Œuvre de fiction · film
Les Fils de l'homme
Quand l'humanité n'a plus d'avenir, pour qui vaut-il encore la peine de se battre ?
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Version analysée : Le film de 2006 seul. Le roman de P. D. James (1992), dont il s'inspire librement (la stérilité y est masculine, l'intrigue et les personnages diffèrent), n'est pas pris en compte.
2027 : depuis dix-huit ans, aucun enfant n'est né sur Terre. Dans une Grande-Bretagne barricadée contre les réfugiés, Theo, un fonctionnaire revenu de tout, accepte pour de l'argent d'aider Kee, une jeune réfugiée, à quitter le pays. Que reste-t-il de nos raisons d'agir quand l'humanité n'a plus d'avenir, et que doit-on à une inconnue qu'on a accepté d'aider contre paiement ?
Le problème
La croyance commune mise à l'épreuve
On croit d'ordinaire que nos raisons de vivre nous appartiennent : notre bonheur, nos proches, nos projets. Que l'humanité disparaisse après nous ne devrait rien changer à ce qui compte pour nous.
Le problème
Le film noue deux questions. La première : beaucoup de ce que nous faisons (bâtir, enseigner, conserver) suppose qu'il y aura quelqu'un après nous. Quand plus aucun enfant ne naît, qu'est-ce qui garde sa raison d'être, et peut-on encore espérer sans raison de le faire ? La seconde surgit dès qu'un espoir réapparaît : faut-il d'abord protéger les personnes qui portent cet espoir, ou peut-on les exposer au nom de ce qu'elles représentent pour tous ? Espérer ne suffit pas à choisir entre les deux : on peut espérer en prenant soin d'une personne ou en servant une cause, et le film montre l'une et l'autre.
Le film part d'une hypothèse simple : depuis dix-huit ans, plus aucun enfant ne naît. Il en tire deux questions, qui guident tout ce qui suit. La première porte sur le sens de nos actes, et sur nos raisons de continuer, quand l'humanité n'a plus d'avenir. La seconde porte sur ce qu'on s'autorise à faire aux personnes au nom d'une cause, fût-elle celle de l'avenir.
Première question : si personne ne doit venir après nous, ce que nous faisons garde-t-il un sens, et pourquoi continuer ? Le film le montre d'abord par son décor : pas de paysage d'apocalypse, mais des rues sales, des réfugiés parqués dans des cages, des publicités d'État pour un kit de suicide, le Quietus. Le philosophe part de la même hypothèse, qu'il emprunte au roman de P. D. James, pour avancer une idée surprenante : beaucoup de ce qui compte pour nous (chercher, construire, transmettre) suppose, sans que nous le sachions, que d'autres vivront après nous. Retirez cette survie de l'humanité, que Scheffler appelle l', et nous perdrions le goût de nous consacrer à ces activités, même si notre propre vie n'était pas raccourcie d'un jour. dit autre chose, mais dans le même sens : parce que nous naissons, nous pouvons commencer du neuf, c'est la . Dans le monde du film, où plus personne ne naît, cette capacité de commencer semble s'éteindre aussi chez les vivants.
Une scène montre ce que devient cette idée chez ceux qui gouvernent. Theo, le personnage que suit le film, rend visite à son cousin Nigel, un ministre. Nigel a mis à l'abri dans une « Arche des Arts » le Guernica de Picasso et le David de Michel-Ange. Theo lui demande ce qui le fait tenir ; Nigel répond qu'il n'y pense pas, tout simplement. L'arche de Noé sauvait des vivants pour le monde d'après ; celle-ci sauve des œuvres pour un monde d'après dont Nigel évite de se demander s'il viendra. Il conserve sans se demander pour qui. Theo, lui, n'attend plus rien : ancien militant, il confie à un ami que même si l'on trouvait un remède, ce serait trop tard.
Pourtant, quand son ex-femme Julian, qui dirige un groupe clandestin de défense des réfugiés, les Poissons (Fishes), lui demande d'aider une jeune réfugiée, Kee, à quitter le pays, il accepte, pour de l'argent. Puis il continue, étape après étape, bien au-delà de ce qu'il avait promis. Le film ne lui prête ni discours ni conversion : il le suit de près, caméra à l'épaule, et nous laisse constater qu'il agit comme quelqu'un qui espère, sans jamais le dire. Première réponse du film : on peut continuer d'agir sans croire à l'avenir. Mais Kee compte pour d'autres que Theo : elle devient vite l'enjeu de camps qui s'opposent.
Seconde question : peut-on servir une cause en se servant des personnes ? Le film la pose d'abord à travers l'État. Pour maintenir l'ordre dans un pays qui se croit le dernier debout, le régime réduit les réfugiés à un problème de sécurité : on les enferme, on les trie, on les expulse. Theo lui-même commence par traiter Kee comme une affaire payée. en a donné la règle : ne jamais traiter une personne comme un simple moyen, même pour une fin juste (c'est l'une des formules de l'). Le mot « simple » compte : être payé pour aider quelqu'un n'interdit pas de l'aider pour lui-même, et c'est ce que Theo découvre en chemin. Face à ceux qui calculent, comme Syd, un policier corrompu qui fait payer chacun de ses services, le film place des personnages qui protègent sans calculer : Jasper, un vieil ami de Theo caché dans les bois, Miriam, qui accompagne Kee, et Marichka, une réfugiée qui ouvre sa porte à Theo et à Kee.
Masqués pour ne rien dévoiler : Luke. Ils seront placés sur la carte si vous affichez les spoilers.L'évolution des personnages et la position inférée de la fiction sont masquées (spoilers).
- Personnage, placé d'après ses actes
- Personnage principal
- Ce qu'il dit / ce qu'il fait
Cliquez sur un personnage pour voir les scènes qui fondent sa position.
Première carte : espérer ou non, protéger les personnes ou s'en servir. Theo y figure deux fois : ce qu'il dit, ce qu'il fait. La plupart des personnages sont en haut, du côté des personnes ; ce qui les distingue, c'est ce qu'ils attendent de l'avenir.
Le film pose la seconde question dans sa forme la plus brutale : la violence. Recourir à la force pour une cause, c'est accepter que des personnes en paient le prix. La violence de l'État est manifeste : des cages dans les rues, des rafles, des camps où l'on frappe et cagoule les détenus, dans des images qui rappellent Abou Ghraib. Face à elle, les Poissons ont pris les armes : l'État les traite en terroristes, eux se disent les défenseurs des réfugiés. Leur raisonnement rappelle celui de : quand l'ordre lui-même est une violence, la contre-violence peut sembler la seule réponse. À l'inverse, mettait en garde contre l'espérance érigée en programme : il reprochait à l'utopie du philosophe d'être prête à sacrifier les vivants au monde qu'elle promet. Le film ne condamne pas le combat des Poissons contre l'oppression, mais il refuse de rendre leur violence glorieuse : les combats sont filmés en longs plans presque continus, caméra collée à Theo, sans vue d'ensemble ni héros. On y voit surtout ce que la guerre coûte à ceux qui se trouvent au milieu.
Masqués pour ne rien dévoiler : Luke. Ils seront placés sur la carte si vous affichez les spoilers.Afficher les spoilers pour voir l'évolution des personnages au fil du récit.
- Personnage, placé d'après ses actes
- Personnage principal
- Ce qu'il dit / ce qu'il fait
Cliquez sur un personnage pour voir les scènes qui fondent sa position.
Seconde carte : espérer ou non, recourir à la force ou la refuser. Les personnages s'y écartent davantage, sur des positions surtout tirées de leurs gestes.
Les deux questions se rejoignent dans les gestes. Nigel conserve sans se demander pour qui ; Theo, qui n'attend plus rien, conduit pourtant Kee bien plus loin que son marché ne l'exigeait. Autour d'eux, l'État range les réfugiés parmi les risques, Syd fait payer, les Poissons prennent les armes ; Jasper, Miriam et Marichka protègent sans compter. D'où la question qui traverse le film : faut-il croire à un avenir pour agir, et peut-on le servir sans lui sacrifier les vivants ?
Et vous ?
0/6 réponsesRépondez à ces questions : votre point apparaît sur la carte, parmi les personnages. Vos réponses restent sur votre appareil et enrichissent votre profil.
Depuis dix-huit ans, aucun enfant n'est né. On raconte qu'une communauté de chercheurs travaillerait en secret, quelque part, à un remède. Vous n'avez aucune confirmation fiable de son existence.
Que faites-vous de cette rumeur ?
Après dix-huit ans sans naissance, un signe fragile laisse penser que l'humanité pourrait encore avoir un avenir. Un seul, que rien ne confirme, et dont personne ne sait s'il sera suivi d'autres.
Qu'en attendez-vous ?
Dans un pays qui parque les réfugiés dans des camps, vous pourriez rendre publique la photo d'une jeune réfugiée maltraitée dans l'un d'eux. L'image soulèverait des milliers de gens contre les camps, mais elle l'exposerait à des représailles. Elle ne sait pas que vous avez cette photo, et lui demander son accord retarderait la publication de plusieurs semaines, pendant lesquelles les expulsions continuent.
Que faites-vous de la photo ?
Une jeune femme a subi des violences dans un camp de réfugiés. Son témoignage public pourrait faire fermer le camp et épargner des centaines de personnes, mais elle a peur et préfère se taire. Un groupe militant vous demande de la convaincre.
Que faites-vous ?
Les réfugiés sont parqués dans des camps puis expulsés. À l'intérieur d'un camp, certains préparent une révolte armée et vous demandent votre aide.
Que leur répondez-vous ?
Après une série d'attentats, le gouvernement veut déployer une police armée dans les quartiers où vivent les réfugiés, au risque de bavures.
Qu'en pensez-vous ?
Répondez sur les deux axes pour apparaître sur la carte.
Les personnages
- Personnage principal
Ancien militant devenu fonctionnaire désabusé
Incarné par Clive Owen
Ce qu'il incarne
Il dit que même un remède arriverait trop tard, et agit comme si rien n'était perdu.
Action marquante
Il obtient de son cousin les papiers de transit, puis accompagne Kee bien au-delà de ce qu'il avait accepté.
Positions principales
- EspoirPrincipe espérance ≠
- Critère du justeÉthique du care
- La violenceGuerre juste
Kee
Jeune réfugiée protégée par les Poissons
Incarné par Clare-Hope Ashitey
Ce qu'il incarne
Elle ne veut être l'instrument de personne, et choisit avec soin à qui se fier.
Action marquante
Dans une étable, elle confie son secret à Theo.
Positions principales
- EspoirPrincipe espérance
- Critère du justeÉthique du care
- La violencePacifisme
Julian Taylor
Ex-femme de Theo, à la tête des Poissons
Incarné par Julianne Moore
Ce qu'il incarne
On peut encore agir pour l'avenir, à condition de mettre à l'abri ceux qui le portent.
Action marquante
Elle fait enlever Theo pour obtenir de lui des papiers de transit.
Positions principales
- EspoirPrincipe espérance
- Critère du justeConséquentialisme / Déontologisme
- La violenceGuerre juste / Pacifisme
- Passage avec spoiler
Jasper Palmer
Ami de Theo, ancien caricaturiste caché dans les bois
Incarné par Michael Caine
Ce qu'il incarne
Rien ne dit que tout arrive pour une raison, et cela n'empêche ni de rire ni de tout donner.
Action marquante
Il cache Theo et Kee dans sa maison des bois et prépare leur fuite.
Positions principales
- EspoirPrincipe espérance
- Critère du justeÉthique du care
- La violencePacifisme
Miriam
Membre des Poissons, qui accompagne Kee
Incarné par Pam Ferris
Ce qu'il incarne
Il faut croire assez pour accompagner les autres, même sans savoir où mène la route.
Action marquante
Elle accompagne Kee dans sa fuite et veille sur elle.
Positions principales
- EspoirPrincipe espérance
- Critère du justeÉthique du care
- La violencePacifisme
Syd
Policier corrompu, client de Jasper
Incarné par Peter Mullan
Ce qu'il incarne
Dans un monde qui s'éteint, chacun se sert.
Action marquante
Contre paiement, il fait entrer le groupe dans le camp de réfugiés.
Positions principales
- EspoirLucidité sans espoir
- Critère du justeConséquentialisme
- La violenceLa force, instrument du politique
Marichka
Réfugiée rom du camp de Bexhill
Incarné par Oana Pellea
Ce qu'il incarne
On ouvre sa porte à qui est en danger, sans demander qui il est ni ce qu'il défend.
Action marquante
Elle cache Kee et Theo dans sa chambre, au cœur du camp.
Positions principales
- EspoirPrincipe espérance
- Critère du justeÉthique du care
- La violenceGuerre juste
Comment l'œuvre répond, à sa façon
Le film répond moins par des idées que par des gestes. À la première question, il oppose Theo : un homme qui ne croit plus à l'avenir et qui continue pourtant d'agir, à chaque étape où il pourrait renoncer. À la seconde, il oppose des gestes de soin : protéger quelqu'un sans demander à quoi il servira. La caméra reste presque toujours avec Theo : nous n'en savons guère plus que lui, et rien ne dit si tout est perdu ou sauvé. L'espoir que le film laisse debout n'est donc pas un pari sur l'issue, mais le choix d'agir pour quelqu'un, sans garantie.
Ce qu'elle laisse ouvert
Le film laisse hors champ le cas le plus difficile : espérer sans aucun signe. Il esquive aussi la question posée à Nigel. Enfin, Kee et les réfugiés ont peu de prise sur le récit : ils en sont l'enjeu plus que les sujets.
Ce que la fiction semble défendre
À distinguer de ce que pensent les personnages : ce vers quoi le récit semble pencher, d'après ce qu'il confirme ou réfute, ce qu'il met en scène et ce qu'il valorise. C'est une lecture inférée, discutable, pas l'opinion de ses auteurs. Sur chaque axe, le losange ◆ marque là où le récit paraît pencher.
- Lecture inférée sur « Espoir » (révèle des ressorts de l'intrigue)
- Lecture inférée sur « Critère du juste » (révèle des ressorts de l'intrigue)
- Lecture inférée sur « La violence » (révèle des ressorts de l'intrigue)
- — sans position
La fiction semble poser le problème sans trancher.
Le film pose le problème de l'après-vie collective sans le résoudre. Il montre un monde où l'absence d'avenir défait le présent (lassitude, Quietus, chefs-d'œuvre conservés pour personne), ce qui va dans le sens de Scheffler ; mais il ne dit pas si nos raisons d'agir dépendent vraiment de ceux qui viendront, ou seulement notre envie de continuer. La question que Theo pose à Nigel reste esquivée.
L'ouverture et les rues de Londres · La visite à l'Arche des Arts
Les concepts qu'elle éclaire
- Le film imagine un monde privé de natalité au sens propre, et pousse l'idée d'Arendt à son extrémité : sans naissances, la capacité de commencer, qu'elle ne réduisait pas au fait biologique, semble s'éteindre aussi chez les vivants.
- Jonas fait du nouveau-né l'archétype de toute responsabilité : un être dont la fragilité oblige, et dont l'avenir dépend de nous ; c'est sur ce modèle qu'il étend notre responsabilité à l'humanité à venir.
- L'interdit kantien de traiter une personne comme un simple moyen, même pour une fin juste, est au cœur de la seconde question.
- Agir sans promesse que cela mène quelque part : c'est la situation de Theo, et celle du docteur Rieux de Camus. Le film pose la question de savoir si l'on peut appeler cela de l'espoir.
Dans le corpus
La question que l'œuvre pose, et ce qu'elle rejoint dans le référentiel : les problèmes, les expériences de pensée, les arguments et les penseurs qui l'éclairent.
La question
Quand l'humanité n'a plus d'avenir, pour qui vaut-il encore la peine de se battre ?
Les problèmes du référentiel en jeu
- EspoirL'espoir est-il une force qui fait vivre et agir, ou une illusion dont il faut se déprendre ?
- Critère du justeLes conséquences ou l'interditFaut-il juger un acte à ses seules conséquences, quitte à en sacrifier un pour en sauver cinq, ou certains actes restent-ils interdits quoi qu'il en coûte ?
- La violenceLa violence peut-elle être légitime ?
- Le sens de la vieFaut-il que ça dure ?Si tout finit, par la mort puis l'effacement de toute trace, ce que nous faisons est-il vain, ou une chose peut-elle avoir pleinement un sens sans durer toujours ?
- Orientation temporellePour qui bâtir après soi ?Planter un arbre dont on ne verra pas l'ombre : devons-nous quelque chose à ceux qui viendront, qui n'ont rien fait pour nous ? La transmission tourne le présent vers un avenir qui nous dépasse.
- La mortSurvivre dans ses œuvresÀ défaut d'une survie de l'âme, se prolonger dans ce qu'on laisse, des enfants, une œuvre, une trace dans les mémoires : vraie victoire sur la mort, ou consolation qui ne nous concerne plus une fois disparus ?
Expériences de pensée
Arguments
- Jamais un simple moyenLes personnes valent comme fins en soi, jamais réductibles à leur utilité ; instrumentaliser quelqu'un « pour le bien » nie cette dignité, et aucun gain ne rachète ce déni. Certains actes sont donc injustes par eux-mêmes.
- Seuls comptent les effetsIntentions et règles ne valent qu'en vue du bien qu'elles produisent ; reste donc, en dernier ressort, un seul critère non dérivé, la quantité de bien et de mal réellement causée.
- Ce que l'impartialité présupposeL'obligation naît de la rencontre d'un autre qui dépend de nous, non d'un principe abstrait ; les principes impartiaux présupposent ce souci sans pouvoir l'engendrer, et en pesant tous également ils écartent ce qui crée l'obligation réelle.
- Tenir sans tricherL'absurde naît du heurt entre notre exigence de sens et le silence du monde. Espérance et renoncement sont deux fuites ; la seule voie lucide est de tenir les deux termes dans la révolte, sans illusion ni abdication.
- L'avenir n'est pas à vousLe projet remet le sens de la vie à demain ; mais demain n'est promis à personne, et tout l'édifice tient à un fil que nous ne tenons pas.
Penseurs proches
- PhilosopheHannah ArendtSa pensée de la natalité fait de chaque naissance un commencement, et de l'enfant le signe d'un espoir pour le monde : c'est exactement ce dont le film imagine la disparition.
- PhilosopheJonasLa responsabilité née de la fragilité de ce qui dépend de nous, et la critique d'une espérance utopique prête à sacrifier le présent : les deux pôles du film.
- PhilosopheEllulIl a pensé l'espérance au temps de l'abandon, quand rien ne permet plus d'espérer, et interrogé la violence d'un point de vue chrétien, sans la justifier. Son espérance reste toutefois théologique, ce que le film ne dit pas.
- PhilosopheCamusLe docteur Rieux de « La Peste » soigne sans attendre de salut ni de justification : une figure proche de Theo, qui agit sans croire à l'issue.
- PhilosopheKantL'interdit de traiter une personne comme un simple moyen sépare ceux qui protègent les personnes de ceux qui veulent s'en servir.
Prolongements
Lectures
- Samuel Scheffler, Death and the Afterlife, Conférences 1 et 2 : L'origine philosophique du problème : Scheffler y emprunte au roman de P. D. James le scénario d'une humanité stérile pour montrer que beaucoup de nos valeurs dépendent de la survie de l'espèce.
- Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne, Chapitre V, « L'action », dernières pages : La natalité comme capacité de commencer, et la naissance comme « miracle qui sauve le monde » : ce que le film imagine perdu.
- Hans Jonas, , Chapitre IV (le nouveau-né) et la critique de l'utopie : Le nouveau-né comme archétype de la responsabilité, et la critique d'une espérance qui sacrifierait le présent à l'avenir.
- Jacques Ellul, : Une espérance qui naît quand toute raison d'espérer a disparu, pensée dans un cadre théologique que le film laisse à l'arrière-plan.
- Terry Eagleton, Hope without Optimism : La distinction entre espérer et prévoir une issue favorable, qui éclaire l'espoir sans assurance du film.
D'autres fictions
- La Route (roman, 2006) prolonge : Un père et son fils traversent un monde dévasté en « portant le feu » : l'espoir y tient dans le soin d'un enfant, sans promesse sur l'issue.
- Melancholia (film, 2011) conteste : Face à la fin du monde, le film de Lars von Trier oppose à l'espoir une lucidité sans consolation.
- La Servante écarlate (roman, 1985) prolonge : Dans un monde où les naissances se raréfient, un régime confisque la fécondité des femmes : l'autre versant du risque de faire de l'enfant un instrument.
- Les Fils de l'homme (roman de P. D. James) (roman, 1992) prolonge : Le roman source, plus ouvertement religieux et centré sur la tentation du pouvoir, prolonge autrement la question de ce qu'une humanité sans descendance fait de ses valeurs.