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Rapport à soi· Exister

Optimisme métaphysique

Axe: Tonalité du réelLe monde est-il fondamentalement bon ou marqué par le tragique ?

Le réel est fondamentalement ordonné et orienté vers le bien : le mal n'est qu'une ombre locale dans un tableau d'ensemble harmonieux ou en progrès. Même les épreuves de l'histoire participent d'une rationalité qui les dépasse.

Qui défend cette position

Courants 2

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Taoïsmeinférable

L'univers taoïste est foncièrement bienveillant et fiable pour qui s'accorde à lui : le nourrit toute chose sans la posséder, et l'ordre spontané du monde pourvoit de lui-même quand l'homme cesse de le contrarier. Le mal et le désordre naissent du forçage humain, non d'une faille du cosmos : il y a là une confiance profonde dans l'ordre des choses.

Laozi, Dao De Jing, ch. 34, 51 · Laozi, Dao De Jing, ch. 73

Épicurismeinférable

Le monde n'est pas tragique pour l'épicurien : la nature, bien comprise, offre tout ce qu'il faut au bonheur, car ce qui est nécessaire est facile à obtenir et ce qui est difficile n'est pas nécessaire. Sans providence bienveillante, l'univers reste néanmoins accueillant, ce qui justifie un optimisme mesuré quant à la possibilité d'une vie sereine.

Épicure, Maximes capitales, XV et XXI · Lucrèce, De la nature des choses, livre V

Philosophes 8

Leibnizexplicite

Rien n'arrive sans , pas même la création : si Dieu a fait exister ce monde plutôt qu'un autre parmi l'infinité des mondes possibles qu'il conçoit, c'est que sa sagesse et sa bonté lui ont fait choisir celui qui réalise le maximum de perfection avec le minimum de moyens, le meilleur des mondes possibles. Le mal n'y est donc pas un démenti mais une part calculée : Dieu le permet là où il conditionne un plus grand bien d'ensemble. Cet optimisme répond au scandale du mal en transformant une objection contre la providence en conséquence de la perfection divine, raisonnement que raillera dans Candide à travers Pangloss.

Essais de théodicée, §8-10 et §225 (le meilleur des mondes possibles) · Discours de métaphysique, §3 (Dieu fait tout de la manière la plus parfaite)

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Sénèqueinférable

L'univers est gouverné par une rationnelle et bienveillante : tout ce qui arrive concourt au bien du tout, et ce qui paraît un mal n'est qu'une épreuve ou une apparence. Cette confiance dans l'ordre divin du monde relève d'un optimisme métaphysique, loin de toute vision tragique d'un cosmos indifférent.

De la providence, I-II (rien de mal ne peut arriver à l'homme de bien)

Hegelinférable

Malgré l'abattoir de l'histoire, le monde est au fond rationnel et ordonné vers le bien : le mal et la souffrance sont des moments que le tout et réconcilie. La réconciliation (Versöhnung) de l'esprit avec l'effectivité, non la résignation au tragique, est le dernier mot du système.

Principes de la philosophie du droit, Préface · Leçons sur la philosophie de l'histoire (Leçons)

Épicureinférable

L'univers, infini en atomes et en mondes, n'est ni hostile ni tragique : une fois dissipées les craintes des dieux et de la mort, la nature offre tout ce qu'il faut au bonheur, le bien étant facile à atteindre. Cet optimisme thérapeutique, où le bonheur est à la portée de tous, écarte la vision tragique sans verser dans une providence bienveillante.

Lettre à Ménécée, 122 et 133 (le bonheur accessible, le sage et le destin) · Maximes capitales, XXVII-XXVIII (l'amitié et la confiance)

Laoziinférable

Le monde n'est pas réglé par une providence bienveillante : « le ciel et la terre ne sont pas bienveillants, ils traitent les dix mille êtres comme des chiens de paille », avec l'indifférence d'un processus impersonnel. Pourtant ce cours impersonnel n'est pas tragique : qui s'y accorde trouve la paix, et l'alternance des contraires garantit qu'aucun extrême ne dure. C'est une tonalité sereine et sans illusion plutôt qu'un optimisme métaphysique.

Dao De Jing, ch. 5 · Dao De Jing, ch. 2 et 58

Lucrèceinférable

L'univers infini en atomes et en mondes n'est ni bon ni mauvais, ni fait pour nous : indifférent, il n'offre ni providence consolante ni hostilité tragique. Une fois dissipées les peurs des dieux et de la mort, la nature suffit au bonheur, le bien étant facile à atteindre. Cet optimisme thérapeutique côtoie pourtant la conscience aiguë de la fragilité du monde, voué lui aussi à se défaire, ce qui retient de tout enthousiasme cosmique : c'est un optimisme sobre, sans tragique mais sans providence.

De la nature des choses, II, 1090-1174 (la nature sans dieux ; le monde déclinant)

Marc Aurèleinférable

Le monde providentiel est foncièrement bon et ordonné, ce qui range Marc Aurèle du côté de l'optimisme métaphysique : tout ce qui arrive convient au tout. Mais sa contemplation incessante de la vanité, du flux et de l'oubli donne à cet ordre une coloration mélancolique qui retient la position loin de l'optimisme serein d'un .

Pensées pour moi-même, II, 3 · Pensées pour moi-même, IV, 23 · Pensées pour moi-même, IV, 32

Zhuangziinférable

Le monde n'est pas réglé par une providence bienveillante et n'a pas de sens donné d'avance : il est un flux impersonnel de transformations sans dessein. Pourtant ce cours n'a rien de tragique pour Zhuangzi : qui s'y accorde y trouve une joie sans cause et une liberté de jeu, car la mort même n'est qu'un tour de la roue. La tonalité est sereine et insouciante plutôt qu'optimiste ou tragique, ce qui penche légèrement du côté d'un accueil heureux du réel.

Zhuangzi, ch. 18 (Parfaite joie) · Zhuangzi, ch. 6 (Le grand maître)

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeOptimisme métaphysique — Tonalité du réel=OptimismemétaphysiqueTonalité du réel
Descriptif
Le mal a ses raisons — Le problème du mal=Le mal a ses raisonsLe problème du mal
Descriptif
Libre arbitre — Liberté de la volonté=Libre arbitreLiberté de la volonté
Descriptif
Théisme — Existence de Dieu=ThéismeExistence de Dieu
Descriptif
Existentialisme — Essence et existence=ExistentialismeEssence et existence
Descriptif
Dualisme des substances — L'énigme de la conscience=Dualisme dessubstancesL'énigme de la conscience
Descriptif
Athéisme — Existence de Dieu=AthéismeExistence de Dieu
Descriptif
Nominalisme — Les universaux=NominalismeLes universaux
Descriptif
Dualisme — Nature du réel=DualismeNature du réel
Descriptif
Matérialisme — Nature du réel=MatérialismeNature du réel
Descriptif
Empirisme — Source de la connaissance=EmpirismeSource de la connaissance
Descriptif
Fécondité-rédemption — Sens de la souffrance!Fécondité-rédemptionSens de la souffrance
Prescriptif
Vertu / perfectionnisme moral — Souverain bien!Vertu /perfectionnismemoralSouverain bien
Prescriptif
Principe espérance — Espoir!Principe espéranceEspoir
Prescriptif
↓ Ce qu'elle implique

Ce qui la fonde

Le problème du mal

Si chaque mal concourt à un bien supérieur dans le meilleur des mondes possibles, alors le réel est fondamentalement ordonné et orienté vers le bien. La théodicée fonde l'optimisme métaphysique : chez Leibniz, le mal n'est qu'une ombre locale dans un tableau d'ensemble harmonieux.

Ce qu'elle implique

Sens de la souffrance

Si le réel est fondamentalement ordonné et orienté vers le bien, l'épreuve elle-même y trouve une place et un sens : elle peut purifier, rapprocher de l'essentiel, ouvrir au salut. L'optimisme métaphysique soutient la fécondité de la souffrance, comme chez Pascal, pour qui le malheur bien porté élève l'âme.

Souverain bien

Si le monde est un ordre rationnel et providentiel, vivre bien, c'est accorder sa volonté à cet ordre, c'est-à-dire à la vertu, quoi qu'il en coûte au plaisir. La confiance en un cosmos rationnel fonde le perfectionnisme moral : pour les stoïciens, seule la vertu, conforme au logos du monde, a une valeur inconditionnelle.

Espoir

Si le réel est ordonné vers le bien et que l'histoire progresse, l'espérance n'est pas une illusion mais une lecture juste du monde. L'optimisme métaphysique fonde le principe espérance : attendre le meilleur, c'est s'accorder au sens même du réel. Kant range d'ailleurs l'espérance parmi les questions cardinales de la raison, « que m'est-il permis d'espérer ? ».

Pratiques
La vue d'en hautExerciceAttestée · Stoïcisme, Marc Aurèle

Marc Aurèle s'exerçait à contempler sa vie et ses tracas comme s'il les voyait du haut du ciel, à l'échelle de la nature entière. Cet élargissement du regard rend leur juste taille aux soucis et tempère l'orgueil comme le désespoir. Aujourd'hui, il offre une pause de recul face à un conflit ou une contrariété qui semble tout occuper.

  1. Asseyez-vous au calme et fermez les yeux. Respirez lentement quelques fois.
  2. Imaginez que vous vous élevez au-dessus de la pièce, puis de la ville, puis de la Terre vue depuis l'espace.
  3. De cette hauteur, observez la multitude des vies humaines, les générations passées et à venir, l'immensité du temps.
  4. Resituez votre souci du moment dans ce tableau : quelle place y occupe-t-il réellement ?
  5. Redescendez doucement et reprenez votre tâche en gardant cette mesure retrouvée.

quand un souci envahit tout, 5 minutes · Attestée · Stoïcisme, Marc Aurèle

Relativiser n'est pas nier. Cet exercice apaise les contrariétés disproportionnées, mais ne doit pas servir à minimiser une souffrance réelle ou une injustice qui appelle une action.