Rapport à soi· Exister
L'âme immortelle
Axe: Après la mort — Quelque chose de nous survit-il à la mort ?
Quelque chose en nous n'est pas du corps et ne meurt pas avec lui : une âme, un principe spirituel, qui poursuit son existence après la dissolution du corps. La mort n'est alors pas une fin mais une séparation ; ce que nous avons de plus propre est précisément ce qui ne peut pas mourir.
Argument
- Ce qui pense, juge et aime ne se confond pas avec un organe : la pensée n'a ni poids ni couleur, et elle saisit des vérités qui ne vieillissent pas, comme l'égalité du triangle ou la justice.
- Or ce qui est simple, sans parties, ne peut se défaire comme se défait un corps composé : la fin de l'âme ne se conçoit pas sur le modèle de la décomposition matérielle.
- S'ajoute une exigence morale : il est difficile d'admettre que le juste broyé et le bourreau prospère aient pour destin commun le même pur néant.
Donc Donc il est rationnel d'espérer que la mort ne soit pas l'anéantissement de la personne, mais un passage.
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- L'espérance d'une autre vie naît au plus vif de la peur de finir : elle console exactement là où la mort fait mal, ce qui doit éveiller le soupçon.
- Or rien, dans l'expérience, ne vient confirmer cette survie : ni les sciences de la vie, ni l'observation ne montrent une personne sans son corps. L'espérance comble un désir, elle n'établit pas un fait.
- Pire, elle peut détourner de la seule vie que nous ayons : à reporter l'essentiel sur un au-delà incertain, on risque de manquer l'ici-bas, le seul temps qui nous soit donné.
Donc Donc l'espérance immortaliste pourrait n'être pas une vérité sur la mort, mais une manière de ne pas la regarder en face.
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- Admettons qu'une part de nous échappe à la mort. Encore faut-il que cette part soit moi, et non un résidu impersonnel : une survie qui ne serait celle de personne ne consolerait de rien.
- Or ce qui fait que je suis moi, qu'on le cherche dans un corps, dans la continuité d'une mémoire ou dans le récit d'une vie, tient à cette vie même, à ses attaches et à son histoire. Qu'on retranche tout cela, et l'on peine à dire en quoi ce qui demeure serait encore la même personne.
- L'espérance se trouve alors prise en tenaille : ou bien ce qui survit me ressemble assez pour être moi, et il y faudrait presque un corps et une mémoire ; ou bien c'est une pure âme, et l'on a du mal à y reconnaître quelqu'un.
Donc Donc l'immortalité, à supposer qu'elle ait lieu, pourrait sauver quelque chose en perdant précisément la personne : ce qui survivrait ne serait peut-être plus mon .
Voir la pageS'exercer à mourir : prendre soin de son âmeExerciceAttestée · Platon
Dans le Phédon, définit le philosophe comme celui qui « s'exerce à mourir » : non par goût morbide, mais parce qu'il prend soin de ce qui, en lui, ne périt pas avec le corps. Si vous espérez que quelque chose de vous demeure, cet exercice fait de la vie présente une préparation : desserrer l'emprise de ce qui passe, et nourrir ce que vous tenez pour durable. Aujourd'hui, c'est une manière de remettre à leur place l'avoir et l'urgence, et de soigner ce qui compte le plus à vos yeux.
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la croyance en la survie