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Pratique

Peut-on apprendre à être bon ?

Sur l'axe: Critère du juste · l'agent

La bonté s'enseigne-t-elle, comme un savoir, ou s'acquiert-elle par l'habitude ? Et comment se fait-il qu'on connaisse parfois le bien sans parvenir à le faire ?

Positions de philosophes

Socrate

inférableMajeur
0
10
90
0
Justification

Le critère de l'agir n'est, pour Socrate, ni le calcul des conséquences ni l'obéissance à une loi, mais l'état de l'âme dont l'acte procède : agir bien, c'est agir depuis une âme excellente. En faisant de la vertu le tout de la moralité et l'objet du soin de soi, il ouvre la tradition de l'éthique des vertus que prolongeront Aristote puis les stoïciens.

Platon, Apologie, 30a-b ; Criton, 47e-48a (l'âme bonne, seul vrai bien)

Aristote

Majeur
5
5
90
0
Justification

Contre l'intellectualisme socratique, pour qui nul ne fait le mal volontairement et la vertu se réduit à un savoir, Aristote observe que connaître le bien ne suffit pas à l'accomplir : la vertu n'est pas une science mais une disposition (hexis) du caractère, acquise par la répétition d'actes justes comme on devient citharède en jouant de la cithare. La bonne action ne se déduit donc d'aucune règle générale : elle consiste à viser, en chaque situation, le relatif à nous entre l'excès et le défaut, déterminé par la de l'homme avisé. D'où une morale réglée ni sur les conséquences ni sur une loi, mais sur le type d'homme que l'on devient.

Éthique à Nicomaque, II, 1 et 6

Le mettre en pratique

Des exercices et des attitudes que des philosophes ont établis pour vivre cette question.

Imiter le prudentRègleInspirée d'Aristote

Que ferait, ici, l'homme prudent ? Imiter son discernement jusqu'à le faire sien.

Pour , faire la part des choses ne s'enseigne par aucune règle : la perçoit le juste dans le cas singulier, et on l'apprend d'abord en observant ceux qui la possèdent. L'action droite, dit-il, est celle que déciderait « l'homme prudent ». Cette règle vous donne une boussole vivante plutôt qu'une recette : quand nulle méthode ne tranche, réglez-vous sur le discernement de ceux que vous admirez, jusqu'à finir par juger comme eux.

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Le sculpteur intérieurAttitudeAttestée · Plotin

N'ajoute rien à toi-même : retranche ce qui n'est pas toi.

conseille à l'âme en quête de beauté de « rentrer en soi-même et de regarder » ; et si tu ne te trouves pas encore beau, de faire comme le sculpteur d'une statue : ôter le superflu, redresser ce qui est tordu, sans jamais cesser de travailler à ta propre statue. Le travail sur soi est ici soustractif : non pas accumuler des qualités ou des rôles nouveaux, mais retrancher le superflu, l'emprunté, le déformé, jusqu'à ce que ta forme propre apparaisse. Aujourd'hui, cette disposition déplace le souci de progresser, de l'accumulation sans fin vers le dégagement patient de ce qui encombre et défigure ce que tu es déjà.

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L'examen du soirExerciceAttestée · Stoïcisme, Sénèque

Sénèque rapportait qu'il passait chaque soir sa journée en revue devant son propre tribunal intérieur, sans complaisance ni dureté inutile. Cette transforme l'expérience en apprentissage et affermit le caractère jour après jour. Aujourd'hui, c'est une alternative apaisante au défilement nocturne des écrans et des regrets.

  1. Le soir, au calme, repassez votre journée du réveil jusqu'à maintenant.
  2. Demandez-vous : quel mal ai-je corrigé aujourd'hui ? À quel défaut ai-je résisté ? En quoi suis-je meilleur ?
  3. Repérez un moment où vous avez mal agi ou réagi, et examinez-le en juge équitable, sans vous flageller.
  4. Décidez d'une seule chose à faire autrement demain.
  5. Terminez en reconnaissant ce qui a bien marché, puis laissez la journée derrière vous.

tous les soirs, 10 minutes · Attestée · Stoïcisme, Sénèque

L'examen vise le progrès, non la culpabilité. S'il tourne à l'autocritique anxieuse, recentrez-le sur une seule leçon concrète et terminez toujours par ce qui a été bien.

Écouter la conscience : le sentiment avant le raisonnementRègleInspirée de Jean-Jacques Rousseau

Demande à ton cœur ce que ta raison s'apprête à excuser.

Pour , la conscience est un sentiment, « instinct divin », qui nous fait sentir le bien avant que la raison ne l'établisse, et que de beaux raisonnements servent souvent à étouffer. La pratique consiste, devant un choix moral, à consulter d'abord ce sentiment intérieur, ce que le cœur approuve ou répugne, avant de se laisser convaincre par les justifications habiles, les siennes comme celles des autres.

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Repères: Socrate · Aristote