraux qui les accompagnent, mais le vécu se réduit-il à eux ? Se positionner, c'est dire si l'expérience n'est rien de plus que l'organisation du cerveau, si elle y ajoute quelque chose d'irréductible, si elle tient à une intériorité déjà présente dans la matière, ou si l'introspection nous trompe sur son existence même. L'axe suppose un cerveau bien réel : ceux pour qui l'esprit est premier et la matière une apparence se situent sur l'axe de la nature du réel.
Qu'est-ce qui fait que je reste moi-même à travers le temps ?
Qu'est-ce qui fait de moi la même personne que l'enfant des vieilles photos, ou que celui que je serai dans trente ans ? Si rien de stable ne subsiste, la promesse, le remords, la fierté d'un moi passé perdent leur appui ; si un noyau demeure, aucun changement ne me refait vraiment. Se positionner, c'est dire ce qu'on retient au juste quand on dit « moi ».
De quoi la réalité est-elle faite : de matière, d'esprit, ou des deux ?
De quoi le monde est-il fait, au fond ? Dire que tout est matière, que tout est esprit, ou que le réel comporte deux ordres irréductibles, c'est fixer l'arrière-plan de tout le reste : ce que sont Dieu, la vie, la pensée, et ce qu'une connaissance du monde peut espérer atteindre. La question est la plus ancienne et la plus abstraite de la métaphysique, mais chaque vision du monde y répond, souvent sans le savoir.
Une machine pourrait-elle un jour véritablement penser ?
Si penser n'est qu'une affaire d'organisation, une machine pourrait penser pour de bon, et nous lui devrions peut-être quelque chose. Si exécuter un programme ne suffit pas, nos machines ne font qu'imiter, sans qu'il soit exclu qu'un artefact d'un autre genre y parvienne un jour. Et si la pensée est indissociable de la vie, la plus brillante des machines restera une chose. Se positionner, c'est dire ce qui fait un esprit.