Le moi
Ce thème traverse plusieurs grandes questions. Voici celles où il se joue.
Les questions qui l'éclairent
Avons-nous une nature qui nous précède, ou devenons-nous ce que nous choisissons d'être ?
Si une nature nous précède, il y a une manière de nous accomplir ou de nous trahir, mais notre liberté a des bornes ; si nous nous inventons, tout devient possible, mais rien ne nous guide ni ne nous excuse. Se positionner, c'est dire ce que nous devons à ce qui nous est donné, et ce dont nous sommes seuls responsables.
Faut-il examiner sa vie intérieure ou se réaliser d'abord dans l'action ?
Se tourner vers le dedans éclaire qui l'on est, mais peut tourner à la rumination loin du monde ; se jeter dans l'action accomplit beaucoup, mais risque d'esquiver la question de qui agit et pour quoi. Se positionner, c'est dire où le moi se trouve vraiment : dans le retour sur soi, ou dans ce qu'on fait.
Suis-je mon corps, ou ai-je un corps ?
Tenir le corps pour un instrument, c'est pouvoir s'en distancier, le réparer, le quitter en pensée ; s'y identifier, c'est que rien de moi ne subsiste quand il souffre ou s'épuise. Notre rapport à la maladie, au plaisir, au vieillissement et à notre propre animalité se décide ici.
Les catégories comme le genre, la race ou la classe sont-elles naturelles, construites, ou des réalités sociales objectives ?
Selon que ces catégories sont des faits de nature, de simples idées qu'on pourrait dissiper en changeant les mots, ou des forces sociales bien réelles, on ne combat pas les inégalités de la même façon. Se positionner, c'est dire ce qui, dans l'ordre social, peut être défait, et ce qu'on ne peut que reconnaître.
Qu'est-ce qui fait que je reste moi-même à travers le temps ?
Qu'est-ce qui fait de moi la même personne que l'enfant des vieilles photos, ou que celui que je serai dans trente ans ? Si rien de stable ne subsiste, la promesse, le remords, la fierté d'un moi passé perdent leur appui ; si un noyau demeure, aucun changement ne me refait vraiment. Se positionner, c'est dire ce qu'on retient au juste quand on dit « moi ».