Rapport au vrai· Vérité, langage et science
La preuve par l'expérience
Axe: Méthode scientifique — Comment la science s'y prend-elle pour justifier ses affirmations ?
L'expérience a le pouvoir de prouver : une observation bien conduite, une expérimentation rigoureuse peuvent établir une loi ou confirmer une hypothèse. C'est en accumulant des preuves positives que la science gagne en certitude ; l'expérience n'est pas seulement une source d'idées, elle est le tribunal qui les valide.
Courants 2
Empirismeexplicite
Puisque rien n'est dans l'esprit qui n'ait d'abord été dans les sens, la méthode ne peut être que régressive puis ascendante : on part du donné observable et l'on s'élève aux lois générales par induction, jamais l'inverse. Bacon érige cette marche en règle, dénonçant l'anticipation hâtive qui plaque sur la nature des principes a priori, et lui oppose l'induction méthodique, conduite par tables d'absence et de présence. C'est le renversement du modèle rationaliste, qui déduisait le monde de premières vérités évidentes : ici les axiomes ne précèdent pas l'expérience, ils en sont l'aboutissement révisable.
Locke, Essai ; Hume, Enquête ; Bacon, Novum Organum
Les Lumièresexplicite
Hostiles aux systèmes a priori et aux hypothèses gratuites, les Lumières font de l'observation et de l'expérience la source de toute physique : on remonte des faits aux lois par , à la manière de dont l'Encyclopédie se réclame. radicalise pourtant ce programme en montrant que l'induction elle-même ne se fonde pas en raison, mais sur l'habitude. Parallèlement, le calcul des probabilités de Laplace et de ouvre une voie quantitative à l'incertitude.
Bacon, Novum Organum · Condorcet, Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions
Philosophes 3
Baconexplicite
Le syllogisme, reproche Bacon, n'enchaîne que des notions déjà reçues : il ne découvre rien, il habille les préjugés. À cette logique d'anticipations de la nature il oppose une logique d'interprétation : ne pas voler comme l'abeille de la seule expérience ni filer comme l'araignée de la seule raison, mais remonter pas à pas des faits aux lois. Son n'est donc pas la simple énumération qui généralise quelques cas concordants ; c'est une induction éliminative, qui dresse des tables de présence, d'absence et de degrés pour écarter méthodiquement les fausses causes et isoler la forme du phénomène. La science ne s'élance d'aucun système préconçu : elle se construit du bas vers le haut, par exclusion.
Novum Organum, I (aphorismes 19, 95, 105) · Novum Organum, II (tables et exclusion)
Millexplicite
Le Système de logique codifie l'induction : ce sont les méthodes expérimentales (concordance, différence) qui, à partir de l'observation des régularités, établissent les lois de la nature. La connaissance scientifique se construit du particulier vers le général.
Système de logique, livre III
Afficher les positions inférées (1)
Charles Sanders Peirceinférable
Aucun des trois pôles ne capte exactement Peirce, qui a précisément ajouté une pièce manquante : l', l'inférence qui invente l'hypothèse, en amont de la déduction qui en tire les conséquences et de l' qui les met à l'épreuve. La science est pour lui ce cycle complet, non l'un de ses moments. On le range malgré tout du côté de l'inductivisme, car il reste un expérimentateur qui fonde tout sur l'épreuve des faits et fait de l'induction le test décisif ; mais il prétend en désamorcer le défaut, dénoncé par , en faisant valoir qu'une induction répétée se corrige elle-même à la longue. Sa formation de statisticien lui donne aussi un versant probabiliste, attentif aux fréquences et à l'erreur, qui annonce le bayésianisme sans s'y réduire. Ce qui fait la science n'est pas une règle d'inférence unique mais l'autocorrection sur le long terme d'une réglée sur le réel.
La fixation de la croyance (1877) · Collected Papers, V, 180-212 (sur l'abduction)
Les tables de présence et d'absenceExerciceAttestée · Bacon
Pour découvrir ce qui cause vraiment un effet, propose de ne pas se fier à la première intuition mais de dresser trois listes : les cas où l'effet est présent, les cas semblables où il est absent, les cas où il varie en degré. La cause probable est ce qui suit l'effet à travers ces trois tables. C'est la version concrète de son , et un moyen simple aujourd'hui de chercher la cause d'un symptôme, d'une panne ou d'une réussite au lieu de la deviner.
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- Descriptif Expérience de penséeLe cygne noir
Aucun nombre de cygnes blancs ne prouve que tous le sont, mais un seul cygne noir suffit à le démentir : comment, dès lors, établir une loi générale, en accumulant les cas, en cherchant le contre-exemple, ou en pesant les probabilités ?
une loi universelle - DescriptifQue peut une preuve ?
Aucune accumulation de preuves ne prouve une loi universelle ; un seul contre-exemple, en revanche, semble suffire à la réfuter : la preuve ne vaudrait donc que par sa force à démentir, jamais à établir. Mais réfute-t-elle même vraiment ? Quand un résultat contredit une théorie, ce n'est jamais elle seule qui est en jeu, mais tout un faisceau d'hypothèses auxiliaires, et l'on peut toujours en sacrifier une pour la sauver. Prouver, réfuter, ou seulement rendre plus ou moins probable : que peut au juste une preuve ?
une preuve, une expérience de test - DescriptifLa mesure et ses instruments
Un instrument n'enregistre pas un fait nu : un thermomètre présuppose toute une théorie de la chaleur, un appareil suppose des hypothèses sur ce qu'il capte, et chaque étalonnage s'appuie sur d'autres mesures, elles-mêmes faillibles. La précision affichée peut ainsi reconduire en silence des théories discutables, et l'exactitude devenir une prétention plus qu'un fait. Jusqu'où une mesure constate-t-elle le réel, plutôt qu'elle ne le met déjà en forme ?
l'instrument de mesure - DescriptifY a-t-il des faits bruts ?
La science est censée partir des faits, neutres et donnés. Mais observe-t-on jamais un fait pur ? Ce qu'on remarque, ce qu'on tient pour un résultat, dépend déjà des attentes, des instruments et de la théorie qu'on a en tête : deux savants devant le même ciel n'y voient pas la même chose. Si l'observation est toujours orientée, sur quoi la science prend-elle appui ?
l'observation - DescriptifQu'est-ce qui confirme une hypothèse ?
« Tous les corbeaux sont noirs » équivaut à « tout ce qui n'est pas noir n'est pas un corbeau », que confirmerait alors une pomme verte, sans qu'on ait vu le moindre corbeau. Et les mêmes observations passées appuient aussi bien des prédictions incompatibles. Qu'est-ce, au juste, qu'une preuve confirme, et de combien ?
le lien entre preuve et hypothèse - DescriptifY a-t-il une méthode ?
Et s'il n'existait aucune règle universelle du bon raisonnement scientifique ? Feyerabend soutient que les grandes découvertes ont souvent enfreint les canons de la méthode, et qu'en science « tout est bon » : la logique qu'on reconstruit après coup ne serait pas ce qui fait avancer le savoir.
la règle méthodique elle-même