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Rapport au monde· Esthétique

Primat de l'éthique

Axe: Le beau dans la vieLe beau est-il au cœur d'une vie réussie, ou un luxe secondaire au regard de l'éthique et de l'utile ?

Le beau est subordonné au bien et à l'utile : un agrément second, voire une séduction suspecte des apparences. La vie bonne se mesure à la droiture morale, pas au raffinement esthétique, et l'art doit servir cette fin sous peine de n'être qu'un luxe.

Qui défend cette position

Philosophes 6

Platonexplicite

La beauté joue un rôle anagogique unique : elle est la seule Forme qui resplendit dans le sensible et qui, par l'éros, met l'âme en marche vers l'intelligible. Mais elle reste subordonnée au Bien et à la justice : la poésie séduisante est bannie de la cité si elle corrompt l'âme, et le beau ne vaut qu'en tant qu'il conduit au vrai et au bien.

Phèdre, 250d-251b · République, III, 401b-403c

Rousseauexplicite

Si Rousseau exalte le sentiment et la nature, il ne fait pas de l'art le lieu suprême de l'existence : dans la Lettre à d'Alembert, il dénonce le théâtre qui amollit les mœurs et flatte les passions. L'éthique prime l'esthétique, la vertu l'emporte sur le goût. C'est en quoi il se distingue déjà des romantiques esthètes qu'il inspire pourtant.

Rousseau, Lettre à d'Alembert sur les spectacles

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Diogène de Sinopeinférable

Tout ce qui ne sert pas à la vertu, beaux-arts, raffinements, élégance, est tenu pour vanité sociale : la seule oeuvre à façonner est sa propre conduite. Diogène ne vit pas pour la beauté mais pour la rectitude, et raille la culture distinguée comme un masque du . La forme de vie prime de loin sur la forme esthétique, ce qui le range nettement du côté du primat de l'éthique, même si son existence provocante a, par contrecoup, quelque chose d'une performance.

Diogène Laërce, Vies, VI, 24 et 27-28

Socrateinférable

Ce qui décide de la valeur d'une vie est, pour Socrate, la bonté de l'âme et non l'éclat des apparences : laid comme un silène mais beau au-dedans, il juge un homme sur sa vertu, non sur son allure. Le beau n'est pas pour autant méprisé : dans le , l'amour des beaux corps est le premier degré d'une montée qui, de beauté en beauté, s'élève jusqu'au Beau puis au Bien. Mais cette dialectique de l'élévation, où l' sensible n'est qu'un échelon vers l'intelligible, est déjà l'œuvre de Platon ; le primat de l'éthique demeure, le beau ne valant que comme chemin vers le bon.

Platon, Apologie, 29d-30b (la vertu avant la réputation) · Platon, Banquet, 210a-212a (l'ascension d'éros, des beaux corps au Beau) · Platon, Banquet, 215a-216a (Socrate-silène, la beauté du dedans)

Plotininférable

Le beau n'a de prix que comme degré et tremplin vers le haut : la beauté sensible reflète la beauté intelligible, qui reflète à son tour le Bien, et l'amour du beau est le premier pas de la remontée vers l'. La vie esthétique n'est donc pas une fin en soi mais reste subordonnée à la fin spirituelle, le beau ne valant que comme ce qui révèle et conduit au principe.

Ennéades, I, 6 (Du beau) · Ennéades, V, 8 (De la beauté intelligible)

Schopenhauerinférable

L'art est un « quiétif » du vouloir, un sabbat où cesse un instant le travail forcé du désir, et à ce titre l'expérience esthétique est le plus haut des biens accessibles dans le monde. Mais elle ne dure pas, le génie n'est pas le saint, et la hiérarchie finale place la sainteté éthique, la négation du vouloir, au-dessus de la seule contemplation du beau.

Le Monde comme volonté et comme représentation, livres III et IV

Problèmes
  • PrescriptifEsthétique Expérience de pensée
    La vie comme œuvre

    Faire de sa vie une œuvre, viser l'intensité des belles sensations : une telle vie se suffit-elle, ou finit-elle par se vider, indifférente au bien comme au mal et guettée par l'ennui ?

    une vie tout entière
  • PrescriptifEsthétique
    Le beau et le bien

    Le beau et le bien ne font-ils qu'un, ou sont-ils rivaux : la beauté élève-t-elle l'âme vers le bien, ou séduit-elle en flattant les apparences contre le devoir ?

    une belle action
  • Descriptif
    D'où vient la valeur du beau

    Le beau est-il une perfection réelle des choses, ou seulement un plaisir de goût ? Si tout est affaire de goût, sa prétention à compter dans une vie réussie s'affaiblit.

    une belle chose