Comprendre ou transformer
Sur l'axe: Le but de la philosophie · la pensée et le monde
La philosophie peut-elle se contenter de comprendre, ou toute contemplation est-elle déjà complice, arrivant trop tard comme la chouette de Minerve, quand toute pensée prend en fait parti pour ou contre un ordre ?
Justification
La onzième des Thèses sur Feuerbach retourne la vocation de la philosophie : interpréter le monde, comme les philosophes s'y sont bornés, laisse intactes les conditions matérielles qui produisent la misère et l'aliénation. La critique doit devenir pratique : s'incarner dans les luttes qui transforment les rapports sociaux, jusqu'à ce que la philosophie s'accomplisse en se réalisant.
Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe, c'est de le transformer.Thèses sur Feuerbach, XI (1845)
Thèses sur Feuerbach, XI · L'Idéologie allemande (1846)
Justification
Si l'on cherche le moteur de l'histoire, ce n'est ni la Providence ni la marche des idées qu'il faut interroger mais une contradiction interne aux sociétés : les forces productives que les hommes développent finissent par entrer en conflit avec les rapports de production hérités, et ce heurt, vécu comme lutte des classes, fait passer d'un mode de production au suivant. Marx en tire une du féodalisme au capitalisme puis au communisme, non garantie par un dessein mais dégagée par l'analyse des conditions matérielles, ce qui le sépare aussi bien de la théodicée de l'histoire chez que des récits providentiels : d'où une lecture fortement directionnelle, sans téléologie transcendante.
L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes.Manifeste du Parti communiste, 1848
Manifeste du Parti communiste, ch. 1 · Préface à la Contribution à la critique de l'économie politique (1859)
Justification
Le second Sartre tente une synthèse de l'existentialisme et du : l'histoire n'est pas une pure contingence, mais le procès dialectique par lequel les hommes font leur histoire à partir de conditions matérielles qu'ils n'ont pas choisies. Il maintient cependant l'irréductibilité de la praxis libre contre tout déterminisme historique rigide, d'où une orientation directionnelle modérée, sans téléologie garantie.
Questions de méthode (1957) et Critique de la raison dialectique (1960)
Justification
La philosophie ne prescrit pas au monde ce qu'il doit être : elle vient toujours trop tard pour cela, quand une figure de la vie a déjà vieilli et qu'on ne peut plus que la comprendre. Elle saisit son temps par la pensée, elle ne le devance pas. D'où sa réserve envers les réformateurs qui opposent au réel le vœu d'un devoir-être. Et « ce qui est rationnel est effectif » ne bénit pas le donné : effectif (wirklich) ne désigne pas tout ce qui existe, mais ce qui accomplit son concept.
La chouette de Minerve ne prend son vol qu'à la tombée de la nuit.Principes de la philosophie du droit, Préface
Principes de la philosophie du droit, Préface · Encyclopédie des sciences philosophiques, §6 remarque (le sens de « effectif »)
Justification
L'histoire n'est pas un chaos d'accidents mais un procès orienté : le progrès dans la conscience de la liberté, de l'Orient où un seul est libre au monde moderne où tous le sont. Sa direction ne s'impose pourtant pas comme une fatalité linéaire : elle s'accomplit à travers la contingence et les passions. C'est la , qui se sert des fins privées des grands hommes pour réaliser, à leur insu, sa fin universelle. Le tribunal de l'histoire, mot emprunté à Schiller, juge les peuples.
L'histoire du monde est le progrès dans la conscience de la liberté.Leçons sur la philosophie de l'histoire, Introduction
Leçons sur la philosophie de l'histoire, Introduction (Leçons) · Principes de la philosophie du droit, §340-342
Repères: Marx · Sartre · Hegel
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