Rapport au vrai· Vérité, langage et science
Réalisme scientifique
Axe: Statut du savoir — La science décrit-elle le monde tel qu'il est, ou construit-elle ses propres objets ?
Les théories scientifiques qui réussissent décrivent, au moins approximativement, une réalité qui existe indépendamment de nous. Le progrès des sciences nous rapproche de la vérité sur la structure du monde.
Courants 3
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Rationalismeinférable
L'école est résolument réaliste sur le savoir : la raison ne construit pas son objet, elle atteint l'ordre réel des choses tel qu'il est en soi. L'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses, écrit Spinoza, l'idée vraie s'accordant avec son idéat. Les idées claires et distinctes de Descartes saisissent l'essence réelle des choses, et l'ordre intelligible des monades chez Leibniz est l'architecture même du réel : connaître, c'est lire la structure du monde, non la fabriquer.
Spinoza, Éthique, II, proposition 7 · Descartes, Méditations métaphysiques, V · Leibniz, Monadologie, §§ 56-62
Les Lumièresinférable
La confiance newtonienne porte une thèse réaliste : les lois de la nature ne sont pas des conventions commodes mais la structure réelle d'un monde ordonné, que la raison déchiffre sans la construire. Connaître, c'est lever le voile des préjugés et des apparences pour atteindre les choses telles qu'elles sont ; l'erreur tient à l'ignorance et à l'imposture, non à une relativité constitutive du savoir. Cet objectivisme fonde l'autorité que les Lumières reconnaissent à la science contre les opinions et les traditions.
d'Alembert, Discours préliminaire de l'Encyclopédie · Voltaire, Éléments de la philosophie de Newton
Empirismeinférable
L'empirisme conçoit la science comme un savoir des régularités observables plutôt que de la nature intime des choses : Locke juge l'essence réelle des corps hors de notre portée et n'accorde qu'une essence nominale, forgée par l'esprit, aux espèces que nous classons. Berkeley, troisième grande figure de l'école, radicalise ce primat de l'expérience jusqu'à l'idéalisme : pour lui, esse est percipi, être, c'est être perçu, et les corps ne sont que des collections d'idées sensibles, ce qui congédie la matière inintelligible sans menacer la science des phénomènes. La position penche vers un réalisme sobre, attaché à l'expérience, sans prétendre saisir les essences.
Locke, Essai sur l'entendement humain, III, 6 et IV, 3 (essence réelle et nominale) · Berkeley, Principes de la connaissance humaine, §3 et §9 (esse est percipi, contre la matière) · Hume, Enquête sur l'entendement humain, section IV
Philosophes 4
Descartesexplicite
Les idées claires et distinctes atteignent le réel tel qu'il est : garanties par la véracité d'un Dieu non trompeur, elles ne sont pas des constructions de l'esprit mais l'appréhension vraie de la nature des choses, comme l'étendue géométrique du monde matériel. C'est un réalisme scientifique fort, fondé en métaphysique.
Méditations métaphysiques, V et VI · Principes de la philosophie, I, art. 45 et II, art. 4
Charles Sanders Peirceexplicite
Le réel, pour Peirce, est ce dont les caractères sont indépendants de ce que vous ou moi pouvons en penser : ma fantaisie n'y change rien, il s'impose à l'enquête. Ce réalisme scientifique est le pendant de sa définition de la vérité, car l'opinion finale vers laquelle l'enquête converge n'est contraignante que parce qu'un réel extérieur la force. Il s'écarte ainsi de tout constructivisme qui ferait du vrai une affaire de paradigme ou de consensus arbitraire : le consensus des enquêteurs n'est pas la cause de la vérité mais son symptôme, l'effet d'une réalité qui contraint tout esprit suffisamment patient à se rendre. Peirce se dit même réaliste au sens médiéval, tenant pour réelles les lois et les généralités, non les seuls individus.
Comment rendre nos idées claires (1878) · La fixation de la croyance (1877)
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Baconinférable
Si la méthode vaut la peine d'être réformée, c'est qu'il existe, au fond des phénomènes, des formes et des lois réelles à découvrir, et non à inventer. Toute la réforme baconienne suppose une nature ordonnée, indépendante de notre esprit, dont la connaissance droite épouse la structure ; la connaissance se mesure d'ailleurs à son pouvoir opératoire sur les choses, garant qu'elle a bien saisi le réel et non une fiction de l'esprit.
Novum Organum, II, §1-4 (la doctrine des formes)
Lockeinférable
Locke distingue l'essence réelle d'une chose (sa constitution interne, inconnue de nous) et son essence nominale (l'idée abstraite que nous formons à partir des qualités observables, par laquelle nous la classons). Les genres et espèces sont ainsi en partie l'ouvrage de l'entendement ; mais Locke maintient une réalité indépendante des qualités premières des corps, ce qui ancre sa position du côté d'un prudent plutôt que d'un constructivisme assumé.
Essai sur l'entendement humain, III, ch. 3 et ch. 6 (essence réelle et essence nominale) · Essai sur l'entendement humain, II, ch. 8 (qualités premières et secondes)