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Rapport à soi· Corps et vie

Corps-sujet

Axe: Être ou avoir un corpsSuis-je mon corps, ou ai-je un corps ?

Je ne suis pas un esprit logé dans une machine : je suis ce corps vivant qui perçoit, agit et habite le monde. La pensée elle-même naît de cet ancrage charnel et de notre condition d'organisme animal façonné par l'évolution.

Qui défend cette position

Courants 2

Phénoménologieexplicite

La description de la perception révèle ce que le dualisme cartésien masque : je n'éprouve jamais mon corps comme un objet étendu posé devant une conscience, mais comme le corps propre à partir duquel un monde s'ordonne, avec un haut et un bas, un proche et un lointain. Mon corps n'est pas dans l'espace, il est mon ancrage dans l'espace : la perspective, la latéralité, le toucher prouvent que tout point de vue sur le monde est d'abord une position corporelle. D'où la réfutation du sujet désincarné de : il n'y a pas une pensée qui posséderait un corps comme un instrument, mais un sujet incarné pour qui percevoir et habiter le monde ne font qu'un.

Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception ; Husserl, Idées II

Existentialismeexplicite

Contre le dualisme de , qui fait du corps une chose étendue distincte de l'esprit, l'existence se dit incarnée : je n'ai pas un corps comme on possède un instrument, je suis mon corps, point de vue ancré d'où le monde s'ouvre à moi. en fait le corps propre, ni pur objet ni pure conscience, et ajoute qu'il est aussi ce par quoi je m'expose au regard d'autrui, qui me saisit du dehors comme une chose. C'est par le corps que je suis situé, donc engagé.

Sartre, L'Être et le Néant ; Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

Philosophes 4

Nietzscheexplicite

Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse. Pour Nietzsche, le moi conscient n'est qu'un instrument du soi corporel, qui pense, évalue et veut à travers nous. Mépriser le corps est le ressentiment des contempteurs du corps.

Ainsi parlait Zarathoustra, « Des contempteurs du corps »

Schopenhauerexplicite

Le corps occupe dans le système une position métaphysique unique : il est la seule chose qui nous soit donnée deux fois, comme une représentation parmi d'autres et comme volonté éprouvée du dedans. Cette double connaissance est la clef de voûte de l'édifice : c'est par le corps, non par le raisonnement, que nous savons ce que le monde est en son fond.

Le Monde comme volonté et comme représentation, §18

Sartreexplicite

Je ne possède pas un corps comme un objet : j'existe mon corps. Dans L'Être et le Néant, le corps est le point de vue que je suis sur le monde, et le corps-pour-autrui me fait éprouver mon objectité sous le regard. Le corps est vécu, non instrument.

L'Être et le Néant, IIIe partie, « Le corps »

Afficher les positions inférées (1)
Husserlinférable

Dans la cinquième des , Husserl distingue le corps-objet (Körper), chose parmi les choses, du corps propre (Leib), corps vivant que je suis, lieu de mes sensations et organe de toute perception. C'est par mon corps vécu que j'éprouve autrui comme un autre moi-même, par appréhension analogisante de son corps. Il ouvre ainsi l'analyse de la corporéité vécue que portera plus loin, mais sans en faire le sujet ultime de la perception : le corps propre y reste subordonné à la conscience constituante, ce qui retient d'un score plus tranché.

Méditations cartésiennes, Méditation V · Idées directrices II (Ideen II)

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeCorps-sujet — Être ou avoir un corps=Corps-sujetÊtre ou avoir un corps
Descriptif
Matérialisme — Nature du réel=MatérialismeNature du réel
Descriptif
Célébration — Plaisirs corporels!CélébrationPlaisirs corporels
Prescriptif
Seul le vivant pense — Une machine peut-elle penser=Seul le vivant penseUne machine peut-elle penser
Descriptif
Primat de l'action — Intériorité!Primat de l'actionIntériorité
Prescriptif
↓ Ce qu'elle implique

Ce qui la fonde

Nature du réel

S'il n'existe aucune âme immatérielle pour habiter le corps, je ne « possède » pas un corps comme un pilote son navire : je suis cet organisme vivant qui perçoit, agit et vieillit. Le matérialisme appuie ainsi le versant naturaliste du corps-sujet, l'homme comme corps animal façonné par l'évolution. Il ne livre pas pour autant le « sujet » au sens de la phénoménologie de Merleau-Ponty, où le corps propre est le foyer de toute perception et de tout sens, contenu qui ne se déduit pas du seul matérialisme.

Ce qu'elle implique

Plaisirs corporels

Si je ne suis pas une âme logée dans une machine mais ce corps vivant lui-même, alors ses plaisirs ne sont pas des pièges mais une part de la vie bonne. La thèse du corps-sujet fonde la célébration des plaisirs corporels : Nietzsche voit dans le mépris du corps un ressentiment contre la vie, et invite à goûter ses joies avec gratitude.

Une machine peut-elle penser

Si penser, c'est d'abord être un organisme vivant couplé à son milieu, alors manipuler des symboles ne suffit pas à comprendre : un programme sans corps ni vie ne pense pas vraiment. La thèse du corps-sujet soutient l'idée que seul le vivant pense : pour Jonas, l'esprit s'enracine dans la vie de l'organisme et son souci de durer.

Intériorité

Si je ne suis pas une âme repliée sur elle-même mais un corps vivant engagé dans le monde, alors c'est en agissant, et non en m'examinant, que je me découvre et me construis. La thèse du corps-sujet, que Merleau-Ponty place au cœur de l'existence, soutient le primat de l'action : pour Marx, il s'agit moins d'interpréter le monde que de le transformer.

Pratiques
Mettre le monde entre parenthèses (l'épochè)ExerciceAttestée · Husserl

appelait épochè la suspension délibérée de l', cette croyance automatique que les choses sont simplement telles que nous les tenons pour être. Dans cette , on met entre parenthèses cette croyance pour décrire une expérience telle qu'elle se donne, ses apparitions et la façon dont on la vise, avant toute théorie. C'est aujourd'hui un exercice d'attention et de clarté : il ralentit la perception, sépare ce que l'on vit vraiment de ce que l'on infère, et desserre l'emprise de l'habitude.

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