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Rapport au vrai· Croire et savoir

Transformer le monde

Axe: Le but de la philosophieÀ quoi sert la philosophie ?

Interpréter le monde ne suffit pas : ce qui importe, c'est de le transformer. Une philosophie qui laisse les choses en l'état trahit sa tâche ; penser, c'est critiquer les injustices et les dominations, éclairer l'action collective, travailler à l'émancipation. La valeur d'une idée se mesure à ce qu'elle change dans le monde.

Qui défend cette position

Philosophes 1

Marxexplicite

La onzième des Thèses sur Feuerbach retourne la vocation de la philosophie : interpréter le monde, comme les philosophes s'y sont bornés, laisse intactes les conditions matérielles qui produisent la misère et l'aliénation. La critique doit devenir pratique : s'incarner dans les luttes qui transforment les rapports sociaux, jusqu'à ce que la philosophie s'accomplisse en se réalisant.

Thèses sur Feuerbach, XI · L'Idéologie allemande (1846)

Arguments et objections
ArgumentTransformer, non seulement interpréterNulle pensée n'est neutre : décrire l'ordre existant, c'est déjà le conforter. La justesse d'une idée s'éprouve dans la pratique, en changeant le monde et en émancipant ceux qu'il écrase. La philosophie se juge donc à ce qu'elle transforme, non à ce qu'elle contemple.
  1. Nulle pensée ne flotte hors du monde : elle naît de conditions sociales et, en retour, agit sur elles, en les confortant ou en les ébranlant. Il n'y a pas de point de vue neutre au-dessus de la mêlée.
  2. Dès lors se contenter de comprendre laisse intactes les dominations qu'on décrit : la neutralité affichée profite toujours à l'ordre en place. Interpréter le monde de mille manières l'a laissé tel quel.
  3. La justesse d'une idée ne se prouve pas dans les livres mais dans la : c'est en changeant le monde qu'on l'éprouve, et qu'on émancipe ceux qu'un ordre injuste écrase.

Donc Donc la tâche de la philosophie n'est pas de contempler mais de transformer : une pensée se juge à ce qu'elle libère, et penser sans agir, c'est consentir.

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ObjectionAttaque la positionAgir sans comprendre, c'est agir en aveugleMesurer une idée à ses effets confond le vrai et l'efficace : une croyance fausse peut mobiliser, une vérité rester sans effet. Et l'on ne transforme bien que ce qu'on a compris : la théorie précède l'action, elle ne la suit pas.
  1. La transformation veut mesurer une idée à ses effets : vraie si elle émancipe, vaine si elle laisse le monde en l'état.
  2. Mais « ce qui change le monde » et « ce qui est vrai » sont deux choses : une croyance fausse peut soulever des foules, une vérité gênante rester sans effet. Juger une idée à son efficacité, c'est risquer de subordonner le vrai à l'utile, et la pensée à la propagande.
  3. Et l'on ne transforme bien que ce qu'on a d'abord compris : agir sans analyse, c'est reconduire à l'aveugle les maux qu'on croyait combattre. La théorie ne suit pas l'action, elle la précède.

Donc Donc la valeur d'une philosophie ne se mesure pas à ce qu'elle change : subordonner la compréhension à l'action, c'est risquer d'agir faux et de sacrifier la vérité à la cause.

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ObjectionAttaque la positionUn avis sur tout, un savoir sur rienLe monde se transforme par des leviers distincts, l'expertise technique, le pouvoir institutionnel, l'action politique organisée ; le philosophe n'est le maître d'aucun. Il ne pèse plus qu'en devenant figure médiatique, un avis sur tout à l'antenne, régnant sur la et non sur le savoir ; et celui qui refuse ce rôle écrit pour ses pairs. Le rapport de l'interprétation et de la transformation se retourne : la promesse d'agir se fait attendre.
  1. Qui transforme le monde aujourd'hui, et par quel levier ? L'expertise technique conçoit les moyens, le pouvoir institutionnel décide, l'action collective organisée pèse dans le rapport de forces. Le philosophe peut être savant, en histoire, en logique, en droit même ; mais il n'est le maître d'aucun de ces trois leviers, là où les choses se décident.
  2. Quand il veut malgré tout peser sur la vie publique, il devient une figure médiatique : la guerre lundi, l'école mercredi, l'intelligence artificielle vendredi. C'est le procès que faisait à la rhétorique, produire la persuasion sans le savoir ; le commentateur moderne y retombe, régnant sur l' quand la notoriété tient lieu de compétence.
  3. Celui qui refuse ce rôle n'est pas mieux loti : sa critique sociale demeure dans des revues que lisent ses pairs. Entre le plateau et le séminaire, où est la transformation promise ? Les armes de la critique n'ont, à elles seules, presque jamais suffi à renverser un ordre.

Donc Donc juger la philosophie à ce qu'elle change reviendrait à la condamner : le monde se transformerait sans elle, et son « engagement » oscillerait entre le commentaire et l'inaudible.

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Problèmes
  • PrescriptifExistentielle
    À quoi bon ?

    L'inutilité de la philosophie est-elle sa dignité même, le seul savoir libre qu'on ne poursuit pour rien d'autre, ou un vrai défaut au regard des sciences et de l'action, comme Thalès qui tombe dans un puits en observant les astres, sous le rire de la servante thrace ?

    l'activité philosophique
  • PrescriptifPolitique et droit
    Comprendre ou transformer

    La philosophie peut-elle se contenter de comprendre, ou toute contemplation est-elle déjà complice, arrivant trop tard comme la chouette de Minerve, quand toute pensée prend en fait parti pour ou contre un ordre ?

    la pensée et le monde
  • Descriptif
    La philosophie avance-t-elle ?

    Après des siècles, la philosophie n'a pas de résultats acquis comme les sciences et les mêmes questions reviennent : échec à dissoudre de faux problèmes, ou marque de questions qu'on n'est pas censé résoudre une fois pour toutes ?

    la discipline elle-même