← Revenir à l'axe

Rapport aux autres· Pouvoir et justice

Épistocratie

Axe: Qui doit déciderLes décisions politiques appartiennent-elles à tous, ou d'abord aux plus compétents ?

Gouverner exige un savoir, comme piloter un navire ou soigner un malade. Confier les décisions à des citoyens mal informés produit de mauvaises politiques : le pouvoir devrait revenir, au moins en partie, à ceux qui possèdent la compétence requise.

Qui défend cette position

Courants 1

Platonismeexplicite

Le platonisme est épistocratique (qui réserve le pouvoir à ceux qui détiennent le savoir) : le pouvoir doit revenir à ceux qui savent, les philosophes-rois (les gardiens-philosophes de la cité juste, seuls aptes à gouverner), seuls capables de contempler la et donc de gouverner avec justice. La démocratie, qui confie les décisions à l'opinion de la foule ignorante, est jugée corruptrice.

Platon, République, 473c-474c, le philosophe-roi · Platon, République, livre VIII, 555b-562a, critique de la démocratie

Philosophes 5

Platonexplicite

L'argument procède par analogie avec les technai, les arts : on ne confie pas le gouvernail au nombre mais au pilote qui sait, et l'on jugerait fou un navire où l'équipage choisirait son capitaine à la voix. Gouverner est de même un savoir, celui du Bien et de la justice, qui ne s'acquiert qu'au terme d'une longue éducation. Platon en déduit, contre la athénienne qui a condamné , que l'autorité doit revenir à la compétence et non à l'opinion du plus grand nombre. La thèse est d'autant plus tranchante qu'elle s'attaque au régime dominant de sa cité.

République, V, 473c-e · République, VI, 488a-489d (métaphore du navire)

Millexplicite

Mill juge un régime à deux titres : ce qu'il fait des affaires publiques et ce qu'il fait des citoyens. La démocratie représentative l'emporte parce qu'elle développe le mieux ceux qui y prennent part, mais cette même participation expose à l'incompétence et à la tyrannie de la majorité. Sa réponse cherche à concilier les deux exigences : un vote plural qui n'exclut personne du suffrage mais pondère les voix selon l'instruction, afin que le nombre ne fasse pas taire la compétence, ce qui l'incline vers l'.

Considérations sur le gouvernement représentatif (1861), ch. 8 (le vote plural) · Considérations sur le gouvernement représentatif, ch. 3 (supériorité du gouvernement représentatif)

Afficher les positions inférées (3)
Confuciusinférable

Le pouvoir doit revenir aux plus sages et aux plus vertueux, non au nombre : on promeut les hommes droits, on écarte les pervers, et on peut faire suivre une voie au peuple, non la lui faire comprendre. Cette confiance dans le gouvernement des meilleurs, formés par l'étude et la vertu, est nettement épistocratique.

Entretiens, II, 19 (promouvoir les hommes droits par-dessus les pervers) · Entretiens, VIII, 9 (on peut faire suivre une voie au peuple, non la lui faire comprendre)

Socrateinférable

On ne tire pas au sort le pilote d'un navire ni le médecin d'un malade : gouverner est de même un savoir, un art qui réclame la connaissance du bien, non l'affaire de tous indifféremment. De là la critique socratique du choix des magistrats par le sort à Athènes et de la compétence supposée du grand nombre. Platon en tirera le gouvernement des philosophes ; chez Socrate, c'est d'abord l'exigence que décide celui qui sait.

Xénophon, Mémorables, I, 2, 9 ; III, 9 (l'art de gouverner, le tirage au sort) · Platon, Gorgias, 455b-456a ; Criton, 47a-48a (l'analogie de l'expert)

Hegelinférable

Hegel se défie de la démocratie directe, où le grand nombre risque de n'être qu'une masse informe livrée à l'opinion : la volonté rationnelle s'incarne d'abord dans les institutions et la classe universelle des fonctionnaires, non dans le seul suffrage de tous. Mais les corporations, les états (Stände) et l'opinion publique donnent au grand nombre une voix médiatisée : ce n'est pas une pure technocratie, plutôt une compétence ordonnée où le nombre est représenté sans être souverain.

Principes de la philosophie du droit, §287-297 et §303-305 (le pouvoir gouvernemental, la classe universelle)

Personnages 1

Calliclèsexplicite

Gouverner et détenir plus revient de droit aux « meilleurs et plus intelligents », non à la foule que le hasard assemble ; son critère du « meilleur » n'est pas le savoir socratique du bien, mais la capacité à vouloir et à obtenir. C'est une aristocratie de la nature, aux antipodes de l'égalité démocratique athénienne.

Platon, Gorgias, 483c-d ; 490a