En finir avec la souffrance
Sur l'axe: Sens de la souffrance · l'existence sensible
Faut-il viser l'abolition de toute souffrance, par la cessation spirituelle du désir qui l'engendre ou par une ingénierie qui l'effacerait de nos corps ? Une vie sans nulle douleur serait-elle encore humaine, encore désirable ?
Justification
Le Bouddha procède comme un médecin, et c'est ce schéma qui commande la position : les énoncent le mal (la ), son étiologie (la soif), son pronostic (la cessation est possible) et son traitement (le chemin). Une fois la souffrance ainsi tenue pour un symptôme guérissable, elle ne peut plus avoir de valeur rédemptrice : l'exalter comme une épreuve sanctifiante serait s'attacher au mal au lieu de le soigner. Contre toute spiritualité du sacrifice, le but déclaré est l'extinction complète de la souffrance, ce qui range le bouddhisme du côté de l'abolitionnisme.
Dhammacakkappavattana Sutta (le sermon de Bénarès) · Dhammapada, ch. XX (le chemin)
Justification
La souffrance est pour l'utilitarisme un mal pur, sans vertu rédemptrice : elle entre négativement dans le calcul du bien-être et doit être réduite autant que possible. Les grands combats utilitaristes, réforme pénale, condition animale, pauvreté mondiale, sont des entreprises d'abolition de la souffrance.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation · Singer, Famine, richesse et moralité
Justification
Là où le bioconservatisme voit dans la nature humaine une limite à respecter, le transhumanisme tient le corps et l'esprit donnés pour un point de départ contingent, façonné par une évolution aveugle. Rien ne sanctifie cet héritage : empêcher la médecine, la génétique ou l'augmentation cognitive d'étendre nos capacités au nom de la « nature » serait une superstition. L'augmentation n'est que la continuation délibérée de ce que la culture et la technique font depuis toujours.
More, « Transhumanism: Toward a Futurist Philosophy » · Bostrom, « In Defense of Posthuman Dignity »
Repères: le bouddhisme · l'utilitarisme · le transhumanisme
mène à: Améliorer la nature humaine