Rapport au vrai· Vérité, langage et science
Nominalisme
Axe: Les universaux — Les propriétés générales existent-elles, ou ne sont-elles que des noms ?
Seuls les individus existent. La rougeur n'est rien hors des choses rouges : c'est un nom que nous appliquons à des objets qui se ressemblent. Les universaux sont dans le langage, pas dans le monde.
Courants 1
Empirismeexplicite
Le nominalisme découle directement de l'origine sensible des idées : toute perception est d'un particulier, ce triangle-ci, cette teinte-ci, jamais d'un universel en général, qui n'a donc pas d'idée correspondante dans l'esprit. Locke admettait encore des idées abstraites obtenues par séparation ; objecte qu'on ne saurait former l'idée d'un triangle qui ne soit ni équilatéral ni scalène, et réduit le général à un signe tenant lieu de tous ses semblables. La généralité passe ainsi dans le langage, non dans les choses, ce qui congédie les Formes et les essences réalistes comme des entités sans appui dans l'expérience.
Locke, Essai, III ; Hume, Traité, I, I, 7
Philosophes 5
George Berkeleyexplicite
L'introduction des ouvre par une polémique contre les de : on ne saurait, soutient Berkeley, former l'idée d'un triangle qui ne soit ni équilatéral ni scalène, ni d'une couleur qui ne soit aucune couleur particulière. Toute idée est singulière ; un mot devient général non parce qu'il signifie une essence abstraite, mais parce qu'un signe particulier représente indifféremment tous les individus qui lui ressemblent. C'est un nominalisme franc, et il n'est pas accessoire : pour Berkeley, c'est précisément la croyance aux abstractions qui avait permis de forger le concept vide de matière, idée d'une chose dépouillée de toute qualité perçue.
Principes de la connaissance humaine, Introduction, §§6-20
Spinozaexplicite
Les notions universelles comme « homme » ou « cheval » ne sont pas des réalités : elles naissent de la confusion d'images trop nombreuses que l'esprit ne peut distinguer. Ce sont des êtres de raison, non des choses ; Spinoza est nominaliste.
Éthique, II, prop. 40, scolie 1
Humeexplicite
Reprenant Berkeley, Hume nie l'existence d'idées abstraites générales : une idée est toujours particulière, mais un mot général l'associe à d'autres qui se ressemblent et peut les rappeler. Les universaux tiennent aux mots et à l'habitude, non à des réalités.
Traité de la nature humaine, I, I, 7
Afficher les positions inférées (2)
Nietzscheinférable
Les concepts naissent en égalant ce qui n'est pas égal : oubliant les différences singulières, nous forgeons des formes et des essences là où il n'y a que des cas uniques et changeants. L'universel est une fiction utile, non une réalité.
Vérité et mensonge au sens extra-moral
Wittgensteininférable
Contre l'idée qu'un mot général recouvre une essence commune, Wittgenstein invite à regarder plutôt qu'à supposer : les « jeux » n'ont aucun trait unique partagé, seulement un réseau de similitudes qui se recoupent, comme les traits d'une famille, un . Le vieux problème des universaux est dissous, non résolu : l'erreur était de présupposer qu'il fallait un commun. Ni réalisme des Formes ni nominalisme classique, mais une déflation par l'usage.
Recherches philosophiques, §§65-67 (§66, « ne pense pas, regarde ! »)