Rapport au vrai· Vérité, langage et science
Réalisme des universaux
Axe: Les universaux — Les propriétés générales existent-elles, ou ne sont-elles que des noms ?
Les propriétés générales existent réellement, et non seulement dans notre esprit : la rougeur ou le cercle sont des réalités que l'on découvre. Reste à savoir si elles existent à part des choses (Platon) ou seulement en elles (Aristote).
Courants 2
Platonismeexplicite
L'argument part de l'objet du savoir et de la définition : la science porte sur ce qui est un, stable et identique, or nul objet sensible ne l'est, lui qui naît, change et périt. Le un sur le multiple exige donc une réalité distincte, le même Beau dont tous les beaux participent. Le platonisme franchit alors le pas décisif que refusera : il cette Idée des choses, au lieu de la loger en elles comme forme immanente. C'est ce qui le distingue à la fois du nominalisme, pour qui l'universel n'est qu'un nom, et de l'hylémorphisme aristotélicien.
Platon, La République, VI-VII
Aristotélismeexplicite
Que plusieurs hommes soient dits « homme » suppose un universel réel, non un simple nom : la science porte sur lui. Mais en faire une Idée séparée, à la manière de , soulève l'objection du troisième homme, car il faudrait alors une nouvelle forme pour expliquer ce que l'homme sensible et l'Homme en soi ont en commun, et ainsi à l'infini. L'aristotélisme conserve donc le réalisme des universaux tout en les rendant : le genre et l'espèce n'existent que dans les individus, et c'est l'intellect qui les en abstrait. Ni nominalisme, ni Idées subsistantes.
Aristote, Métaphysique, Z ; Catégories
Philosophes 8
Platonexplicite
La théorie des Idées est le réalisme des universaux par excellence : le beau, le juste, le cercle existent en soi, hors du sensible, et les choses particulières n'en sont que des reflets imparfaits. L'universel est plus réel que l'individu.
La République, VI-VII ; Phédon
Plotinexplicite
Comme tout platonicien, Plotin tient les universaux pour des réalités en soi, plus réelles que les individus : les Formes intelligibles existent indépendamment des choses sensibles, dont elles sont les modèles. Mais il les loge dans l' divin plutôt que dans un ciel séparé, ce qui en fait des universaux ante rem pensés par un esprit éternel.
Ennéades, V, 9 (De l'Intellect, des Idées et de l'être)
Aristoteexplicite
Contre Platon, Aristote refuse des Idées séparées : l'universel est réel, mais il n'existe que dans les individus, comme leur forme. La forme du cheval n'existe pas hors des chevaux singuliers, mais elle est bien réelle en eux. C'est un réalisme immanent.
Métaphysique, Z ; Catégories, 5
Thomas d'Aquinexplicite
Sur la querelle des universaux, Thomas tient un réalisme modéré qui prétend concilier et : l'universel existe de trois façons, comme idée dans l'intellect divin avant la chose, comme forme commune dans les individus, et comme concept abstrait dans notre esprit après la chose. Il refuse donc autant le réalisme platonicien des formes séparées que le nominalisme qui n'y verrait que des noms : l'universel est réellement fondé dans les choses, mais n'existe comme universel que dans l'intellect qui l'abstrait.
L'Être et l'Essence (De ente et essentia), 3-4
Afficher les positions inférées (4)
Husserlinférable
Husserl défend l'être idéal des objets généraux : le nombre, la proposition, l'espèce ne sont pas des fictions ni de simples mots, mais des unités identiques, intemporelles, que des actes multiples peuvent viser et reconnaître comme les mêmes. Contre le et l'abstractionnisme empiriste, il soutient que l'espèce se donne dans une intuition propre. Cet idéalisme des significations reste toutefois sans hypostase platonicienne séparée : les essences sont objectives, non un monde de Formes subsistant en soi.
Recherches logiques, II (« L'unité idéale de l'espèce »)
Hegelinférable
Contre l'universel abstrait, simple marque commune obtenue en effaçant les différences, Hegel pense l' : un universel qui se particularise lui-même et vit dans ses individus, comme le concept ou l'État. Les universaux sont donc réels, mais comme structure qui s'actualise, ni Formes séparées ni purs noms.
Science de la logique, Doctrine du concept · Encyclopédie des sciences philosophiques, §163-165
Schopenhauerinférable
Les Idées platoniciennes, degrés d'objectivation du vouloir, sont plus réelles que les individus qui les reflètent : à ce niveau il est franchement réaliste. Les concepts abstraits, en revanche, ne sont que des « représentations de représentations », de simples outils de la raison sans réalité propre, ce qui tempère le réalisme d'un versant nominaliste.
Le Monde comme volonté et comme représentation, livre III
Socrateinférable
Quand Socrate demande qu'est-ce que le courage ? ou qu'est-ce que la piété ?, il écarte l'énumération d'exemples et réclame l'unique définition commune à tous les cas. Aristote lui attribue en propre deux choses, les raisonnements inductifs et la définition universelle, tout en notant qu'il ne séparait pas ces universaux des choses, à la différence des Idées subsistantes que Platon ajoutera. Chercher l'essence une derrière le divers, c'est déjà tenir l'universel pour réel.
Aristote, Métaphysique, M (XIII), 4, 1078b (les définitions universelles) · Platon, Euthyphron, 5d-6e ; Lachès, 190d-192b (la demande de définition)
L'exercice de la définition : « qu'est-ce que… ? »ExerciceAttestée · Socrate
n'amassait pas les exemples mais cherchait la définition unique : qu'est-ce que le courage, la justice, l'amitié, par-delà les cas particuliers ? L'exercice reprend ce geste : éprouver une définition contre des contre-exemples jusqu'à la resserrer. On atteint rarement la formule parfaite, mais on découvre qu'un mot qu'on croyait évident est plus difficile et plus riche qu'on ne pensait, et l'on juge ensuite avec plus de finesse.
- Choisissez un mot de valeur que vous employez souvent sans le définir : le courage, la justice, le respect, la réussite, l'amitié.
- Écrivez votre définition en une phrase : « X, c'est… ».
- Cherchez un cas que votre définition inclut à tort (elle est trop large), puis un cas qu'elle exclut à tort (elle est trop étroite).
- Corrigez la définition pour absorber ces deux cas, puis refaites l'épreuve sur la nouvelle version.
- Arrêtez-vous quand vous ne trouvez plus de contre-exemple facile, ou quand vous butez : notez ce que l'obstacle vous a appris sur le mot.
Le but n'est pas de gagner une définition parfaite, ni de piéger l'autre si vous le faites à deux, mais d'y voir plus clair. L'aporie, ce moment où l'on reconnaît qu'on ne savait pas vraiment définir ce mot, est un résultat, non un échec.