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Rapport au monde· Philosophie de la religion

Le mal a ses raisons

Axe: Le problème du malLe mal est-il compatible avec un Dieu bon et tout-puissant ?

Un Dieu bon et tout-puissant peut permettre le mal : pour un bien d'ensemble, pour la liberté des créatures, pour faire mûrir les âmes, ou pour des raisons qui excèdent notre entendement. La foi tient : même opaque, le mal a un sens.

Qui défend cette position

Courants 1

Stoïcismeexplicite

Le monde est régi par une raison divine providentielle : ce qui paraît un mal a sa place dans l'ordre rationnel du tout, ou sert d'épreuve à la vertu. Rien n'arrive qui ne soit conforme à la nature universelle.

Sénèque, De la providence ; Épictète, Entretiens ; Marc Aurèle, Pensées

Philosophes 6

Leibnizexplicite

Le mal n'est pas une réalité positive que Dieu aurait produite, mais une privation, une limitation inhérente à toute créature finie (mal métaphysique), dont découlent la souffrance (mal physique) et la faute (mal moral). Dieu ne veut pas le mal, il le permet seulement lorsqu'il est la condition d'un bien plus grand dans l'économie du tout. C'est la théodicée, mot que Leibniz forge pour justifier Dieu face à l'argument du mal : il transforme l'objection en montrant qu'un monde sans aucun mal serait moins parfait que le nôtre, et donc indigne d'un créateur sage. La position est résolument justificatrice plutôt que tragique ou révoltée.

Essais de théodicée

Marc Aurèleexplicite

Ce qui paraît un mal a sa place dans l'ordre providentiel ou sert d'épreuve à la vertu : rien n'arrive à un homme qu'il ne soit, par nature, fait pour supporter. C'est une stoïcienne, complétée d'une part d'imputation du mal moral à l'ignorance plutôt qu'à la malice.

Pensées pour moi-même, II, 11 · Pensées pour moi-même, IV, 8 · Pensées pour moi-même, V, 18

Thomas d'Aquinexplicite

Comment un Dieu bon peut-il laisser exister le mal ? Thomas reprend d' la thèse que le mal n'est pas une chose ni une substance créée par Dieu, mais une privation, un manque d'être ou de bien qui devrait être là, comme la cécité est l'absence de vue. Dieu ne crée donc pas le mal, il permet le mal physique en vue d'un plus grand bien dans l'ordre de l'ensemble, et le mal moral par respect du libre arbitre, sans lequel il n'y aurait ni vertu ni mérite. Le profil mêle ainsi la théodicée (le mal ordonné au bien du tout) et la défense par le libre arbitre héritée d'Augustin.

Somme théologique, Ia, q. 48-49 · Somme contre les Gentils, III, 71

Hegelexplicite

La philosophie de l'histoire est une théodicée : elle justifie la raison à l'œuvre dans le monde, non en niant le mal, mais en le traversant. L'histoire est un abattoir où sont sacrifiés le bonheur des peuples et la vertu des individus, et pourtant rien de grand ne s'y fait sans passion : le négatif est le moteur par lequel l'esprit s'accomplit. C'est une théodicée sans providence extérieure, immanente au procès.

Leçons sur la philosophie de l'histoire, Introduction (Leçons) · Phénoménologie de l'esprit, Préface (la puissance du négatif)

Sénèqueexplicite

Dans De la providence, Sénèque demande pourquoi des maux frappent les gens de bien si le monde est régi par la providence : ce ne sont pas des maux mais des épreuves que la raison divine envoie pour exercer et fortifier la vertu. Le mal apparent sert l'ordre du tout.

De la providence

Plotinexplicite

Si tout procède d'un principe parfaitement bon, d'où vient le mal ? Plotin refuse d'en faire un principe positif, une puissance rivale du Bien : le mal n'a pas d'être propre, il est , manque de bien, défaut d'être au degré le plus bas de la procession. Il l'identifie à la matière comme limite ultime où la lumière de l'Un s'éteint, non comme une force mais comme une absence. Le mal moral n'est dès lors qu'une âme qui se détourne du supérieur vers l'inférieur. Cette résorption du mal dans le non-être, qui sauve la bonté du tout sans nier la réalité de notre épreuve, est une forme de théodicie ; elle léguera à l'idée du mal comme .

Ennéades, I, 8 (De ce que sont et d'où viennent les maux) · Ennéades, III, 2-3 (De la providence)

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeLe mal a ses raisons — Le problème du mal=Le mal a ses raisonsLe problème du mal
Descriptif
Libre arbitre — Liberté de la volonté=Libre arbitreLiberté de la volonté
Descriptif
Théisme — Existence de Dieu=ThéismeExistence de Dieu
Descriptif
Existentialisme — Essence et existence=ExistentialismeEssence et existence
Descriptif
Dualisme des substances — L'énigme de la conscience=Dualisme dessubstancesL'énigme de la conscience
Descriptif
Athéisme — Existence de Dieu=AthéismeExistence de Dieu
Descriptif
Nominalisme — Les universaux=NominalismeLes universaux
Descriptif
Dualisme — Nature du réel=DualismeNature du réel
Descriptif
Matérialisme — Nature du réel=MatérialismeNature du réel
Descriptif
Empirisme — Source de la connaissance=EmpirismeSource de la connaissance
Descriptif
Optimisme métaphysique — Tonalité du réel=OptimismemétaphysiqueTonalité du réel
Descriptif
+
↓ Ce qu'elle implique

Ce qui la fonde

Liberté de la volonté

Si la volonté est réellement libre et que cette liberté a un prix inestimable, le mal moral peut se comprendre comme la rançon de créatures capables de choisir. Le libre arbitre fonde ainsi l'une des grandes justifications du mal : pour Augustin, la faute vient de l'homme, non de Dieu.

Existence de Dieu

Si Dieu est à la fois bon, sage et tout-puissant, l'existence du mal exige d'être justifiée plutôt que de ruiner la foi. Le théisme pousse à la théodicée : Leibniz soutient que ce monde, malgré ses maux, est le meilleur des mondes possibles. D'autres croyants refusent pourtant toute justification du mal, signe que le lien n'a rien de nécessaire.

Ce qu'elle implique

Tonalité du réel

Si chaque mal concourt à un bien supérieur dans le meilleur des mondes possibles, alors le réel est fondamentalement ordonné et orienté vers le bien. La théodicée fonde l'optimisme métaphysique : chez Leibniz, le mal n'est qu'une ombre locale dans un tableau d'ensemble harmonieux.

Problèmes
  • Descriptif Question
    L'énigme d'Épicure

    Dieu peut-il empêcher le mal sans le vouloir, ou le veut-il sans le pouvoir ? Une des trois choses, sa puissance, sa bonté, ou la réalité du mal, doit céder : laquelle ?

    le mal et les attributs de Dieu
  • Descriptif
    Le mal sans coupable

    Le libre arbitre excuse le mal que font les hommes ; mais le séisme, la maladie, la douleur des bêtes ne sont la faute de personne : que reste-t-il alors pour disculper le créateur ?

    une catastrophe naturelle
  • Descriptif
    Le mal de trop

    Même sans contradiction stricte, la masse de souffrances apparemment inutiles, un faon agonisant seul dans un feu de forêt, ne rend-elle pas hautement improbable un Dieu bon qui veillerait sur tout ?

    la masse des souffrances
  • PrescriptifMorale
    Justifier le mal ?

    Chercher une raison au malheur de l'innocent, n'est-ce pas déjà une faute, une insulte à sa douleur, et la seule attitude juste devant certains maux n'est-elle pas la révolte ou le silence ?

    l'acte de justifier le mal
  • Descriptif
    Les raisons cachées de Dieu

    Et si les fins qui justifient le mal excédaient tout entendement humain ? À Job qui réclame des comptes, Dieu ne répond pas par des raisons, mais par la seule immensité de sa création.

    l'homme qui demande des comptes à Dieu
  • Descriptif
    Et si Dieu ne pouvait pas tout ?

    On peut sauver la bonté de Dieu en lui ôtant la toute-puissance : un Dieu qui se retire et se limite, ou face auquel le mal serait un principe rival qu'il ne crée pas.

    la nature de Dieu
  • Descriptif
    L'épreuve qui élève

    Peut-être le mal est-il permis pour que les âmes mûrissent, le monde étant « une vallée où se font les âmes » plutôt qu'un paradis tout donné.

    une âme qui mûrit
  • Descriptif
    Le silence de Dieu

    À côté du mal, une autre absence accuse : celle d'un Dieu qui, s'il existait et nous aimait, ne se laisserait pas chercher en vain.

    Dieu et ceux qui le cherchent