Rapport à soi· Corps et vie
Célébration
Axe: Plaisirs corporels — Faut-il se méfier des plaisirs du corps ou les célébrer ?
Le corps et ses plaisirs ne sont pas des obstacles mais une part essentielle d'une vie pleinement humaine. Manger, aimer, sentir, jouir : savoir goûter ces joies avec gratitude et intensité est une forme de sagesse, et leur mépris cache souvent un ressentiment contre la vie.
Philosophes 6
Camusexplicite
Loin de tout ascétisme, Camus célèbre le bonheur sensuel du corps, proche d'un de l'instant : la chaleur du soleil, le sel de la mer, l'étreinte de la terre algérienne y sont vécus comme une noce avec le monde. Le plaisir charnel n'est pas une faiblesse à corriger mais une vérité tangible, la seule offerte à l'homme privé de tout au-delà.
Noces (1939) · L'Été (1954)
Nietzscheexplicite
La troisième dissertation de la démonte l'idéal ascétique comme symptôme d'une vie déclinante, et Zarathoustra réhabilite le corps, la « grande raison », contre les contempteurs du corps. La célébration nietzschéenne vise toutefois la santé et la force plus que la jouissance.
Généalogie de la morale, III · Ainsi parlait Zarathoustra, « Des contempteurs du corps »
Michel de Montaigneexplicite
Contre l'ascétisme chrétien qui oppose l'âme au corps, Montaigne réhabilite les plaisirs naturels et refuse de « se désassocier du corps qu'on a reçu. Il n'y a pas deux sagesses, l'une pour l'esprit, l'autre méprisant la chair : « c'est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être ». Manger, dormir, faire l'amour ne sont pas des concessions à la nature mais des occasions de présence, à condition d'y être tout entier. La mesure tempère cette célébration, car l'excès gâte la jouissance même ; mais le ton, joyeux et terrestre, le range franchement du côté de la nature, là où saluera un esprit libre.
Essais, III, 13, « De l'expérience »
Afficher les positions inférées (3)
Benthaminférable
Aucun plaisir n'est mauvais en lui-même : les plaisirs des sens figurent au même titre que les autres dans la liste que dresse Bentham, et seul leur effet quantitatif sur la balance générale importe. Loin de tout ascétisme, qu'il range parmi les principes erronés, il célèbre par principe tout plaisir, corporel compris, dès lors qu'il n'engendre pas plus de douleur qu'il ne procure de jouissance.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. V (l'énumération des plaisirs et des peines) · Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. II (contre le principe d'ascétisme)
Beauvoirinférable
Loin de tout ascétisme, Beauvoir revendique le corps et la sexualité comme dimensions pleines de l'existence, à vivre librement et non sous le poids de la honte ou des tabous imposés aux femmes. La libération inclut la réappropriation du désir et du plaisir comme part assumée de la liberté incarnée.
Le Deuxième Sexe (1949), t. I, "L'initiation sexuelle" et la sexualité féminine
Spinozainférable
La est par elle-même bonne, car elle marque le passage à une plus grande perfection et accroît la puissance d'agir ; user des plaisirs avec mesure relève de l'homme sage. Spinoza raille la superstition triste et farouche qui interdit le plaisir : rien n'autorise à penser qu'un dieu se réjouisse de notre privation. La modération vient seulement de ce que la raison doit régler ces plaisirs.
Éthique, IV, prop. 45, scolie (contre la superstition triste qui interdit le plaisir) · Éthique, III, déf. des affects (la joie, passage à une plus grande perfection)
Personnages 2
Calliclèsexplicite
Prolongeant son éloge du désir, il tient les plaisirs du corps pour la matière même du bonheur : l'homme fort a le droit de se les procurer largement ; l'ascétisme n'est qu'une morale de l'impuissance déguisée en sagesse.
Platon, Gorgias, 491e-492c
Afficher les positions inférées (1)
Ulysseinférable
Ulysse n'a rien d'un : il goûte le bon repas, le vin, le sommeil, le lit d'une déesse comme celui de son épouse ; les plaisirs du corps ont chez lui leur place pleine et sans culpabilité. Il tend à ne pas s'y abandonner au point d'oublier sa fin, en homme qui veut rester maître de son cap ; encore l'Odyssée le montre-t-elle aussi s'attarder, une année entière chez Circé, oublieux un temps du retour, preuve que cette maîtrise n'a rien d'infaillible.
Odyssée, VIII-X (les festins chez Alcinoos et Circé) · Odyssée, V, X (Calypso et Circé)