Rapport à soi· Adversité
Amor fati
Axe: Rapport au passé — Face à ce qui est arrivé et ne peut être changé, faut-il l'aimer ou se révolter ?
Vouloir que rien ne soit autrement, ni en avant, ni en arrière : non pas seulement supporter ce qui est arrivé, mais l'aimer comme partie intégrante de sa vie. Le regret et le ressentiment empoisonnent l'existence ; consentir au destin libère.
Courants 1
Stoïcismeexplicite
La physique commande l'éthique : tout événement est un maillon de la chaîne rationnelle du , ordonnée par la . Se révolter est donc à la fois vain et déraisonnable, puisqu'on combat la raison même dont on participe ; le accorde sa volonté au cours des choses, non par résignation passive mais parce qu'il y reconnaît l'œuvre du : les destins conduisent qui consent, ils traînent qui refuse.
Marc Aurèle, Pensées pour moi-même · Sénèque, Lettres à Lucilius, 107
Philosophes 7
Sénèqueexplicite
Puisque le destin adviendra de toute façon, la seule chose qui dépende de nous est de l'accompagner ou de nous y traîner : le même cours des choses nous mène, mais notre assentiment décide s'il est joug ou liberté. Sénèque pousse donc le stoïcisme au-delà de la simple résignation : non subir ce qui arrive, mais le vouloir, parce que la l'a réglé pour le bien du tout. Cet transforme la nécessité en objet de désir, et la seconde tristesse, celle de regimber contre l'inévitable, est la seule qu'on puisse s'épargner.
Lettres à Lucilius, CVII (ducunt volentem fata, citant Cléanthe) · De la vie heureuse, XV (obéir à Dieu, c'est la liberté)
Épictèteexplicite
L'acceptation aimante de ce qui arrive est une prescription centrale : vouloir que les événements soient comme ils sont, et non comme nous les voudrions. C'est la matrice stoïcienne de .
Manuel, §8 · Entretiens, II, 14
Marc Aurèleexplicite
Si le monde est un seul vivant traversé par une même , aucun événement n'est isolé ni accidentel : ce qui m'advient était de toute éternité tissé avec moi dans la trame du tout (la , sympathie cosmique des choses entre elles). Marc Aurèle va plus loin que la résignation : non pas supporter ce qui arrive, mais l'aimer, car le souhaiter autre reviendrait à exiger que l'univers entier fût autre. La révolte n'est dès lors pas tant interdite qu'absurde, la partie ne pouvant accuser le tout dont elle procède : c'est l' comme forme la plus haute du consentement.
Pensées pour moi-même, IV, 23 · Pensées pour moi-même, V, 8 · Pensées pour moi-même, X, 5
Nietzscheexplicite
L' fonctionne comme une épreuve : si un démon t'annonçait que tu revivras cette vie à l'identique, infiniment, le maudirais-tu, ou serait-ce ta plus grande joie ? Dire oui à chaque instant, c'est l' : non la résignation de , mais l'affirmation la plus haute, aimer le nécessaire au point d'en vouloir le retour éternel.
Ecce Homo, « Pourquoi je suis si avisé », §10 · Le Gai Savoir, §276 et §341
Zhuangziexplicite
Tout ce qui arrive, la disgrâce comme la difformité, la maladie comme la mort, est accueilli comme une donne de la transformation à épouser sans révolte : un personnage à qui pousse une bosse l'examine en riant, prêt à voir son bras changé en coq ou sa hanche en roue. Cet acquiescement au sort rejoint l'amor fati stoïcien, mais sans le ressort d'une rationnelle : on ne consent pas à un ordre voulu, on se laisse porter par un cours qui n'a ni dessein ni cruauté.
Zhuangzi, ch. 6 (Le grand maître)
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Spinozainférable
Comprendre que tout arrive par diminue le pouvoir des passions tristes sur l'esprit : nous nous affligeons moins de ce que nous savons inévitable. Cette acceptation sereine de la nécessité préfigure , sans révolte contre ce qui doit être.
Éthique, V, prop. 6 (l'esprit pâtit moins des affects qu'il rapporte à la nécessité)
Épicureinférable
La mémoire des plaisirs passés est une ressource du bonheur : le sage la convoque pour rester serein dans la douleur présente, et la gratitude pour ce qui fut tempère le regret. Cette manière d'accueillir le passé comme un bien à savourer, plutôt que de le contester, penche vers une acceptation sereine du côté de l'amor fati.
Diogène Laërce, Vies, X, 22 (la lettre d'adieu d'Épicure, joie du souvenir malgré les douleurs) · Cicéron, Des termes extrêmes des biens et des maux, I (le souvenir des biens passés)