La conscience
Ce thème traverse plusieurs grandes questions. Voici celles où il se joue.
Les questions qui l'éclairent
D'où la morale tire-t-elle son autorité ?
Chacun sent que certaines choses ne se font pas, mais d'où cette exigence tire-t-elle sa force ? Si le bien est fondé en Dieu, une société qui perd la foi risque de perdre aussi la morale, et la formule prêtée à Dostoïevski menace : si Dieu n'existe pas, tout est permis. Si la morale tient à la raison, au sentiment ou à un accord hérité, elle survit à la sécularisation, mais il reste à expliquer pourquoi elle oblige encore celui qui ne veut plus jouer le jeu. Se positionner, c'est dire ce qui soutient réellement nos devoirs, et ce qui en resterait le jour où ce soutien vacille.
Faut-il examiner sa vie intérieure ou se réaliser d'abord dans l'action ?
Se tourner vers le dedans éclaire qui l'on est, mais peut tourner à la rumination loin du monde ; se jeter dans l'action accomplit beaucoup, mais risque d'esquiver la question de qui agit et pour quoi. Se positionner, c'est dire où le moi se trouve vraiment : dans le retour sur soi, ou dans ce qu'on fait.
Une science du cerveau peut-elle expliquer entièrement l'expérience vécue ?
La douleur, le rouge que je vois, le goût du café : les sciences cognitives décrivent de mieux en mieux les mécanismes cérébraux qui les accompagnent, mais expliquent-elles ce que cela fait de les vivre ? Se positionner, c'est dire si le vécu est un mécanisme comme les autres, une illusion de l'introspection, ou le signe que l'esprit excède ce que les neurosciences pourront jamais saisir.
Qu'est-ce qui fait que je reste moi-même à travers le temps ?
Qu'est-ce qui fait de moi la même personne que l'enfant des vieilles photos, ou que celui que je serai dans trente ans ? Si rien de stable ne subsiste, la promesse, le remords, la fierté d'un moi passé perdent leur appui ; si un noyau demeure, aucun changement ne me refait vraiment. Se positionner, c'est dire ce qu'on retient au juste quand on dit « moi ».
Une machine pourrait-elle un jour véritablement penser ?
Si penser n'est qu'une affaire d'organisation, une machine pourrait penser pour de bon, et nous lui devrions peut-être quelque chose. Si exécuter un programme ne suffit pas, nos machines ne font qu'imiter, sans qu'il soit exclu qu'un artefact d'un autre genre y parvienne un jour. Et si la pensée est indissociable de la vie, la plus brillante des machines restera une chose. Se positionner, c'est dire ce qui fait un esprit.