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Rapport à soi· Exister

L'âme immortelle

Axe: Après la mortQuelque chose de nous survit-il à la mort ?

Quelque chose en nous n'est pas du corps et ne meurt pas avec lui : une âme, un principe spirituel, qui poursuit son existence après la dissolution du corps. La mort n'est alors pas une fin mais une séparation ; ce que nous avons de plus propre est précisément ce qui ne peut pas mourir.

Arguments et objections
ArgumentL'argument de l'âmeL'esprit saisit des vérités éternelles et ne se décompose pas comme un corps : il est rationnel d'espérer que la mort soit un passage, non un anéantissement.
  1. Ce qui pense, juge et aime ne se confond pas avec un organe : la pensée n'a ni poids ni couleur, et elle saisit des vérités qui ne vieillissent pas, comme l'égalité du triangle ou la justice.
  2. Or ce qui est simple, sans parties, ne peut se défaire comme se défait un corps composé : la fin de l'âme ne se conçoit pas sur le modèle de la décomposition matérielle.
  3. S'ajoute une exigence morale : il est difficile d'admettre que le juste broyé et le bourreau prospère aient pour destin commun le même pur néant.

Donc Donc il est rationnel d'espérer que la mort ne soit pas l'anéantissement de la personne, mais un passage.

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ObjectionL'objection de la fuiteEspérer survivre pourrait n'être qu'un refus d'accepter notre condition.
  1. L'espérance d'une autre vie naît au plus vif de la peur de finir : elle console exactement là où la mort fait mal, ce qui doit éveiller le soupçon.
  2. Or rien, dans l'expérience, ne vient confirmer cette survie : ni les sciences de la vie, ni l'observation ne montrent une personne sans son corps. L'espérance comble un désir, elle n'établit pas un fait.
  3. Pire, elle peut détourner de la seule vie que nous ayons : à reporter l'essentiel sur un au-delà incertain, on risque de manquer l'ici-bas, le seul temps qui nous soit donné.

Donc Donc l'espérance immortaliste pourrait n'être pas une vérité sur la mort, mais une manière de ne pas la regarder en face.

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ObjectionL'objection de l'identitéUne âme sans corps, sans mémoire, sans les liens d'une vie : à quoi reconnaîtrait-on que c'est la même personne, et non simplement quelque chose ?
  1. Admettons qu'une part de nous échappe à la mort. Encore faut-il que cette part soit moi, et non un résidu impersonnel : une survie qui ne serait celle de personne ne consolerait de rien.
  2. Or ce qui fait que je suis moi, qu'on le cherche dans un corps, dans la continuité d'une mémoire ou dans le récit d'une vie, tient à cette vie même, à ses attaches et à son histoire. Qu'on retranche tout cela, et l'on peine à dire en quoi ce qui demeure serait encore la même personne.
  3. L'espérance se trouve alors prise en tenaille : ou bien ce qui survit me ressemble assez pour être moi, et il y faudrait presque un corps et une mémoire ; ou bien c'est une pure âme, et l'on a du mal à y reconnaître quelqu'un.

Donc Donc l'immortalité, à supposer qu'elle ait lieu, pourrait sauver quelque chose en perdant précisément la personne : ce qui survivrait ne serait peut-être plus mon .

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Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeL'âme immortelle — Après la mort=L'âme immortelleAprès la mort
Descriptif
Dualisme des substances — L'énigme de la conscience=Dualisme dessubstancesL'énigme de la conscience
Descriptif
Substantialisme — Nature du moi=SubstantialismeNature du moi
Descriptif
Théisme — Existence de Dieu=ThéismeExistence de Dieu
Descriptif
Dualisme — Nature du réel=DualismeNature du réel
Descriptif
Se préparer au passage — La mort!Se préparer aupassageLa mort
Prescriptif
↓ Ce qu'elle implique

Ce qui la fonde

L'énigme de la conscience

Si l'esprit est une substance distincte du corps, sa survie devient concevable : le dualisme des substances est le socle métaphysique de l'âme immortelle, de Platon à Descartes.

Nature du moi

Si le moi est une substance simple, immatérielle, distincte du corps, rien n'impose qu'il périsse lorsque le corps se décompose. Le substantialisme ouvre la voie à l'immortalité de l'âme, comme dans l'argument de Platon tirant de la simplicité de l'âme son indestructibilité.

Existence de Dieu

Si un Dieu personnel et juste existe, l'espérance d'une âme qui survit à la mort et reçoit son jugement devient cohérente. Le théisme soutient ainsi la croyance en une survie de la personne, pour laquelle la mort n'est pas l'anéantissement définitif.

Ce qu'elle implique

La mort

Se préparer à la mort comme à un passage suppose qu'il y ait quelque chose au-delà du seuil : la croyance en une âme qui survit fonde l'attitude de confiance et de préparation, comme chez Platon, où philosopher, c'est s'exercer à mourir.

Pratiques
S'exercer à mourir : prendre soin de son âmeExerciceAttestée · Platon

Dans le Phédon, définit le philosophe comme celui qui « s'exerce à mourir » : non par goût morbide, mais parce qu'il prend soin de ce qui, en lui, ne périt pas avec le corps. Si vous espérez que quelque chose de vous demeure, cet exercice fait de la vie présente une préparation : desserrer l'emprise de ce qui passe, et nourrir ce que vous tenez pour durable. Aujourd'hui, c'est une manière de remettre à leur place l'avoir et l'urgence, et de soigner ce qui compte le plus à vos yeux.

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Problèmes
  • Descriptif Question
    Serait-ce encore moi ?

    Une âme sans mémoire, un corps re-créé, un flux qui renaît sous une autre forme : à quelles conditions le survivant serait-il moi, et non un autre qui me ressemble ou me continue ?

    le survivant
  • Descriptif
    Âme immortelle ou résurrection ?

    La survie tient-elle à la nature de l'âme, ou à un acte de Dieu qui rétablit la personne entière, corps compris ? Athènes et Jérusalem divergent ici, et le corps re-créé pose une énigme : serait-il le même, ou une copie parfaite ?

    la personne ressuscitée
  • Descriptif
    Penser sans cerveau ?

    L'esprit naît, mûrit et défaille avec le corps, s'enivre avec lui, s'éteint sous un choc : ces liaisons prouvent-elles que la pensée meurt avec la chair, ou seulement que l'instrument conditionne l'usage sans être le musicien ?

    l'esprit et le cerveau
  • Descriptif
    Croire ce qu'on espère ?

    La survie est ce que nous avons le plus de raisons de désirer et le moins de moyens de vérifier : la croyance qui console est-elle par là suspecte, ou l'origine d'un espoir ne dit-elle rien de sa vérité ?

    la croyance en la survie