La pitié naît-elle de la douleur ?
Sur l'axe: Sens de la souffrance · le lien à autrui souffrant
Un monde sans souffrance serait-il un monde sans compassion, sans courage, sans solidarité ? La pitié suppose le malheur d'autrui : faut-il pour autant garder le mal pour ses fruits, ou peut-on cueillir les fruits sans l'arbre ?
Justification
Tension révélatrice : rien ne justifie la souffrance, et la compassion commande de la soulager partout, ce qui le tire vers l'abolitionnisme ; mais la grande douleur « déniaise », brise l'attachement au vouloir et ouvre la seconde voie vers la délivrance. La souffrance n'a pas de sens, elle a un effet, ce qui interdit de la ranger tout à fait du côté du pur mal à supprimer.
Le Monde comme volonté et comme représentation, §68
Justification
Rousseau ne valorise pas la souffrance pour elle-même, mais il lui reconnaît une fécondité : la pitié, premier mouvement naturel, naît de la souffrance d'autrui éprouvée comme la nôtre, et fonde toute humanité. L'épreuve et la mélancolie approfondissent l'âme sensible, ce qui annonce la valorisation romantique du sentiment douloureux, loin de l'insensibilité du mondain.
Discours sur l'origine de l'inégalité · Émile, IV
Justification
La souffrance est pour Nietzsche une condition de grandissement : ce qui ne me tue pas me rend plus fort, et la discipline de la grande souffrance a produit toutes les élévations de l'humanité. Il méprise explicitement les morales qui font de l'abolition de la souffrance le but suprême.
Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort.Crépuscule des idoles, « Maximes et flèches », §8
Par-delà bien et mal, §225 · Crépuscule des idoles, « Maximes et flèches », §8 · Le Gai Savoir, §338
Repères: Schopenhauer · Rousseau · Nietzsche