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Rapport à soi· Adversité

Prométhéisme

Axe: Périmètre d'actionFace au monde, faut-il se concentrer sur ce qui dépend de nous ou chercher à étendre notre maîtrise ?

Les limites de notre pouvoir ne sont pas fixées une fois pour toutes : par la connaissance, la technique et l'action collective, l'humanité peut transformer le monde et repousser ce qui semblait hors de portée. Plutôt que d'accepter l'ordre des choses, il faut travailler à le changer.

Qui défend cette position

Philosophes 1

Machiavelexplicite

Contre le fatalisme qui remet tout au sort ou à Dieu, Machiavel réserve à l'homme la moitié du jeu : la règle une part de nos actions, mais nous laisse gouverner l'autre. La est cette part active : élever, quand le temps est calme, des digues contre le fleuve qui débordera, saisir l'occasion, accorder sa manière à la qualité des temps. Il penche pour l'audace, car la fortune cède aux hardis.

Le Prince, chap. XXV · Le Prince, chap. VI (l'occasion)

Arguments et objections
ArgumentLe possible n'est pas closLa part de l'inévitable n'a cessé de se réduire : ce qu'on prenait pour le destin de l'humanité, le savoir et l'action collective l'ont maintes fois défait.
  1. L'histoire est jonchée de « fatalités » vaincues : la peste, la famine, la mortalité infantile, des distances qu'on croyait infranchissables. Chaque fois, ce qu'on rangeait dans l'ordre immuable des choses s'est révélé un problème à résoudre.
  2. Ce recul n'a rien de magique : il vient du savoir, qui comprend les causes, et de l'action, souvent collective, qui s'en saisit. assignait à la science de nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » ; ajoutait que les hommes font leur propre histoire, par leur .
  3. Devant une épreuve, présumer la limite franchissable n'est donc pas de la naïveté, c'est tirer la leçon de ce qui a déjà eu lieu. Qui s'incline trop tôt s'interdit des victoires que d'autres, moins résignés, ont su remporter.

Donc Donc refuser de tenir le donné pour définitif n'est pas de l'orgueil, c'est la condition de tout progrès : on ne change que ce qu'on a d'abord refusé de subir.

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ObjectionCe qu'aucun progrès ne rejointLes victoires du savoir sont celles de l'espèce, et statistiques ; l'épreuve, elle, se vit au singulier, là où aucun progrès collectif ne rend l'être perdu ni le temps enfui.
  1. Accordons que le savoir a défait bien des fatalités. Mais ces victoires sont celles de l'espèce, et le plus souvent statistiques : la médecine fait reculer la mortalité, elle n'abolit pas votre mort.
  2. Or l'épreuve, vous, vous la vivez au singulier : ce deuil-ci, cette maladie-ci, ce temps qui ne reviendra pas. Aucun progrès collectif ne rend l'être perdu, ni ne vous rendra l'âge que vous aviez. Devant cela, l'ambition de transformer reste les mains vides.
  3. Le prométhéen risque alors de toujours différer la paix : tant qu'il reste une limite à repousser, il ne s'accorde pas le repos, et il en reste toujours une. À mesurer sa sérénité à sa maîtrise, il se condamne à n'être jamais en paix là où, justement, il ne peut rien.

Donc Donc même un progrès sans fin laisse intacte une part d'irréductible, celle où chacun, seul, doit composer avec ce qu'il ne changera pas.

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ObjectionLa démesure et le retour du réelQui mesure sa paix à son pouvoir de transformer reste sans recours le jour où il bute sur l'intransformable, que ce soit la mort ou un réel qui se venge de qui le force.
  1. Le projet prométhéen mesure la sagesse à ce qu'on parvient à changer. Mais il y a toujours plus à changer : chaque limite repoussée en découvre une autre, et l'effort ne connaît jamais de repos.
  2. Surtout, le réel garde le dernier mot. La maladie, le deuil, le vieillissement, la mort finissent par déjouer les plans les mieux faits ; et la nature qu'on croyait dompter se rappelle parfois durement à ceux qui la forcent, comme ces antibiotiques dont l'usage à outrance a fait surgir des bactéries qu'ils ne guérissent plus.
  3. Qui a placé toute sa paix dans le pouvoir de transformer se retrouve sans recours le jour où il bute sur l'intransformable. La démesure, ce que les Grecs nommaient l'hybris, appelait dans leurs tragédies un châtiment : non par superstition, mais parce qu'elle oublie la mesure des choses.

Donc Donc l'ambition de tout maîtriser, faute de reconnaître une part d'irréductible, prépare ses propres défaites et l'amertume qui les suit.

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Pratiques
Du malheur privé à la cause communeExerciceInspirée de Marx

Pour , ce que nous subissons comme un sort personnel est souvent une condition partagée, et une condition partagée peut se changer ensemble par la , l'action collective, là où l'individu seul est impuissant. Cet exercice part d'une difficulté que vous affrontez seul et demande si d'autres la rencontrent aussi, et quel pourrait être un premier pas commun. Aujourd'hui, il combat l'isolement qui transforme un problème commun en verdict personnel.

  1. Prenez une difficulté que vous vivez comme la vôtre seule : au travail, dans votre quartier, dans vos conditions quotidiennes.
  2. Posez la question qui déplace : suis-je le seul, ou est-ce la situation partagée de gens dans ma position ?
  3. Trouvez au moins une autre personne dans le même cas, et parlez : comparez ce que chacun prenait pour un manquement individuel.
  4. Nommez la cause commune derrière les peines privées : la règle, l'arrangement, le silence qui vous touche tous.
  5. Décidez ensemble un petit pas concret et à portée : une demande commune, une ressource mise en partage, une réunion, un premier geste collectif.
  6. Faites ce pas avec d'autres, et jugez à ce qui change pour le groupe, non pour vous seul.

quand un problème vous isole, sur quelques jours ; une pratique de fond, à reprendre · Inspirée de Marx

Toute épreuve n'est pas collective, et faire d'un chagrin intime une cause peut être une manière de le fuir. Cet exercice vaut pour les conditions partagées, non pour un deuil privé ; et agir ensemble, c'est écouter le groupe, non l'enrôler derrière sa propre conclusion.

Imiter le prudentRègleInspirée d'Aristote

Que ferait, ici, l'homme prudent ? Imiter son discernement jusqu'à le faire sien.

Pour , faire la part des choses ne s'enseigne par aucune règle : la perçoit le juste dans le cas singulier, et on l'apprend d'abord en observant ceux qui la possèdent. L'action droite, dit-il, est celle que déciderait « l'homme prudent ». Cette règle vous donne une boussole vivante plutôt qu'une recette : quand nulle méthode ne tranche, réglez-vous sur le discernement de ceux que vous admirez, jusqu'à finir par juger comme eux.

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Le partage du possible et de l'inévitableRègleInspirée de la Prière de la sérénité (Reinhold Niebuhr)

La sérénité d'accepter ce qu'on ne peut changer, le courage de changer ce qui peut l'être, et la sagesse d'en faire la différence.

Une prière fameuse, due au théologien protestant Reinhold Niebuhr, demande « la sérénité d'accepter ce qu'on ne peut changer, le courage de changer ce qui peut l'être, et la sagesse d'en faire la différence ». Indépendamment de son cadre religieux d'origine, on en retient ici la structure du discernement, la des Anciens faite méthode : devant une épreuve, ne pas trancher trop vite entre tout accepter et tout vouloir changer, mais chercher la frontière, cas par cas. Aujourd'hui, cette règle aide quand une difficulté semble tout submerger et qu'on ne sait plus où agir ni où lâcher prise.

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Transformer une fatalité en problèmeExerciceInspirée de Descartes

tenait qu'un problème, si décourageant soit-il, devient soluble dès qu'on le divise en parties et qu'on procède dans l'ordre, du plus simple au plus complexe : c'est la méthode par laquelle il espérait nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Cet exercice l'applique à ce devant quoi vous vous êtes résigné comme à un simple fait : il traite la limite non comme un destin, mais comme un problème qui a un premier pas. Aujourd'hui, il combat le découragement qui paralyse devant ce qui paraît inébranlable.

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Problèmes
  • PrescriptifMorale Mise en situation
    Accepter, ou se résigner ?

    Où passe la frontière entre la sérénité devant l'inévitable et la passivité, voire l'excuse commode, devant un tort qu'un effort pourrait redresser ?

    un tort subi
  • Descriptif
    Mon pouvoir, ou notre pouvoir ?

    Ce qui ne dépend pas de moi seul, la maladie, l'injustice, le cours du monde, dépend peut-être de nous ensemble : à chercher le pouvoir dans le seul for intérieur, la dichotomie ignore-t-elle l'action collective qui déplace les limites du possible ?

    le pouvoir collectif