Rapport à soi· Adversitémilieu nommé
Faire la part des choses
Axe: Périmètre d'action — Face au monde, faut-il se concentrer sur ce qui dépend de nous ou chercher à étendre notre maîtrise ?
Entre accepter ce qui ne dépend pas de nous et vouloir tout transformer, il s'agit de discerner, au cas par cas, ce que l'on peut changer et ce qu'il faut accueillir. Ni résignation, ni toute-puissance : agir là où l'on a prise, lâcher prise sur le reste.
Personnages 1
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Ulysseinférable
Face à l'adversité, Ulysse ne se résigne pas mais ne prétend pas non plus tout plier : il fait la part des choses. Il agit sans relâche là où il a prise, bâtissant son radeau, forçant les ruses, mais endure ce qui le dépasse, la colère de , les années perdues, l'attente. Au plus fort de la fureur, il s'adresse à son propre cœur et lui ordonne de tenir. Cette maîtrise de soi, qui distingue le modifiable de l'inévitable, a fait de lui plus tard le sage endurant des .
Odyssée, XX, 18-21 (« Endure, mon cœur ») · Odyssée, V (le radeau et l'endurance en mer) · Odyssée, I, V (la colère de Poséidon)
Argument
- Le tort commun des deux extrêmes est de fixer d'avance la frontière du possible : trop étroite pour le stoïcien, qui range presque tout du côté de l'inévitable ; inexistante pour le prométhéen, qui ne reconnaît aucune limite définitive.
- Or cette frontière n'est ni donnée une fois pour toutes ni partout la même : elle dépend des circonstances, des forces, du moment. La sagesse n'est donc pas une position fixe, mais un jugement à reprendre cas par cas sur ce qui, ici et maintenant, dépend de moi.
- Cette faculté de bien délibérer sur ce qu'on peut faire, les Anciens l'appelaient : non la timidité, mais l'art d'ajuster l'action à ce que la situation permet. Agir avec énergie sur le possible, accueillir sans amertume l'irréductible, voilà ce qu'elle vise.
Donc Donc la voie juste n'est pas à mi-chemin des deux sagesses, mais au-dessus : c'est le discernement qui décide, à chaque épreuve, de la part de l'action et de la part de l'acceptation.
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- La voie du discernement a pour elle le bon sens : qui refuserait de « faire la part des choses » ? C'est même la position que chacun croit déjà tenir.
- Mais cette évidence est un piège : il est commode de ranger dans l'« impossible » précisément ce dont le changement nous coûterait. La frontière du possible, on la trace souvent là où s'arrête notre courage, non là où s'arrête notre pouvoir.
- Le discernement risque alors de servir d'alibi : il donne bonne conscience à l'inaction en la nommant lucidité, et au renoncement en l'appelant maturité. Le juste milieu peut n'être que la pente du moindre effort.
Donc Donc le discernement, faute d'une exigence qui le tienne, peut dégénérer en complaisance : une sagesse de façade pour qui ne veut ni vraiment lutter ni vraiment lâcher prise.
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- La voie du discernement tient en une formule : agir sur ce qui dépend de nous, accepter le reste, et savoir faire la différence. Qui n'y souscrirait pas ?
- Mais c'est précisément ce « savoir faire la différence » qui était toute la question. Où passe la frontière du possible ? Le stoïcien la trace au plus près de soi, le prométhéen la repousse sans cesse : leur désaccord porte là-dessus, et le discernement, lui, ne tranche pas, il renvoie chacun à son propre jugement.
- Une sagesse qui se contente de dire « cela dépend » risque de n'être pas une troisième voie, mais le nom poli de l'hésitation : on évite de choisir en appelant cela de la mesure.
Donc Donc le discernement, tant qu'il ne dit pas comment tracer la frontière, pourrait n'être qu'une question reformulée en réponse.
Voir la page- PrescriptifExistentielleSérénité, ou accomplissement ?
Le bien d'une vie est-il la paix de l'âme que rien ne trouble, ou l'accomplissement actif de qui transforme le monde et y laisse sa marque ?
une vie bonne - PrescriptifExistentielleEspérer, est-ce sage ?
L'espérance, qui nous lie à des choses hors de notre pouvoir, est-elle une faiblesse qui trouble l'âme, ou le ressort même qui pousse à transformer ce qui peut l'être ?
l'espérance - PrescriptifExistentielleFaire la paix avec ce qui fut
Le passé est ce qui ne dépend plus de nous par excellence : faut-il l'accepter pleinement, jusqu'à vouloir qu'il ait été, ou en rester prisonnier par le regret ?
le passé