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Rapport aux autres· Société et histoire

Holisme

Axe: Individu et sociétéPour comprendre la vie sociale, faut-il partir des individus ou du tout social ?

Le tout social est plus que la somme de ses parties : il possède ses propres lois et exerce sur les individus une influence qui les dépasse. Nos manières de penser, de sentir et d'agir sont d'abord façonnées par la société qui nous précède.

Qui défend cette position

Courants 3

Marxismeexplicite

Partir de l'individu pour expliquer la société, c'est prendre pour un point de départ ce qui est un résultat : l'individu « isolé et autonome » du libéralisme et du contrat social est lui-même un produit tardif d'une société donnée, non sa cause. Marx renverse l'ordre d'explication : on comprend l'homme à partir de sa classe et de sa place dans les rapports de production, car l'essence humaine n'a pas de siège dans l'individu mais dans l'ensemble des rapports sociaux. Cet holisme n'est pas une préférence collectiviste mais une thèse de méthode, dirigée contre l'individualisme abstrait de l'économie politique et du droit naturel.

Marx, Thèses sur Feuerbach, VI (1845) · Marx, Introduction à la critique de l'économie politique (Grundrisse, 1857)

Aristotélismeexplicite

La cité est antérieure en nature à l'individu, comme le tout l'est à la partie : isolé, l'individu ne se suffit pas et ne peut actualiser sa fin proprement humaine. Cette priorité du tout penche du côté holiste, sans dissoudre l'individu puisque la fin reste l'épanouissement des citoyens.

Aristote, Politique, I, 2

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Confucianismeinférable

L'homme confucéen n'existe pleinement que pris dans le réseau de ses relations : le moi se constitue par ses rôles et ses devoirs envers autrui, non comme atome autonome antérieur à la société. L'accomplissement personnel et l'ordre du tout social sont solidaires : se cultiver soi-même, c'est déjà œuvrer à l'harmonie de la famille, de l'État et du monde.

La Grande Étude (Daxue) · Confucius, Entretiens (Lunyu), VI, 30

Philosophes 11

Hegelexplicite

La société n'est pas une somme d'individus qui lui préexisteraient : c'est le tout éthique, la , qui a sur eux la priorité, non chronologique mais conceptuelle, et où seul ils accèdent à leur liberté substantielle. Famille, société civile et État sont les moments d'un qui se particularise en ses membres et vit en eux. L'individu abstrait, antérieur à toute communauté, est une fiction.

Principes de la philosophie du droit, §142-157 (la vie éthique) · Principes de la philosophie du droit, §257-258 (l'État)

Marxexplicite

Pour Marx, l'individu isolé des économistes classiques est une fiction : on ne comprend les hommes qu'à partir des rapports sociaux et des classes auxquels ils appartiennent. La conscience, les besoins, jusqu'aux idées, sont déterminés par l'être social : une position fortement , où le tout social prime sur l'individu pensé à part.

Préface à la Contribution à la critique de l'économie politique (1859) · Grundrisse, introduction (critique de l'individu isolé de Robinson)

Aristoteexplicite

Le critère de l'antériorité, pour Aristote, n'est pas chronologique mais fonctionnel : est premier ce sans quoi le reste ne peut remplir sa fonction. Or une main séparée du corps n'est plus une main que de nom, faute de pouvoir saisir ; de même l'individu hors de la cité ne peut accomplir sa nature et reste un homme inachevé. La cité est donc par nature antérieure à l'individu comme le tout à la partie, holisme assumé qui n'efface pas pour autant la fin de la cité, le bien vivre de ses citoyens.

Politique, I, 2 (1253a)

Platonexplicite

La étudie la justice d'abord dans la cité, « écriture en gros caractères », pour la déchiffrer ensuite dans l'âme : le tout politique est premier et éclaire la partie individuelle. La cité est un organisme dont chaque classe est un membre, et le bien commun prime sur l'intérêt privé, jusqu'à l'abolition de la propriété et de la famille chez les gardiens.

République, II, 368c-369a · République, V, 462a-466d

Marc Aurèleexplicite

Les êtres raisonnables sont les membres d'un seul corps, non de simples parties juxtaposées : l'individu ne s'accomplit qu'en œuvrant pour le tout, et l'acte antisocial se retranche lui-même de la nature. Vision holiste, où le bien commun n'est pas une contrainte mais l'achèvement de la nature individuelle.

Pensées pour moi-même, VII, 13 · Pensées pour moi-même, II, 1 · Pensées pour moi-même, IX, 23

Rousseauexplicite

Le pacte ne juxtapose pas des individus : il les transforme en un corps moral et collectif, un « moi commun » doté d'une volonté propre. Le citoyen tient son être et sa liberté de cette totalité, à laquelle il s'aliène tout entier. Contre l'individualisme des Lumières, Rousseau penche du côté holiste, sans dissoudre l'individu puisque la fin reste sa liberté.

Rousseau, Du contrat social, I, 6

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Confuciusinférable

La personne ne se comprend qu'à travers ses rôles et ses relations : on est fils, frère, sujet, ami, et c'est en accomplissant ces relations selon les li 禮 (les rites) qu'on devient pleinement humain. L'identité est relationnelle, non monadique : la pente est nettement holiste, même si la culture de soi conserve une exigence personnelle irréductible.

Entretiens, XII, 11 (la définition de chacun par sa relation) · Entretiens, II, 5-8 (les devoirs relationnels de la piété filiale)

Machiavelinférable

La cité n'est pas pour Machiavel une somme d'individus mais un corps traversé de forces collectives, les deux humeurs du peuple et des grands, dont le heurt produit les lois et la liberté. Le salut de ce corps, la patrie, prime la conscience individuelle, du prince comme du citoyen.

Discours sur la première décade de Tite-Live, I, 4 · Le Prince, chap. IX

Sénèqueinférable

L'homme est né pour la communauté et l'entraide : nous sommes les membres d'un seul grand corps, et le bien individuel s'accomplit dans le service du tout humain. Sans dissoudre l'individu dans la cité, Sénèque subordonne la retraite philosophique à un devoir d'utilité commune, ce qui penche vers une vision holiste de la société.

Lettres à Lucilius, XCV (les membres d'un même corps) · De l'oisiveté, III-VI (le sage doit servir la grande cité)

Beauvoirinférable

L'individu libre reste la source du sens et des valeurs, mais il n'existe pas hors d'un tissu de relations : il se constitue dans le regard d'autrui, dans des institutions et des conditions historiques qui le situent. Beauvoir tient ensemble l'irréductibilité de la liberté singulière et la dépendance concrète à l'égard du collectif, d'où une position à peine inclinée vers le pôle relationnel.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), liberté et monde commun · Le Deuxième Sexe (1949), la femme située dans des rapports sociaux

Sartreinférable

Le premier Sartre part de la liberté individuelle de la conscience, irréductible, ce qui ancre fortement sa pensée du côté de l'individu. Mais le second Sartre, celui de la Critique de la raison dialectique, articule cette liberté à la matière et à l'histoire : l'individu se fait dans des ensembles collectifs (le groupe en fusion, le pratico-inerte) qui le conditionnent en retour. La position oscille ainsi autour d'un quasi-équilibre, légèrement déplacé vers le collectif par cette évolution.

Critique de la raison dialectique (1960), le groupe en fusion et le pratico-inerte

Fondements et implications
C'est une fondation racine, rien ne la fonde plus avant.Holisme — Individu et société=HolismeIndividu et société
Descriptif
Communauté organique — Origine du lien social=Communauté organiqueOrigine du lien social
Descriptif
+
Liberté positive — Liberté politique=Liberté positiveLiberté politique
Descriptif
↓ Ce qu'elle implique

Ce qui la fonde

C'est une fondation racine, rien ne la fonde plus avant.

Ce qu'elle implique

Origine du lien social

Si le tout social précède les individus et les façonne, la société n'est pas un contrat passé entre parties séparées mais une communauté vivante dont chacun procède. Le holisme fonde la conception organique du lien social : pour Aristote, l'homme est par nature un animal politique, et la cité est antérieure à l'individu.

Liberté politique

Si l'individu ne se réalise qu'au sein du tout social, être libre n'est pas qu'on me laisse en paix, mais que je prenne part au gouvernement de ma cité. Le holisme soutient la liberté positive : chez Rousseau, on n'est libre qu'en obéissant à la loi qu'on s'est prescrite, et chez Hegel, la liberté s'accomplit dans les institutions.