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Rapport à soi· Corps et vie

Corps-instrument

Axe: Être ou avoir un corpsSuis-je mon corps, ou ai-je un corps ?

Le moi véritable est l'esprit, l'âme ou la pensée ; le corps est un véhicule, parfois une prison, que j'utilise et que je peux considérer comme un objet distinct de moi. Je « possède » un corps plus que je ne le suis.

Qui défend cette position

Courants 1

Platonismeexplicite

L'argument de la parenté tire la conclusion de la métaphysique des Idées : ce qui connaît l'intelligible doit lui ressembler, or l'âme saisit des réalités simples, invisibles et immuables ; elle est donc elle-même de cette nature, et ce qui est simple ne peut se décomposer ni périr. Le corps, au contraire, par ses besoins et ses passions, brouille la contemplation et enchaîne l'âme au sensible : d'où l'image du corps comme tombeau de l'âme (sôma/sêma). Le moi véritable est donc l'âme, et non le composé. C'est récuser d'avance la thèse, prêtée à un pythagoricien dans le , qui ferait de l'âme une simple harmonie du corps, périssant avec lui.

Platon, Phédon

Philosophes 5

Platonexplicite

Dans le Phédon, le corps est le tombeau de l'âme : il l'entrave, la trompe par les sens et la détourne de la contemplation du vrai. Le philosophe s'exerce à mourir, c'est-à-dire à séparer l'âme du corps. Le moi véritable est l'âme.

Phédon, 64a-67b

Plotinexplicite

Le moi véritable étant l'âme, le corps n'en est que l'instrument et l'enveloppe provisoire, le lieu bas où l'âme s'attarde et risque de s'oublier. Porphyre rapporte que Plotin « semblait avoir honte d'être dans un corps » et refusait qu'on fît son portrait. Le corps n'est pas le sujet que nous sommes mais ce dont nous avons à nous déprendre pour remonter, ce qui place Plotin à l'extrême du corps-instrument.

Porphyre, Vie de Plotin, 1 · Ennéades, IV, 8 ; I, 1

Descartesexplicite

Le moi véritable est la chose pensante ; le corps est une machine, distincte de l'âme, à laquelle celle-ci est jointe. Descartes reconnaît pourtant une union substantielle de l'âme et du corps et refuse l'image du pilote dans son navire, ce qui tempère un peu le pur instrumentalisme.

Méditations métaphysiques, VI ; Lettres à Élisabeth

Marc Aurèleexplicite

Marc Aurèle dévalue le corps avec une crudité célèbre : il le décompose en ses éléments, un peu de chair, de sang et d'os, réduit la nourriture et l'union des corps à leurs processus organiques, et oppose à cette matière périssable le seul . Le corps n'est qu'un prêté à l'âme, ce qui range nettement Marc Aurèle du côté du corps-instrument, sans pourtant le mépriser jusqu'à l'ascèse mortifiante.

Pensées pour moi-même, II, 2 · Pensées pour moi-même, VI, 13 · Pensées pour moi-même, VIII, 24

Afficher les positions inférées (1)
George Berkeleyinférable

Mon propre corps n'échappe pas à la règle générale : il est, comme tout corps, une collection d'idées sensibles que je perçois. Ce qui est moi n'est jamais ce corps perçu, mais l'esprit actif qui le perçoit et le meut. Le corps reste donc du côté de l'objet, instrument et apparence sensible plutôt que sujet de mon expérience, ce qui place Berkeley près du corps-instrument, même s'il n'a pas développé de philosophie du corps propre.

Principes de la connaissance humaine, §§135-141

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeCorps-instrument — Être ou avoir un corps=Corps-instrumentÊtre ou avoir un corps
Descriptif
Dualisme des substances — L'énigme de la conscience=Dualisme dessubstancesL'énigme de la conscience
Descriptif
Dualisme — Nature du réel=DualismeNature du réel
Descriptif
Ascétisme — Plaisirs corporels!AscétismePlaisirs corporels
Prescriptif
Nécessité, le loisir comme fin — Sens du travail!Nécessité, le loisircomme finSens du travail
Prescriptif
↓ Ce qu'elle implique

Ce qui la fonde

L'énigme de la conscience

Si je suis essentiellement un esprit distinct de la matière, mon corps devient un instrument que j'utilise, voire une prison dont je me distingue. Le dualisme des substances soutient la conception du corps-instrument, de Platon à Descartes, même si ce dernier a fini par insister sur l'union de l'âme et du corps.

Ce qu'elle implique

Plaisirs corporels

Si le corps n'est qu'un instrument, voire une prison de l'âme, alors ses plaisirs détournent de l'essentiel et doivent être disciplinés. La conception du corps-instrument fonde l'ascétisme : de Platon, pour qui le corps est le tombeau de l'âme, aux ascètes chrétiens, la maîtrise des désirs libère pour les biens supérieurs.

Sens du travail

Si le véritable accomplissement de l'homme est dans la vie de l'esprit, ce qui relève du corps et du besoin lui reste subordonné. La conception du corps comme simple instrument soutient le travail comme nécessité : c'est le loisir, libéré du labeur et ouvert à la contemplation, qui donne son sens à l'existence, comme chez Aristote.