Un sens trouvé, ou prêté ?
Sur l'axe: Sens de la souffrance · la place de la souffrance dans un ordre
La souffrance porte-t-elle un sens, inscrite dans un ordre qui lui fait une place, ou lui en prêtons-nous un après coup, pour la rendre supportable ?
Justification
Dans les Essais de théodicée, le mal et la souffrance ne sont pas des scandales gratuits : Dieu les permet parce qu'ils sont des conditions nécessaires d'un bien plus grand dans l'économie du meilleur des mondes. La souffrance s'insère ainsi dans une finalité d'ensemble qui la rachète, position nettement fécondante plutôt qu'abolitionniste.
Essais de théodicée, §10-25 (mal métaphysique, physique, moral) · Essais de théodicée, §118-119 (le mal partiel concourt au bien du tout)
Justification
Rien n'arrive sans , pas même la création : si Dieu a fait exister ce monde plutôt qu'un autre parmi l'infinité des mondes possibles qu'il conçoit, c'est que sa sagesse et sa bonté lui ont fait choisir celui qui réalise le maximum de perfection avec le minimum de moyens, le meilleur des mondes possibles. Le mal n'y est donc pas un démenti mais une part calculée : Dieu le permet là où il conditionne un plus grand bien d'ensemble. Cet optimisme répond au scandale du mal en transformant une objection contre la providence en conséquence de la perfection divine, raisonnement que raillera dans Candide à travers Pangloss.
Il s'ensuit de la suprême perfection de Dieu qu'en produisant l'univers il a choisi le meilleur plan possible.Monadologie, §55 ; Théodicée
Essais de théodicée, §8-10 et §225 (le meilleur des mondes possibles) · Discours de métaphysique, §3 (Dieu fait tout de la manière la plus parfaite)
Justification
Le mal n'est pas une réalité positive que Dieu aurait produite, mais une privation, une limitation inhérente à toute créature finie (mal métaphysique), dont découlent la souffrance (mal physique) et la faute (mal moral). Dieu ne veut pas le mal, il le permet seulement lorsqu'il est la condition d'un bien plus grand dans l'économie du tout. C'est la théodicée, mot que Leibniz forge pour justifier Dieu face à l'argument du mal : il transforme l'objection en montrant qu'un monde sans aucun mal serait moins parfait que le nôtre, et donc indigne d'un créateur sage. La position est résolument justificatrice plutôt que tragique ou révoltée.
Essais de théodicée
Justification
La souffrance est pour Nietzsche une condition de grandissement : ce qui ne me tue pas me rend plus fort, et la discipline de la grande souffrance a produit toutes les élévations de l'humanité. Il méprise explicitement les morales qui font de l'abolition de la souffrance le but suprême.
Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort.Crépuscule des idoles, « Maximes et flèches », §8
Par-delà bien et mal, §225 · Crépuscule des idoles, « Maximes et flèches », §8 · Le Gai Savoir, §338
Justification
Dès la , Nietzsche pense le fond du réel comme chaos douloureux, sans providence ni harmonie préétablie : c'est la pensée tragique. Mais contre le pessimisme résigné de , il en fait l'occasion d'une affirmation dionysiaque, d'où une position tragique sans être extrême.
La Naissance de la tragédie · Le Gai Savoir, §370
Repères: Leibniz · Nietzsche · Freud
mène à: Tonalité du réel · Le problème du mal