Le pouvoir
Ce thème traverse plusieurs grandes questions. Voici celles où il se joue.
Les questions qui l'éclairent
Peut-il être juste de désobéir à la loi ?
Toute loi peut un jour heurter la conscience : décret inique, ordre qu'on ne peut pas suivre sans se trahir. Obéir quand même, c'est protéger ce qui rend la vie commune possible ; désobéir, c'est affirmer qu'au-dessus des lois il y a autre chose, au risque que chacun ne suive plus que son propre jugement. D'Antigone aux grandes désobéissances de l'histoire, la question revient à chaque génération. Se positionner, c'est dire ce que l'on doit à la loi quand elle commande ce que la conscience refuse.
La violence peut-elle être légitime ?
Face à l'agression, à l'injustice, à l'oppression, le recours à la force finit toujours par se présenter, comme tentation ou comme nécessité. Refuser toute violence par principe, l'admettre en dernier recours sous des règles strictes, la tenir pour l'instrument ordinaire du politique, ou y voir le chemin de libération des opprimés : chaque réponse engage une conception de la morale, du pouvoir et de l'histoire.
La société repose-t-elle sur un accord entre individus ou sur une communauté qui les précède ?
Si la société naît d'un accord entre individus, on peut la renégocier, la quitter, la refaire à notre gré ; si une communauté nous précède, nous naissons pris dans des liens et des devoirs que nous n'avons pas choisis. Se positionner, c'est dire si l'on appartient à une société par consentement ou par naissance.
Les décisions politiques appartiennent-elles à tous, ou d'abord aux plus compétents ?
Donner à chacun une voix égale peut confier des choix graves à l'ignorance ou à la passion ; réserver le pouvoir aux plus savants peut masquer les intérêts des puissants derrière l'« expertise » et déposséder les gens de leur propre vie. Se positionner, c'est dire d'où vient la légitimité de décider : de l'égalité de tous, ou de la compétence de quelques-uns.
Une autorité politique qui commande et contraint est-elle nécessaire, ou faut-il s'en émanciper ?
Tout dépend de ce qu'on attend des humains livrés à eux-mêmes : capables de s'ordonner seuls, ou voués au désordre sans un pouvoir qui tranche. Se positionner, c'est fixer jusqu'où va le devoir d'obéir, et où commence le droit de refuser.