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Rapport au vrai· Vérité, langage et science

Constructivisme

Axe: Statut du savoirLa science décrit-elle le monde tel qu'il est, ou construit-elle ses propres objets ?

Le savoir est une construction historique et sociale : les paradigmes, les institutions et les rapports de pouvoir façonnent ce qui compte comme vrai à une époque donnée. La science ne reflète pas le monde, elle l'organise selon ses propres cadres.

Qui défend cette position

Courants 4

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Pragmatismeinférable

L'enquête, pour Dewey, ne reflète pas passivement un objet préexistant : elle transforme une situation indéterminée en une situation déterminée, et façonne ainsi ses propres objets de connaissance. Le savoir est une construction active, instrumentale, située dans une pratique, plutôt que le décalque d'une réalité indépendante. La tendance est constructiviste, sans nier toute résistance du réel.

Dewey, Logique : la théorie de l'enquête (1938) · Dewey, La Quête de la certitude (1929)

Scepticismeinférable

Une même chose paraît autrement selon l'animal qui la perçoit, l'organe, l'état du sujet, la distance, le mélange ou la coutume : tel est le constat que les dix tropes d'Énésidème recensent et ordonnent. Or, pour départager ces apparences inconciliables et dire laquelle livre la chose réelle, il faudrait un point de vue absolu, hors de toute condition d'apparition, dont nul ne dispose. Le trope mord donc précisément là où le prétend décrire les natures en soi : on ne saisit jamais que du relatif, ce qui réduit toute assertion sur l'essence à l'.

Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, I, 36-163 · Diogène Laërce, Vies, IX, 79-88

Marxismeinférable

La théorie de l'idéologie soutient que les idées dominantes d'une époque sont les idées de la classe dominante : la conscience est socialement située et tend à travestir les rapports réels. Le savoir n'est pas une pure contemplation neutre mais est façonné par les intérêts de classe, ce qui rapproche le marxisme d'un constructivisme social, sans renoncer à une vérité dévoilée par la critique.

Marx et Engels, L'Idéologie allemande (1845-1846)

Phénoménologieinférable

Le point d'appui est l'intentionnalité reprise de : toute conscience est conscience de quelque chose, jamais un contenu clos sur lui-même. Il s'ensuit qu'on ne peut séparer l'objet de l'acte qui le vise : le sens et l'objectivité ne sont pas des faits bruts déposés dans la nature, ils se constituent dans ce rapport. La cible est le naturalisme objectiviste, qui prend le monde pour un en-soi indépendant de toute conscience et oublie qu'il l'a lui-même posé. Husserl montre ainsi que les idéalités scientifiques s'enracinent dans le monde de la vie (Lebenswelt), oublié comme leur sol ; Merleau-Ponty rappelle que la science est une expression seconde du monde perçu. La position penche vers le constructivisme, sans verser dans le relativisme.

Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale (1936) · Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception (1945), avant-propos

Philosophes 3

Marxexplicite

Les idées dominantes d'une époque sont les idées de la classe dominante : la pensée juridique, morale et religieuse est une idéologie, un reflet inversé des rapports de production qui masque les intérêts de classe sous l'apparence de vérités universelles. Le savoir social est donc largement construit par les positions matérielles, d'où une nette pente , même si Marx revendique pour sa propre analyse une scientificité.

L'Idéologie allemande, I (les idées dominantes sont les idées de la classe dominante) · Préface à la Contribution à la critique de l'économie politique (base et superstructure)

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Nāgārjunainférable

Aucune description ne saisit une réalité dotée de , puisqu'il n'y en a pas : les catégories et les distinctions du savoir relèvent de la vérité conventionnelle, des constructions dépendantes et utiles, jamais le reflet d'essences en soi. Nos énoncés ordonnent un monde plutôt qu'ils ne reflètent des structures indépendantes : c'est un constructivisme épistémique marqué, au plan conventionnel.

Mūlamadhyamakakārikā (Stances du milieu par excellence), XXIV, 8-10 (les deux vérités) · Vigrahavyāvartanī (Réfutation des objections), sur les moyens de connaissance (pramāṇa)

George Berkeleyinférable

Dans le De Motu, Berkeley anticipe l' scientifique : la force, l'attraction, l'espace absolu de la mécanique de Newton ne sont pas des réalités cachées que la physique découvrirait, mais des termes commodes, des fictions de calcul qui permettent de prévoir et d'ordonner les phénomènes. Le physicien ne dévoile pas des causes réelles, il établit des règles d'usage entre des signes. Cette défiance envers la prétention de la science à décrire une structure du monde indépendante de l'esprit l'éloigne du réalisme scientifique, sans relever pour autant d'un constructivisme social : c'est l'idéalisme qui en commande la coloration.

De Motu (Du mouvement), §§1-6 et 35-42

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeConstructivisme — Statut du savoir=ConstructivismeStatut du savoir
Descriptif
Construction sociale — Identité sociale=Construction socialeIdentité sociale
Descriptif
Culturalisme — Nature et culture=CulturalismeNature et culture
Descriptif
Pluralisme épistémique — Place de la science=PluralismeépistémiquePlace de la science
Descriptif
↓ Ce qu'elle implique

Ce qui la fonde

Identité sociale

Si les catégories par lesquelles nous pensons sont des produits contingents de l'histoire et des rapports de pouvoir, le savoir lui-même n'échappe pas à cette emprise. Le constructionnisme social fonde le constructivisme du savoir : Foucault montre que chaque époque détermine, par ses discours et ses institutions, ce qui peut y être tenu pour vrai.

Ce qu'elle implique

Place de la science

Si la science est une construction historique parmi d'autres, façonnée par ses paradigmes, alors elle n'a aucun monopole sur l'accès au réel. Le constructivisme du savoir fonde le pluralisme épistémique : Feyerabend soutient qu'aucune méthode unique ne garantit la connaissance et que la science elle-même progresse en transgressant ses propres règles.